CONVENTION NATIONALE
Séance du mardi 3 septembre 1793.
Présidence de MAXJMILIEN ROBESPIERRE.
< Barrera a demandé que la Convention approuvât un arrêté « pris par le Comité de Salut public, portant que le théâtre « dit de la Natio7i serait fermé, que les acteurs et les actrices
< seraient mis en état d'arrestation à cause de leur incivisme, « et parce qu'ils sont soupçonnés d'entretenir des correspon- « dances avec les émigrés, ainsi que François de Neufchâteau
* auteur de la pièce intitulée Paméla, et que les scellés
< seraient apposés sur leurs papiers...
a) fourni ^ P^na, 14 im un,
60 LE TH^AÏftiÈ Ï)E La RévoLtrrioN.
« Le Colhité a pris cette nnit des mesures pouf* ravivet VêS"
< prit public. Il est des choses peu utiles en apparence, tnais « que l'on trouvera nécessaires quand on pensera aux comme- « tions que l'opinion publique a souvent reçues.
i Le Théâtre de la Nation qui n'était rien moin» que Na^
< timal a été fermé. Cette disposition est une suite du décret
< du t août, portant qu'il ne serait joué sur les théâtres de la
< République que des pièces propres à animer le civisme des
< citoyens. La pièce de Paméla comme celle de VAmi des I^ois
< A fait époque sur la tranquillité publique,
*0n y voyait non la Dertu récompense ; nais la nobUise^
< Us aristocrates, tes modéréSy M Feuillants se réunissaient pour « applaudir les maximes proférées par dea milords ; on y «nfen**
< dait l'éloge du gouvernement anglais, et dans le mometà où le
< duc d*York ravage notre territoire /...
« Le Comité fit arrêter la représentation de la pièce. L'an^ « teur y fit des corrections ; cependant il y laissa des vert « qu'on ne peut pas approuver, tel est celui-ci :
< Le parti qui triomphe est le seul légitime t
« Hier cette pièce fut représentée sur ce théâtre et Taristo- « cratie, qui est toujours aux aguets, s'y assembla. Pendant la « représentation, un patriote, un aide-de-camp de l'armée « des Pyrénées, envoyé auprès du Comité de Salut public, fui
< indigné de voir encore sur la scène des marques distinctives « de la noblesse, de voir ia cocarde noire arborée, d* entendre « applaudir à Vêloge du gouvernement aristocratique d'Angle-
* terre. Il interrompit ; à l'instant il fut cerné, couvert d*in-
* jures et arrêté.
« Le Comité à qui tous les faits furent rapportés se bap-
< PELA DE l'incivisme MARQUÉ DANS d'auTRES OCCASIONS PAR
« ï<E§ ACTEURS PE CE TUÊATRE, et qu'ils étaient soupçonnés
Ll« 6BN9 DE THÉATfïB. 61
« d'entretenir des correspondances avec des émigrés, et fit < attention que le principal vice de la pièce de Pamêla était « le MODÉRANTisME ; il CHit qu'il devait feire arrêter les « acteurs et les actrices du théâtre de la Nation, ainsi que « Fauteur de Paméla.
« Si cette mesure paraissait trop rigoureuse à quelqu'un, je « lui dirais: les théâtres sont les écoles primaires des hommes « éclairés et un supplément d l'éducation publique.
* L'assemblée applaudit à cette mesure et la confirme.
< La séance est levée à cinq heures. >
La Convention, on l'avouera, n'était pas difficile à persuader, et Barrëre joua dans cette journée, comme dans beaucoup d'autres, le rôle d'un solennel imbécile. Il mérite bien le surnom que ses contemporains lui donnèrent : Anacréon de la Guillotine 1
Dans la nuit da3 au 4 septembre 1793, on envoya auxMadelonnettes Dazincourt, Fleury, Bellement, Vanhove, Florence, Saint-Fal, Saint-Prix, Naudet, Dnnant, Champville, Dupont, La Rochelle, Narsy, Gérard, Alexandre Duval; et à Sainte-Pélagie, mesdames La Chassaigne, Raucourt, Suin, Contât, Thénard, Joly, Devienne, Petit, Fleury, Mezeray, Montgautier, Hibou et Lange. Tàlma et M.-J. Chénier pouvaient se réjouir : le théâtre de la République était débarrassé d'un rival dangereux. Ils avaient entendu sans frémir < Tef- « fronté saltimbanque Collot d'Herbois, celui qui avait le « mieux prouvé que ce n'est pas en vain que Ton appelle vul- « gairement des injures des sottises » , s'écrier devant une proie aussi belle : « La tête de la Comédie-Française sera guillotinée et le reste déporté î... »
Cette affreuse prédiction se serait réalisée sans le dévouement d'un ancien acteur, Charles de la Bussière, employé du Comité de Salut public, qui fit disparatlre, au péril de sa vie,
les dossiers des Comédiens français et empêcha ainsi ses camaradesde comparaître devant le tribunal révolutionnaire (1) . On voit où la politique et les politiciens conduisaient alors les acteurs!...
Le 10 mars 1794, le Comité de Salut public, sur de nombreuses réclamations émanant de chauds patriotes, rendit l'arrêté suivant:
* Le Comité de Salut public délibérant sur les pétitions « présentées par les sections réunies de Marat, de Mucius- « Scaevola, du Bonnet-Rouge et de TUnité, arrête :
* i° Que le théâtre ci-devant Français étant un édifice
< national sera rouvert sans délai, qu'il sera uniquement con- « sacré aux représentations données de par et pour 4e Peuple
* à certaines époques de chaque mois.
« L'édifice sera orné au dehors de l'inscription suivante :