‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 47 sur 137 · CHRISTOPHE · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE

^ela dépend de ceux que je conduis. Autrefois par exemple :

Lorsque je menais au Palais Les noirs suppôts de la chicane.

Ou bien à des soupers secrets De jeunes blondins en soutane, J'allais au pas ; aussi plusieurs Se plaignaient-ils de ma conduite»..

Pour les plaideurs et pour les mœurs J'allais encore trop vite ! (his)

Mais quand une heureuse loi Nous a délivrés des despotes, Nous sommes mes chevaux et moi Toujours prêts pour les patriotes ; Bien sûr que tout bon citoyen Ne va qu'où la vertu Tinvile...

Celui qui va faire le bien Ne peut aller trop vite, (bis) »

Nous arrivons au célèbre Cange, au commissionnaire de la. prison deSaint-Lazare. < Cethomme sensible, disent Etienne et « Martainville, s'étant intéressé au sort d'un détenu plongé

< ainsi que sa famille dans la plus affreuse détresse, porta 50 « francs à la femme de la part du mari et remit 50 francs « au mari de la part de la femme. Le bon commissionnaire « ne possédait qu*un assignat de 100 francs et la manière « noble, touchante et délicate dont il sut l'employer couvrira

< à jamais d'opprobre ces riches insensibles dont le cœur « est fermé à la pitié et aux plus douces affections de la « Nature 1... C'est ce beau trait, que l'on aime à découvrir

< an milieu de cet amas de crimes, et d'assassinats, qui a « fourni à Gamas (1) le sujet de la comédie en un acte et en

(i) Cange ou le Commissionnaire de Lazare. — A Paris, chez la eitoyenne Toubon, an ui.

244 LE THÉATRB DE tA RéVOIitJTION.

« prose jouée le 9 brumaire au lll (30 octobre 1794) avec un -grand succès au Théâtre de la République. » Il faut ajcrnler que les Thermidoriens saisirent ce trait avec empressement pour déclamer contre Robespierfe et les Jacobins.

L'anecdote forme à elle seule Tintrigue de la pièce. Gange a secouru le citoyen Durand qui, h pôine sorti de prison, se livre à des déclarations dô <5é geni^ :

« Je possède un cœur pur ; une âme honnête, cela se doit ; « je chéris la Liberté avec enthousiasme; elle estTidolede « tout bon Français ; ma pensée n*est point vénale, les fripons « seuls en font un trafic... etc.

vERSEuiL, ami de Durand {interrogeant Cangé). « Fais-nous connaître cet homme généreux?... GANGE (dmimulant son émotion), « Généreux !..< àiXe& sensible t voilà tout. > On découvre sa générosité, malgré ses prëcatîtions à la dissimuler, on l'entoure, on l'acclame, onTembrasse Tableaul

* Le vertueux Gange assistait, avec toiite sa famille, à « cette représentation et il fut présenté aux spectateurs atten- « dris, qui lui prodiguèrent les plus vifs témoignages de teè-

* pect et d'admiration (i). *

Les théâtres de la Gité- Variétés, de l'Opéra-Comique, des Amis de la Patrie et de l'Égalité exploitèrent le même sujet. Villers et GouiFé, MarsoUier et Dalayrac, Bellemont et Jadiû, la citoyenne Villeneuve chantèrent en môme temps que Gamas Cange ou le Commissionnaire bienfaisant (2) , ks Détenus ou Cange commissionnaire de Lazare (3), Cange ou le Commissionnaire de Lazare (4), le Commissionriaire (5).

(1) Etienne et Martainville, Histoire du th. Français, tome IIÏ, p. 163.

(2) Chez Plassan, an m.

(3^ Chez Maradan, an m.

(4) Chez les marchands do nouveautés,

(5) Chez Maradau, ao ui.

Lfi NOlîVEAtî MONDB. 945

Celui que Gange a secouru s'appelle tantôt Durand, tantôt ieorges. Voici comment ils s'adressent à tour de rôle à leur auveur, au moment où le rideau va tomber :

l'« version,

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