LAVA
L'auteur avait adressé en même temps aux législateurs une
protestation énergique, dont voici le texte : < Citoyens législateurs, < Un grand abus d'autorité vient d'être commis contre un citoyen dont le crime est de proclamer les lois. Tordre et les mœurs. On a anticipé sur la décision de votre commission d'instruction à laquelle vous avez renvoyé l'examen d'un ouvrage intitulé VAmi des Lois, Je me suis rallié dans cet ouvrage aux principes éternels de la raison ; c'était m'identifier avec vous et l'on vous a calomniés dans le disciple qui ne faisait que répéter vos leçons. Les faux monnoyeurs en patriotisme ont affecté de faire croire que j'avais imprimé à la place de leur effigie celle des plus honnêtes patriotes. C'est ainsi que, du temps de Molière, les Tartuffes prétendirent que le poète avait voulu jouer le véritable homme pieux. Un de vos décrets, citoyens, punit de mort
<i quiconque tendra au démembrement de la République.
• .Qn'ai-je donefeit ? J'ai marqaë du fer chaud de l'înramie
• la front des anarchistes démembreurs, tandis qae ma main,
• d'nn antre ctté, attachait l'auréole civique sur celni d'nu
■ véritable patriote tenant à l'unité du gouvernement. Li
• ComninDe, 6n snspendnnt les re|jrésen1alions de mon
• ancrage, argumente d'une piëtendue feri-nentation alarmante
< dana lea circonstances. Le trouble i\m se inanifeste aa-
• jotud'lmi n'eit dû qu'à son arrêté placardé à l'hi-are mâme
• ofe tepnblie éliit di'jï rassemblé pour prendre de» billeli.
• C'est k la cînqnii'me représentation, apr^s quatre épreovs 4 paisiblei, qn'élîe oae suspendre rAmi des Loit. Comnient
• jnrtiflera-t-elle, cette Coniniune (et je dénonce le fait), l'ordro 1 qu'elle Tient fl'intimer aux Comédiens ù l'instant où jepar- I taie ponr me présenter devant vous? Cet ordre porte qne
• les Comddiens seront tenus de lui soumettre, tous les liuil
■ jours, le répertoire de la semaine, pour censurer, arrêter oa
■ laisser passer les piËces de théâtre au gré de ses caprices.
■ Ainâ l'ancienne police vient de ressusciter sons l'écharpe
■ municipale. Comnient se justiSera-t-elle, cette Commune,
• d'oser regarder et de faire courir les Coniédiens comme
• ses valets ? de les avoir mandés, il y a qnatre jonrs, pour
< les tancer de ce qu'ils venaient de représenter k Cid {parce
■ qne dans ce chef-d'Œuvre il y a un rôle de Roi) tandis
■ qu'elle tolère, sur d'autres théâtres (I), le Cid et l'Orjthtl»
• de la Chine? A-t-elle donc oublié encore, que les despotes de
• Versailles voyaient chaque jour leprésenter et Brutut et la . Mort de César et Gwtlajime Tell ? Oh ! sans doute il eal . temps de s'élever contre ces modernes gentilshommes de la . Chambre I Où en sommes-nous donc, citoyens, si celui qui
• prScbe l'obéissance aux lois est condamnable ? S'il en est
(1) AllDiion BD thjàtre ds la rng de Richelien.
ainsi, couvrez-vous de cendres, ô vous à qui il reste encore quelques portions d'âme et d'humanité, et courez vous ensevelir dans les déserts t
• Non, je n'ai point fait, comme on ose le dire, de mon art, qui doit être l'école du civisme et des mœurs, la satire des individus. De traits épars dans la Révolution, j'ai composé les formes de mes personnages, je n'ai point vu tel et tel ; j'ai vu les hommes.
« Étranger à l'intrigue, étranger aux factions, je vis avec mon cœur seulement et mes amis ; je ne connais point, je n'ai jamais vu ce citoyen (1) que des échos d'imposture ont déjà proclamé le rémunérateur de mon civisme. Que celui qui a acheté ma plume se présente, qu'il parle, s'il ose î Elle ne sera jamais vendue cette plume qu'au saint amour des lois et de la liberté ! Je ne connais que ma conscience, je suis fort d'elle : ils m'attaquent ces gens qui ont intérêt h ce que le peuple soit méchant, parce que j'ai prouvé dans mon ouvrage qu'il est bon, essentiellement bon, parce que je l'ai vengé des calomniateurs qui lui attribuent les crimes des brigands. Citoyens, je ne vois que vous, que la loi que vous dictez au nom du peuple, et je me sens plus libre et plus grand en lui soumettant ma volonté, que ces misérables esclaves qui prêchent la désobéissance à vos décrets.