‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 60 sur 137 · LES FEMMES · texte numérisé non relu

LES FEMMES

« Quel avenir agréable

« Nous promet ce choix flatteur î

* Il est jeune, il est aimable, « Il fera notre bonheur I »

La papesse supprime deux tiers des impôts et fait prendre ^^ somme équivalente sur les biens des cardinaux, puis elle ajoat^'

« Le célibat du vice est la source infinie ; < Je veux que désormais le clergé se marie. »

Elle donne Texempie en épousant Florello. Jejono et les cardinaux indignés se sauvent en chantant :

« Comment esl-il possible « Qu'on ait pu nous duper ?

< L'Église est infaillible

« Et ne peut se tromper ! »

Dans une autre Papesse Jeanne (i), opéra bouffon en trois actes, du citoyen Fauconpret, le Pape tombe de son siège après l'élection :

< On le secourt, mais que voit-on ?... « Que le Saint-Père « Venait de faire...

« Un gros garçon ! »

L'opéra intitulé la Fêle de la Raison (2), représenté le 6 nivôse an ii (25 décembre 1793) à l'Opéra (paroles de Sylvain Maréchal et musique 3e Grétry), est un outrage sans nom fait au culte catholique. La déesse Raison était amenée tes une église et placée sur l'autel. Le curé déchirait son bréviaire et sa soutane, puis apparaissait vêtu en sans-culotte. Il jetait en l'air sa calotte en chantant :

« Trop longtemps, infâme calotte, «Tu dégradas ma dignité « D'homme libre et pensant... Admis à cette fête, « Citoyens, placez sur ma tête « Le bonnet de la Liberté !

< Au diable la calotte t « Au diable la calotte t

« Je me fais sans- culotte ! »

'2\ "^ Paris, chez la veuve Hérissant, 1793. -^ Paiis, chez Patris, an ii.

îlî LE THEATRE DE LA RÉVOLUTION.

On brûlait les croix, les ornements, les missels et on coiffait le curé du bonnet rouge. Les acteurs de cette satnrnale étaient Lays, Chéron, Adrien, Rousseau, Dufresne et les citoyennes Aimée, Miller, Coulon, Saint-Romain, Hutin. Voilà les œuvres de haut goût que Ton offrait au public en 1793. Voilà de quelles grossièretés on parait le théâtre. En vérité les Parisiens n'étaient guère difficiles !

Duval et Picard prétendent combattre le fanatisme dans leur comédie < Andros et Almona ou le Français à Bassora » (I), représentée le 16 pluviôse an II (4 février 1794), à rOpéra-Comique national. Andros, jeune Français, a été fait esclave par les Indiens. Il v.oit passer une jeune veuVe qn'on va jeter sur un bûcher. Il s'approche d'elle, lui parle, la dé- i tourne de son dessein farouche, et la séduit. Les prêtres furieax vont se venger d' Andros, quand la belle Almona captive tour à tour le dominicain, le rabbin, Tîman, le grand brahmine. Elle les trompe tous les quatre, dévoile au peuple avec Andros leurs supercheries et épouse le jeune Français devant la Nature.

Comment arrivent-ils à se marier devant la Nature? Cest fort simple. Almona propose à Andros de faire bénir leur union par Brahraa.

ANDROS

« Qu*ai-je à démêler avec Brahma?.*. Je suis loin d'adopter « votre culte.

ALMONA

* Ah ! j'entends, vous êtes d'une secte différente et vous « voulez suivre votre religion. Serien-vous juif ?

ANDROS

« Non.

(1) Paris, chez la citoyenne Toubon,

LE NOUYBAU MONDE. S78

ALMONA

« Masnlman ?

ANDROS

< Pas du toat.

ALMONA

< Yong êtes donc chrétien ?

ANDROS

« Je suis un homme sensible.., qui reçoit les bienfaits de < rÉtra suprême avec reconnaissance...

< Jamais je ne serai parjure ;

* Almona, crois en mes serments, « Mais ne suivons que la Nature^ « Voilà le Dieu des amants I »

La morale de la pièce réside dans la déclaration finale du jeune Français.

ANDROS (s' adressant aux Indiens).

• 0 peuple de Bassora, pourquoi voulez-vous une religion • dominante?... Tolérons tous les cultes... Ce qui nous inté- « resse tous, c'est d'être d'accord sur la morale. Mortel de « quelque religion que tu sois, tu trouveras cette morale « gravée dans ton cœur. Sois donc bon citoyen, bon père, « bon époux, bon ami (1), sers les hommes et ta patrie, et tu « auras rempli tous les devoirs que te prescrit l'Être suprême, ' le Dieu de toutes les religions.

DOM JÉRONiMO (dominicain espagnol).

« D'après cela, notre règne est fini !...

ANDROS {aux prêtres).

< Embrassez-vous t... Plus de querelles t

< Aimer, servir l'humanité,

(l) l^ea plaisîuits oi^t ajouté depuis « bou garde national * |

« C'est la manière la plus belle * D'adorer la Divinité I... (bis) »

Robespierre voulut réagir contre ce courant irréligieux et fit décréter par la Convention le 18 floréal an II (7 mai 1794), une fête de l'Être suprême. Elle fut célébrée le 20 prairial an II (8 juin 1794), dans le jardin des Tuileries, sur un amphithéâtre dressé par les soins de David. Robespierre y déclara solennelIement;i en face des représentants, que le peuple français reconnaissait FÉtre suprême et l'immortalité de l'âme et mit le feu à des emblèmes qui représentaient les vices et les passions. On chanta des hymnes dus à la collaboration de M.-J. Chénier et de Méhul, puis on termina la fête par des danses et des repas civiques.

Le même jour on représenta au théâtre de la Cité-Variétés sur ce sujet des scènes patriotiques (1), dont les auteurs étaient le citoyen Cuvelier et le citoyen Othon Vander-Brock, cor de l'Opéra. Voici comment débute le livret : < Une mu* « sique douce et champêtre annonce le lever de l'aurore. Les * paysans construisent un autel à la Divinité et y placent un « transparent. On y lit ces mots :

« Le Peuple français reconnaît VEtre suprême. »

* Le commandant de la garde nationale arrive et chante:

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