‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 22 sur 137 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

JJL RÉVOLUTION,

Ploueiirs pièces célèbrent spécialement la Révolation françaiie, ce sont par ordre de date: « V Année 1789 ou les Trihims « du peuple, les Citoyens français ou le triomphe de la Révolution,

< la Franoe régénérée, la Révolution, la Révolution française, la

< Révolution ou le triomphe de la République française, »

La première < V Année 1789 » est une tragédie de ]>7, de Bonneville. Les personnages sont le Génie de la France, le roi de FraQoe^C^ntôcei reine de France, un poète^ les tribuns de tous les pays. Le rideau se lève sur ce décor: < Derrière les murs

< d'im temple consacré à VEternelU lumière le Poëte, noncha^

< lamment couché au milieu destombeaux,regarde avec atten- « driflsement plusieurs épitaphes (celles de Henri lY — Racine « •*«• Jean-Jaoqnes Rousseau -^ Jacques Molay, etc.)*

« On voit sortir de plusieurs tombeaux des vapeurs lumi-» « neuses que les chymistes appellent phosphores, les poètes « des esprits purs, ignés, des âmes^ et que le peuple appelle^

186 Lfi THEATRE DE LA RÉVOLUTION.

« en son langage, presque toujours celui de la nature, des reve- « nants, parce qu'en effet ces exhalaisons phosphotiques ont « quelquefois des formes humaines, à la vérité très-impar-

< faites...

« Alors le Génie de la France parait descendre dans sa

< gloire. On distingue parmi les attributs de la France une

< croix visiblement formée d'un équerre et d'un compas, sym- « bole de Tordre et de Téter nité. Au-dessus de cette croix un

< coq, emblème des Francs, semble annoncer aux âmes pain * sihles que le soleil de la liberté se lève pour les nations. »

Et le Génie de la France s'écrie: * Je vois un grand dessein « qui s'achève aujourd'hui. La France sera libre et, dans TEu- « rope entière, Lutèce va jeter une grande lumière. »

A Tacte premier le Génie de la France frappe trois grands coups. Tous les tribuns répètent ces trois coups en frappant leurs mains, mais en les liant de manière à exprimer dans les airs le chant du coq < cori-co-co 1 » et la tragédie commence.

C'est une parodie d^Esther. Les aristocrates veulent chas&er les tribuns et détruire la liberté. Mais le roi, éclairé par le commandant des gardes lutéciennes, sacrifie les aristocrates et leur chef et s'écrie :

< Mon Sénat, ses tribuns, je veux qu'on les honore, « Et que la liberté soit le Dieu qu'on adore I •

Nous ne poursuivrons pas plus loin notre analyse, car cet ouvrage bizarre semble être le produit d'un cerveau ébranlé par les événements. A ce titre cependant il méritait d'être signalé.

Pierre Vaqué,colonel de la garde nationale, offre son drame les Citoyens français ou le triomphe de la Révolution (1) à tous les amis de la Constitution, et il nous prévient qu'en présence

(l) A Paris, chez Cussac, 1791.

des merveilles de la Révolation française < il a dû céder au «besoin d'épancher dans le sein de ses concitoyens ses plus

< vives émotions. >

Les personnages de ce drame sont (nous citons textuellement) :

< Dorbesson, ci-devant duc, lieutenant général des armées, commandant de la garde nationale de son district^ en garde national;

« Mme Dorbesson, née princesse de Taubourgf dans le costume le plus riche);

< Mlle Dorbesson (vêtue simplement) ;

« Joseph Dorbesson (ci^devant comte, chevalier des ordres du Roi^ habillé richement) ;

< Le prince de Taubourg, un des souverains d* Allemagne (décoré de plusieurs cordons);

< Le jeune prince, son fils (paré magnifiquement);

< Le curé-maire (avec Vécharpe municipale dans le cinquième acte); •

te Varigni père (mis simplement, les cheveux à la Franklin) ;

« Varigni fils, lieutenant colonel de la garde nationale (en uni-^ forme). »

La scène se passe au premier acte dans le cabinet de M. Dorbesson, et pendant les autres dans le champ de la Fédération.

Les ofiîciers municipaux de la commune, les citoyens, le curé-maire en tête, viennent remercier M. Dorbesson de ses bienfaits. (Ici tout le monde embrasse M, Dorbesson,)

Le curé, zélé patriote, manifeste ses opinions à la vue d'un pèlerin. < Comme la morale, dit-il, la religion condamne des

< mômeries qui font des vagabonds de ces mêmes hommes

< qui devraient, dans leurs familles, remplir leurs devoirs!....

< En mêlant, ajoute-t-il, les vérités politiques aux vérités reli- « gieuses, je voudrais leur donner un caractère sacré, porter

iSd JM THéATRK DE LÀ BjârOLTTTIOK.

« la eonfiance, la conviction dans tontes les âmes. * ^^ DoNi besson ne peut oontenir son admiration ponr mi tel pfètre.

< Quel digne ministre de la snprème bienfaisance I TAmtm,

< génie, civisme, tolérance, déslntéressementp c'est la vi- « vante image du divin Fénelon î... »

Mais si l'ancien duc est devenu démocrate, sa femme a conservé ses préjugés. Madame Dorbesson se plai&t de es que sa fermière la traite d'égale et le citoyen Dorbesson loi répond : < C'est en bravant l'inclémence des saisons, c'est à « la sueur de son front qu'elle cultive ces fruits que votis man-

< gez au sein de la mollesse !.. » Elle raille la philosophie de son mari, ses nouveaux principes, et^ pour s'en venger, jure de marier sa fille au fils du prince de Taubourg. Mais made* moiselle Dorbesson qui ressemble à son père, et qui aime le lieutenant-colonel de la garde nationale, Varigni, dil au jeune prince dont elle refuse les hommages : • Il n'y a

< plus en France ni nobles ni plébéiens ; il n'y a que des « hommes libres 1 > Le prince de Taubourg finit par s'avouer confondu par la vertu des républicains. « Les Français, dit-il, font la gloire et l'émulation de l'univers. » Et Dorbesson s'écrie : « C'est le triomphe de la Révolution ! *

La pièce se termine par le mariage de mademoiselle Dorbesson avec le fils du citoyen Varigni « en uniforme » . Cet ouvrage fait honneur à un colonel de la garde nationale.

J.-B. Chaussard fit représenter sa pièce épisodique en vers libres « la France régénérée * (1) sur le théâtre de Molière le 14 septembre 1791. Il en donna ce résumé dans sa préface aux journalistes :

* Le théâtre de Molière, connu pour son ardent patriotisme,

(1) A Paris, chez Umodin, 1791,

LB IfOimUn If QNDX. iM

< vient d'établir avec baaiiooiip de sûioi, la pitoe intitulée

< la France régénérée . Pai orn deToir rendre compte à mes « eoncitoyens de mes principes. Le premier de tout a été de

< më défendre des personnalités. On n'éclaire point les hommes

< avec la torche des haines, mais avec le flambean de la

< Raison !... Les abus seuls doivent être traités sans égards.

< Anssi j'ai rassemblé tontes mes forces contre le monstre dn

< fanatisme. L'hydre est écrasée sans doute, mais les derniers

< tronçons du serpent palpitaient encore et j'ai marché sur « ces tronçons. Lorsque j'ai placé un curé sur la scène, le

< caractère du bon Fénelon a été mon modèle.,, »

En voici un exemple. Admirez l'entretien suivant du Prélat et dn Curé :

< On ne respecte rien ; ni l'autel ni le trOne t

LE CURÉ

« Vous-même jugez-vous... l'avez- vous respecté?

LS PRÉLAT

« Mais mon rang?

LIS gurA.

% Ëtait-U mérité ?

LE PRÉLAT

< liais les grandeurs ?

LB CIJRÉ,

c II faut que la vertu lés donne t

LE PRÉLAT

< On a perdu la foi.

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