LA NOBLESSE
La noblesse n'est pas plus épargnée par le théâtre révolutionnaire que la royauté. Un drame ou plutôt un pamphlet de Brizard, intitulé « la Destruction de l'arUtocratisme > , destiné
(1) A Paris, chez Robert, 1797.
208 LE THéATBS DB LA RéVOLUTION.
à être représenté sur le théâtre de la Liberté (1), attaque grossièrement la reine, la dnchesse de Polignac, le comte d*Artoi8. L'auteur invite les bons citoyen» à courir ans à la noblesse : « Français, déchirez sans distinction ces détestables tyransy ces perfides destructeurs de notre liberté t > Il fait égorger Foulon et Bertier au dernier acte, et dire à Bailly que cette journée est « la journée de Texempie de la justice et du triomphe de l'humanité » !...
Le citoyen Mittié fils dans son < Conspirateur confondu » (2) nous montre aussi un chef de conjurés royatisteâ frappé à mort par la justice du peuple et < polissant les derniers rugissements de raristocratie » 1
Philîppe-François-Nazaire Fabre, qui avait ajouté à son nom celui d'Églantine, en souvenir d'une églantine d'or gagnée par lui anx jeux floraux, se raille aussi de la ndolesse dans * le Convalescent de qualité ou V Aristocrate » (3) comédie représentée le 38 janvier 1791 au théâtre Français, dit la Comédie Italienne, Un certain marquis d*Apremine, retenu depuis deux ans à son hôtel par la goutte, ignore qu'une révolution s'est faite et croit toujours à l'existence de l'ancien régime. (II semblerait qu'on s'est souvenu un peu de cette donnée dans Mademoiselle de la Seiglière)A\ tombe des nues, quand il entend son laquais lui parler comme à un égal, son créancier Bertrand le menacer des huissiers, et le propriétaire campagnard Gautier lui demander la main de sa fille Mathilde pour son fils, commandant de la garde nationale. Il jure, il sacre, il tempête, il veut lancer des lettres de cachet contre ces coquins et ces faquins, mais à la fin, vaincu par la force et par l'évidence, il se résigne à marier sa fille au fils du campagnard Gautier. On
(i) A Chantilly, sous les ordres et la directioû des Princes f^^tif^, i1B9,
(2) A Paris, chez Garnéry, 1790.
(3) A Paris, chez la veuve Duchesne, 1791t
LE NOUVEAU MONDS. 109
ne peut nier qu'il ne se trouve çà et là dans cette pièce des situations fines et amasantes. La stupéfaction da marquis est des pins comiques quand son docteur lui apprend le bouleversement jeté par la Révolution dans Taneien régime :
LE MARQUIS
€ Comment? toute la France
« S'est conduite, docteur, avec cette imprudence ?