LE MÉDECIN
4 U« sont perdus.
LE MARQUIS
• Alors que nous reste-t-U t... Rien.
LE MÉDECIN (gravement).
c Les droits saxsrés de Tliomme et ceux du citoyen ! »
• Fabre d'Égîantine, dit le bibliophile Jacob, avait composé
< plusieurs autres grandes comédies. On l'accusa de son « vivant d'avoir volé, dans les Archives de la Comédie-Fran-
< çaise, les manuscrits de Molière, pour se les approprier.
< Quand il monta sur la charrette qui devait le mener à l'é-
< chafaud, il prit avec lui tous ses manuscrits et il les jeta « successivement au hasard parmi les groupes de curieux en « criant d'une voix émue : < Mes amis t sauvez ma gloire I >
< On assure que la comédie de l'Orange de Malte fut ainsi
< sauvée et que MM. Éti enne et Nanteuil la refirent sous le « titre VEspoir de faveur, » Fabre d'Églantine avait été dans sa jeunesse un médiocre comédien de province. Il se montra encore plus exécrable dans les rôles politiques. Secrétaire de Danton, membre de la Commune de Paris, organisateur des massacres de septembre, conventionnel acharné à la perte des
Girondins^ il fat accusé d'avoir pris part à des tripotages financiers. U fut conduit au supplice en même temps que Danton et Camille Desmoulins qui, chemin faisant, le traitèrent de voleur 1...
Un autre cabotin, qui devait châtier par le feu et par le fer, en novembre 1793, la ville de Lyon d'avoir osé jadis le siffler vertement, Collot d'Herbois, écrivit une berguinade contre les préjugés de la noblesse. < UAiné et le Cadet » (i), comédie en deux actes, fut représentée le 17 janvier 1792 au théâtre Feydeau. Le sujet en est des plus simples. M. de Vernillac refuse son consentement au mariage de son frère cadet avec Laurè, la fille de son garde-chasse. L'amour désintéressé de la jeune fille, ses vertus, son courage au milieu des plus grandes épreuves viennent à bout de son entêtement. Il se laisse vaincre et un citoyen qui joue le rôle de moraliste dans la pièce, le père Romain, lui dit :
« Vous nous prouvez qu'un homme sage a toujours la « force d'arracher ces vieilles racines de préjugés qui gôneat « quelquefois les meilleurs sentiments. La vraie noblesse est « celle de la vertu !... »
Le citoyen Gamas accable de railleries lourdes et grossières les magistrats et les prêtres dans sa comédie < les Émigrés aux terres australes * (1) représentée le 24 novembre 1792 sur le théâtre des Amis de la Patrie. Le chef des sauvages Oziambo punit le prince de Fier-à-Bras, le baron de la'Truandière, le président de Balourdet, l'abbé Doucet, dom Gourmand, émigrés, en les forçant à lui servir d'esclaves :
l'abbé.
« Mais nous ne savons rien faire î
OZIAMBO.
« Vous apprendrez.
(1) A Paris, chez la veuve Duchesne, 1792.
LE NOUVEAU MONDE. âil
LB BARON ET LES AUTRES {en gémissafit), « Nous voilà donc condamnés à travailler I... »
Nous arrivons à une pièce qui eut un grand succès en 1793, intitulée *Robert, chef de brigands» (i) imité,de Schiller par Latnartellière. Ce drame, d'abord joué au théâtre du Marais, fut •émis le 3 avril 1793 au théâtre de la rue de Richelieu. • Son « véritable but, disent Etienne et Martainville, était de prouver
< la justice et la nécessité d'un tribunal révolutionnaire. Au
> reste, le rapport entre les brigands de Robert et les juges
> de la Conciergerie était parfaitement j^ste, car ils étaient K tous de véritables assassins. Nous n'hésitons pas à regarder
> la représentation de cet ouvrage comme Tune des causes ( qui ont détruit dans le peuple tout sentiment d'humanité, ( et enfin^ pour le juger en deux mots, nous sommes persuadés
< qu'il a poussé une foule d'hommes égarés vers le crime et « qu'il n'en a pas ramené un seul dans le sentier de" la « vertu. »
L'auteur ne paraît pas cependant avoir eu les idées que lui )rètent Etienne et Martainville, car il écrit dans sa préface : « Plût au Ciel que la société ne fût composée que de bri- « gands semblables t les lois seraient maintenues, les pro-
< priétés respectées, l'honnète homme y trouverait des amis,
< le méchant seul, sans appui et sans ressource, serait forcé
< de renoncer au crime ou d'en porter la peine... (2)» En effet les brigands de Lamartellière détruisent les abus et protègent les faibles contre leurs oppresseurs. Robert de Moldar, fiis ilné du comte de Moldar, s'est mis à la tête d'une bande de
(1) A Paris, chez la eitoyenne Tonbon, 1794.
(2) « Le bon et excellent La Martelllère me répétait souvent : Ma pièce K a été faite trois ans avant la prise de la Bastille. Ni elle ni moi ne « sommes canse de la Révélation ! — Le digne homme est mort de penr, ^ nie da Temple, vis-à-vis le marché... ^
{Souvenira de J.-N. Barba. — • Ghex Ledoyeo, 1846.)
brigands pour secourir lea pauvres et les infcurtimés. Il ne s'est résoln à jouer ce rôle et à accepter de tels complices que poussé par là douleur d'avoir subi la malédictioa patemsUe. Mais il ne cesse de se plaindre, de gémir : au milieu m^i&B des actes de justice qu'il çomniet envers les tyrans, il ae laisse aller aux plus ardents remords. La Providence lui permet de délivrer son père enfermé au fond d'un cachot par Maurice son frère, le traître du drame, et d'obtenir une bénédiction qni efface sa honte. L'empereur a su par le fils du CQmte de Perthold, dont Robert avait réclamé l'appui, le repentir du chef des brigands. Il lui pardonne |i la oonditioA qœ ses camarades jureront désormais de servir l'État en qualité de corps francs. Le traître est puni, Robert épouse 9a maîtresse, Sophie de Northal, et il s'écrie : « Vouons désormaia à la « défense de la patrie et des lois qu'on va réfoirmer, le cou- « jrajge que nous avons mis à les venger, quand cm les ovtra- « geait t » Il est certain que les événements ont dû prêter à ce drame une couleur qu'il n'avait pas et que, d'autre part, l'idée de faire des brigands les vengeurs de la société opprimée était au moins étrange. Ces réserves faites, il convient de louer plusieurs situations dramatiques, celle surtout où Robert s'agenouille devant son vieux père, qui ne le reconnaît pas, pour implorer sa bénédiction.
Le citoyen Mariaucheau-Darcis fait représenter à Dunkerque, le 2 novembre 1793 un gros mélddramei ^leMinisir^ de la République française en Hallande » (1), oii il montre le danger pour une jeune fille républicaine d'aimer un émigré. Sophie, fille du ministre Tourville, a pris pour amant le gentilhomme Verneuil, choix qui excite la jalousie sauvage d'un autre émigré, Saint-Alban. Celui-ci tue Verneuil et tan-
(1) A Dunkerque, chez Drouet, 4793.
Lb nouveau uondiS. lia
diB qne Sophie pleura sar le cadavre de son ama&t^ Tourville, le pèrO) lai adresse pour la oonsoler le discours suivant !
« Ma fille, il est un autre objet à qui ta dois plus d'attaohe- < ment encore. Nos mœurs changent et s'épurent, nos devoirs « ee multiplient. Puissent les événements de cette journée « n'être pas perdus pour nos concitoyens ! Puissent-ils se « convaincre que toutes nos affections doivent être subor- « données à l'amour de la patrie 1... »
Au fur et à mesure que la Révolution s'accentue, les pièces prennent des titres plus extraordinaires. La citoyenne Villeneuve fidt jouer en i793 sur divers théâtres de la Commune de Paris c les Crimes de la noblesse ou le Régime féodal * (i), drame en cinq actes, en prose, à grand spectacle.
Le duo de Forsac, qui a déjà fait mourir sa femme au fond d'un cachot, jure de punir Henri, le fils de son fermier, qui ose aimer sa fille. On arrête le jeune homme et on l'enferme dans un souterrain voisin de la prison où le duc a jeté sa fille Sophie. Henri s'évade. Les paysans se révoltent. Le tyran est tué au moment où il allait poignarder sa fille. Henri épouse Sophie, et le père d'Henri s'écrie devant les paysans qui applaudissent à cette union :
« Ce jour est glorieux pour nous. Les crimes d'une noblesse
« insolente, qui partout fait gémir l'humanité, sont à leur
* comble et seront gunis. Le flambeau de la Raison éclairera
• les peuples abattus. Le fanatisme, les préjugés, les rois, ces \ * fenlômes vains, idoles des esclaves, tous ces fléaux seront
* détruits à jamais et l'homme libre et bon va reprendre son
• énergie et les vertus du premier âge î » ^ citoyen Desforges hausse encore le ton avec son opéra
^' « Alisbelle ou les Crimes de la féodalité » , musique de Louis
'0 A Paris, chex Barba, an ii«
Jadin (i)^ représenté le 27 février 1794 au théâtre National.
Nous sommes cette fois en plein moyen âge avec des Enguerrand, des Guiscard, des Lionel, des Olivier, des varlets, des soudards, des bergers, des bergères et des troubadours.
Guiscard, sous le nom de Robert, vient délivrer Alisbelle, son amante trop sensible^
< Au fond d'un noir cachot vivante ensevelie, > et satisfait d'avoir fait connaître sa mission au peuple, il se met à chanter < un air sépulcral » !
Claire, sœur de Guiscard et femme d'Olivier, frère de la pauvre Alisbelle, reconnaît son frère dans le faux Robert. Celui-ci révèle l'emprisonnement de son amante par le seigneur Ënguerrand à Claire et à Olivier. Nous recommandons au lecteur le duo que chantent à ce moment Gaire et Robert :
CLAIRE. ROBERT (« OUvier).
« Est-il bien possible « 0 frère sensible,
« Ah î monstre d'horreur ? « Ce monstre d'horreur,
« G frère sensible, « Dans ce lieu terrible,
« Calme ta fureur I » • Craint peu ta fureur. »
Voilà le point de départ de certains vers qu'on remarque dans quelques livrets de Scribe. Le citoyen Desforges a feit école.
Olivier et Robert Guiscard soulèvent les vassaux conlrt Ënguerrand. Alisbelle est délivrée et le petit Lionel, enfant de douze ans, fils de Robert Guiscard et d' Alisbelle, poignarde le tyran. Cet enfant précoce chante alors un grand air qu' termine la pièce. Il convient d'en citer une partie :
« Je garde cette arme sanglante « Qui vient de punir Ënguerrand
(1) A Paris, chez Pranlt Tainé, ventôse an ii.
LE NOUVEAU MOin)E. 2i5
« Jusqu'à rheure où ma main, plus fenne et plus vaillante, « kai2L pulvérisé jusqu'au dernier tyran t...
< 0 mon père, ô tendre Alisbelle,
« Il n'est plus d'obstacle à vos nœuds...
« D'un amant, d'un époux fidèle,
€ Daignez enfin combler les vœux... »
J.-B. Radetjdans « le Noble roturier » (1). comédie en un acte, représentée le 24 ventôse an II (14 mars 1794) sur le théâtre da Vaudeville, suppose que le marquis de Valsain a quitté son hôtel de la chaussée d'Antin pour se réfugier au faubourg Antoine sous le nom de Courtois. Le nom de Valsain qu'il ivait acheté jadis se trouve porté sur la liste des émigrés et ies suspects. Il 'voudrait aujourd'hui se faire un appui des »arents qu'il a négligés^ tant qu'il n'y avait aucun péril pour ni.
Son cousin germain Courtois, le menuisier, consent à le econnaitre pour parent à la condition qu'il se conduira dé- 3rmais en. patriote. « Tant pis pour toi, lui dit-il, si tu n'es as bon citoyen, car je t'avertis que je serai ton premier déonciateur. >
Valsain, ému et converti, chante alors :
« Prouver qu'autrefois pendant quatre cents ans, < Fiers de leur pouvoir, nos aïeux ignorans € Avaient opprimé des vassaux endurans,
« C'était l'état monarchique...
« Citer pour parens des gens laborieux, « De braves artisans, actifs, industrieux « Qui tous ont vécu pauvres mais vertueux,
« Voilà quelle est la République. »
Le citoyen Laus nous montre jusqu'où va le patriotisme 'une jeune aristocrate convertie à la République dans la omédie intitulée la Vraie Républicaine ou la Voix de la Pa-
(i) A Paris, à rimprimerie, rue des Droits de THomme.
210 LE THÉÂTRE DE LA RévOUJTION.
trie (i)>r0présentée sur le théâtre du Lyoée daa Arts i0n juillet 1794.
La citoyenne d'Oflf^mont, jeune vetive, devenue républicaine, épouse le sans-culotte et fermier Dumont.Elle apprend que son frère d'Apreville conspire avec les Autrichiens et elle le dénonce au maire de la commune qui fait arrêter le frère et dit à la citoyenne :
« Tu viens de faire une action qui t*élève au rang des
* plus célèbres héroïnes... Tu t'acquiers pour frère tous les ci-
* toyens qui s'intéressent à la République !... Oublie d'Apre- « ville. Il est à jamais effacé de notre mémoire t •
Puis le maire engage les habitants à se marier comme Dnmont et d'Offémont :
« Quand nos intrépides soutiens « Hasardent leurs jours à la guerre, « Se marier pour repeupler la terre « Est le droit des autres citoyens.
« Puisse bientôt la France entière f Se soumettre aux lois de Thymen.
« On est toujours mauvais républicain « Quand on reste célibataire I... (bis) »
On danse ensuite la Carmagnole et la citoyenne d'Ofifémont chante la Marseillaise.
« Monsieur le Marquis » (2), comédie en deux actes et en vers, est, dans l'intention de F. Boinvillîers, son auteur, « une satire des petits tyrans dévorés d'orgueil et d'ambition». On peut en juger parle caractère de ses personnages :
« LE M^s DE FLORicouRt... Jeuue fat aussi étourdi que présomptueux.
< DORANTE.,*. ...... 4 Député, homme très-réfléohi, fl^
(1) A Paris, chez Cailleau, 1794,
(2) A Versailles, cbe« P, U P*a, ftn ïy,
LB NOUVEAU MONDB, 217
ft'échauffânt que quand Iôb circonstances la coûamandent.
« ZELMiRE Pupille de Dorante, jeune personne fort aimable et très-sensible, ennemie jurée de la noblesse.
« BRiDEFER SclHer, homme d'un caractère
froid et sérieux, plein d'honnêteté et de bonhomie.
* DUMONT Intendant du marquis.
• LA GRENADE Sou fils, garçou fort niais.
« Un tambour de la garde Homme d'un caractère franc et nationale» » » ■,, loyal, paraissant avoir des sentiments élevés. Il est bien fait et d'une bonne oomplexion. >
Les quelques vers suivants donnent une idée de là pièce du citoyen Boinvilliefs :