‹ Le théâtre de Saint-Cyr (1689-1792) d'après des documents inéditsChapitre 10 sur 121 · PRÉPARATION ET RÉPÉTITIONS D'ESTHKR · texte numérisé non relu

PRÉPARATION ET RÉPÉTITIONS D'ESTHKR

de ce siget, des choses flatteuses pour elle. La Yasthi avoit ses applications, Aman, des traits de ressemblance *• ».

Madame de Caylus raconte qu*un jour Louvois, à la suite d'un démêlé qu*il eut avec Louis. XIV, s'emporta jusqu'à dire devant Madame de Maintenon l'équivalent de ce que dit Aman à Zarès au troisième acte d'Esther :

n sait qu'il me doit tout, et que, pour sa grandeurf J'ai foulé sous les pieds remords, crainte, pudeur ; Qu'avec un cœur d'airain exerçant sa puissance, J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence ; Que pour lui, des Persans bravant l'aversion. J'ai chéri, j'ai cherché la malédiction.

Et, pour prix de ma vie à leur haine opposée. Le barbare aujourd'hui m'expose à leur risée.

Madame de Maintenon n'aimait point Louvois^ qui exerçait sur Louis XIV une influence toute contraire à la sienne, et qui le poussait continuellement au despotisme absolu, à la satisfaction de toutes ses volontés, à la prodigalité et à la guerre. Elle ne fut pas fâchée sans doute de reconnaître l'orgueilleux ministre dans le personnage d'Aman. Mais tout en admettant des allusions que le vulgaire ne saisirait pas, elle ne voulut point être plus clairement désignée, et refusa la dédicace de la pièce que lui offrait Racine.

' Souvenirs de madame de Caylus.

Louis XIV assistait à ces premières lectures d'Esther et donnait des avis dont le poëte profitait. « Le tour que j'ai choisi pour la fin du prologue, écrit Racine à Madame de Maintenon, est conforme aux observations du Roi. » Ce prologue avait été composé tout spécialement pour madame de Caylus, qui, mariée depuis peu, n'avait pas de rôle dans la pièce ; ce n'était, à proprement parler, qu'un compliment, mais un compliment noble et délicat, comme Racine savait les faire. Les premiers vers s'appliquent au fondateur de Saint-Cyr ; c'est la Piété qui parle :

Grand Dieu, que cet ouvrage ait place en ta mémoire ! Que tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés d^ rois que tu chéris !

Tu m'écoutes. Ma voix ne t'est point étrangère : Je suis la Piété...

Les vers qui suivent font allusion au zèle de Louis XIV pour la religion et louent très-clairement la révocation de l'édit de Nantes :

De ta gloire animé, lui seul de tant de rois S'arme pour ta querelle et combat pour tes droits. Le perfide intérêt, l'aveugle jalousie S'unissent contre toi pour l'affreuse hérésie...

Lui seul, invariable et fondé sur la foi, Ne cherche, ne regarde et n'écoute que toi.

Le poëte célèbre ensuite la gloire militaire du

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