‹ Le théatre de la revolution, 1789-1799Chapitre 69 sur 137 · LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

Telle est la grande devise que la Révolution de 1789 a mise en tête de ses nobles revendications, gigantesque levier des nouvelles croyances politiques, étincelant Mane Thecel Phares^ qui, dans la solennelle réunion des représentants de la France, semble prédire, non la ruine et la mort, mais la résurrection et la gloire. Aussi quel soufQe puissant agite tous ces hommes envoyés aux États généraux ! Ils obéissent à une inspiration surhumaine, ils écartent résolument les antiques entraves, ils veulent n'accorder les emplois et les faveurs qu'au mérite seul ; ils ne voient dans le gentilhomme, dans le prêtre, dans le soldat, dans le bourgeois, dans l'ouvrier que des frères. Ils le disent, ils le croient, ils sont sincères... Nobles rêves que tous les grands esprits ont conçus ! Généreux espoirs qui, pour n'être pas entièrement réalisés n'en sont pas moins dignes d'admiration 1

Quoi de plus beau en elTet que ces trois mots qui brillent pour la première fois sur les drapeaux du Dauphiné et de la Franche-Comté au jour de la grande Fédération et, le lendemain, prenant place sur tous les étendards, paraissent n'en faire qu'un, tant ils sont étroitement liés : liberté de penser, d'agir, d'écrire, de parler, de se réunir ; égalité de tous devant la loi ; fraternité, ou pour mieux dire charité, tolérance, amour 1...

Que dire de cet élan extraordinaire, inouï, qui crée la nuit du 4 août et pousse à l'abandon patriotique de tous les privi- ^ègej.... Ah ! nous le savons, il est des esprits qui résument

LB THEÀfiA Mt ii itfiVtitUTIOlf .

ces hantes conceptions et ces magnifiqnes promesses en deoi mots qni paraissent en montrer Tinanité : < baiser Lscnoor rette ! >

Ils ont raisQb^ fi Ym pense m» h^tarelm dto 1793 et de 17ft; ils ont tort, si l'on contemple Tanrore de 1789. Mandit-on le soleil, si la jonmée qu'il a saluée de ses rayons finit parnn (Nrage ?..» On peut encore disckter la teneur du trinôme et dire qu'il est presque bizarre de décréter la fraternité. Ibis qu'on y pense ? la devise est toute faite d'enthousiasme; elle peint piutôt un 4tat sooiai qu'une politique géométinqùemelt définie.

Et d'ailleurs que de complîoes dans ce renoorean stbljme ! Le Roi lui-même croit à une splêndide transferm»* tion. Il l'accepte loyalement. Il la proclame et tout impèdpie, ivre d'enthousiasme^ lui donne ie nom superbe de ISoftitihiteur de la Liberté française.

Hélas i il est vrai que cette admirable r^cohcilialiôn tnh par l'éclatement des haines les plus sauvages. Il est Vrai que ce monarque, acclamé et béni par tous les Français, va tout à

l'heure être traîné au siipplioe t Les plus odieuses colères suc*

céderont aux plus doux embrassenients et la statue de la Liberté — contraste hideux ! — dominera l'échafaud m la place de la Révolution. L'égalité tant célébrée ne sera phs,

dans les heures de trouble et de désordre, qu'une hypocrisie

ou qu'un mensonge... Une foule aveugle croira qu'il suffit de supprimer les titres pour étendre un niveau fraternel sur la société. On va renverser une Bastille, délivrer quelques l»risonniers... peu de jours après les prisons ne sueront plus. Pour enfermer les adversaires, les contradicteurs, les innocents qualifiés de suspects, on réquisitionnera jusqu^aux palais eux-mêmes!... Était-ce ainsi qu'il fallait interpréter cette splêndide devise, ces trois mots charmeurs, ces mots qui ont

feit flbrél» tôttte tthé ëpbtlôe et dofîi iioflâ àêtiioflà ënftdtë la mâgîqne puissance?... Mais qlie hbils fcttl à iloilS leë êH-ëUfs et les palinodies î ïbïis ôetix î}tii S'hôhbfênt dit ttbiîl de eJtoyens français, doivent (!éttietH*ët fidèles aux vrais principes de SikèHè, d'^gâlitê, dé frâtêrHit^ et dirijfëf Vefô ce Bill leurs pensées et celles dé lêui*s cdhcildjfëtlâ...

'^^ôyôîië comment lés auteurs draiîiâtliiuës de la RéfÔJtlliôn comprenaient ces grands principes. Ici le côté patriotlîttië qiie nous avons envisagé, non saris émotion, fait place au côté scébiqilfe. bé plus, lés préoccupàtibfts péfsbtittellêà àéS âhtéiifs et les passions politico-théâtrales que iiduS âllohà ^tdaiêr vont nous faire sortir un péii an cadre historique où nous nous étions piii â éiitrei* dans le défeùt dé ce châpitr'é.

Une des premières pièces îjtii pârlëttl dô là libêftë éfel là comédie deCh.-Ph. Ronsin, têpl-ésefttée le 12 juillet 1790. Elle s'appelle la Fêlé dé Id tibèrU àU k bin'er dès pàiHoféi (1) e|. porte en tête de la bfocjliuré côs dètit iïghes :

€ N'oubliez pas qttë î'àfi ttHatfé-vihgi-nëuf . « Doit tin pëii de sa gloire àU îâtibdiil-g Saint-Antoine. *

L'intendant Dorval donilé h dîner k des patriotes éprouvés, à un poète, à un moine, au grenadier Arné qui a pris la Bastillei et le duc, son maître, approuve cette excellente idée. Malgré les objurgations de la duchesse, le duc met une cocarde à son chapeau et boit à la liberté arec les patriotes.

LA DUCHBSSE;

( A des gens du commun vous êtes associé ?.it

LE DUC

« Ma démarche est fort naturelle...

i i*âi ^fls îttdtt càdViî pdur guide et mdil rdi poui* mbdèîé. *

Dans la comédie de Tissot « foui pour la Liberté » repré- (1) A Paris, cbez Gossac, 1790.

SOS LB THÉATBX DE LA BÂYOLUTION.

senlée. le 20 octobre 1792 sur le théâtre du Pateu-Tariétéi, HQ des personnages, le père Thomas, parle ainsi de la MoT" ieiUaise, dont la vogue commence à s'affirmer :

LB PÊBB THOMAS.

« Citoyens, j'allons vous chanter nne chanson qfoi nous est « arrivée tout nouvellement de Paris. Elle commence par ces c mots : « Allons, enfansde la patrie t... » Julien» tudcnsla c savoir.

JULIEN

« Si je la sais ! mon père t... Nous la chantons tous les joois, « c'est la prière dii soldat.

LE PÂRB THOICAS.

< Et du citoyen, morbleu. Je ne l'entends jamais sans que « les larmes n'm'en viennent aux yeux.

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