DÉBPTS DE LA DUCHESSE DE BOURGOGNE DEMOISELLE DU RUBAN ROUGE
Adélaïde de Savoie, yem^ ©A France dès Tâge de neuf ans, avait été présentée à Fontainebleau le 6 uoyepibre X696. Elle était si petite, à en croire Saint-Simon, que lorsqu'elle s'avança dans 1^ cour du châteftu, à côté de Louis XIV qui la conduisait par la main, on ne l'aperçut pas tout d'abord, et l'on crut que le Roi l'avait tirée de sa pQche.
I^e premier soin de madwne de Maintenon fut de la mener à Saint-Cyr, où on lui av^it préparé une réception solennelle et où elle fut pour cette fois seulement traitée en princesse, Les Mémoires des Dames, qui n'abondent pas en descriptions, laissent deviner ici, à travers rinsufflsance deq détails, un tableau charmant. On voit cette toute petite fllle, vôtue comme les Infantes de Velasque?, d'une lourde robe de brocart d'argent à long
corsage, dont la queue était soutenue derrière elle par la duchesse du Lude et la comtesse de Mailly. La communauté, en manteau de chœur, la reçut à la porte de clôture, et la Supérieure lui fit un compliment. Toutes les Demoiselles étaient rangées sur son passage. On la conduisit d'abord à l'église, puis on lui fit visiter processionnellement toute la maison. Elle s'arrêta quelque temps aux classes où des enfants de son âge jouèrent une conversation ingénieuse préparée et • apprise pour la circonstance.
La princesse était bonne, intelligente et gracieuse : elle plut infiniment aux Dames et aux élèves, et fut elle-même enchantée de sa visite. Madame de Maintenon décida qu'elle viendrait trois fois par semaine à Saint-Cyr ; et cela se fit régulièrement jusqu'à son mariage. On l'amenait dès le matin ; elle partageait les travaux et les jeux des Demoiselles et portait ordinairement l'uniforme de la maison, avec les distinctions de la classe rouge. Elle voulut, pour mieux cacher son rang, qu'on l'appelât à Saint- Cyr mademoiselle de Lastic. C'était le nom d'une ancienne élève devenue carmélite, celle-là même qui avait été si fort applaudie, au temps d'Esther, dans le rôle d'Assuérus.
La duchesse de Bourgogne eut pour compagnes préférées mesdemoiselles d'Aubigné et d'Osmond. Mademoiselle d'Aubigné, la future comtesse d'Ayen, la nièce bien aimée de Madame de Maintenon, avait alors treize ans. Elle était élevée à Saint-Cyr, mais non pas tout-à-fait sur le môme pied que les élèves ordinaires. Elle habitait au premier étage de la maison, près de la bibliothèque et du parloir de la Supérieure, un petit logement composé de « deux chambres parquetées et lambrissées, meublées de plusieurs lits et autres meubles * . » D'ailleurs, sauf cette légère distinction, Madame de Maintenon n'admettait pour sa nièce aucun privilège. Elle l'avait accoutumée de bonne heure à la simplicité, à la modestie, à une extrême piété. C'était pour la duchesse de Bourgogne une amie sérieuse et utile.
Mademoiselle d'Osmond, plus jeune, plus vive, plus gaie, d'un caractère plus conforme à celui de la princesse, était une de ces élèves méritantes que Madame de Maintenon s'attachait comme demoiselles de compagnie ou comme
* Procès-verbal de la visite de la Maison de Saint-Louis faite r Godet des Marais, évêque de < e la préfecture de Seine-et-Oise.)
par Godet des Marais, évêque de Chartres en 1692. (Archives
secrétaires. Nous avons eu roccasion déjà de citer son nom ; nous avons parlé de son mariage avec M. d'Havrincourt, et nous avons dit, en anticipant sur l'ordre des faits, combien la duchesse de Bourgogne s'amusa à cette noce *.
Moins de deux mois après son arrivée en France, le 12 janvier 1697, la royale élève de Saint-Cyr figurait pour la première fois dans une représentation i'Esther. On lui avait donné, nous dit Dangeau, le rôle d'une petite Israélite. Le Roi, Madame de Maintenon, la duchesse du Lude assistèrent à ses débuts et y prirent uli vif plaisir. Il y eut, le 6 février suivant, une repré^ sentation à*Athalie, dans laquelle la princesse ne figura point. Mais elle reparut dans Eslher le 30 février, et, dès lors elle eut toujours son rôle dans les tragédies. Elle faisait partie de la troupe.
Elle fut naturellement de celles qui jouèrent à Versailles dans l'appartement de Madame de Maintenon ; elle conservait en ces occasions l'habit et les rubans de la classe rouge. Plus tard, lorsque l'étiquette la retint comme prisonnière dans cette cour un peu triste des dernières années
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de Louis XIV, son goût pour les spectacles, et le talent qu*eile avait acquis â Saint-Cyr lui devinrent une ressource contre l'ennui. Elle organisa et dirigea lei^ représentations, recruta les comédiens, distribua les rôles. Elle mit Versailles en joie et en rumeur. Le vieux Roi, qui d'ordinaire réglait tout chez lui, souriait et la laissait faire. C'était une enfant gâtée. Saint-Simon ne tarit pas sur ses gentillesses pleines d'esprit, son peu d'embarras, ses grâces. « Le Roi, dit-il, en raffoloit. Madame de Maintenon en étoit ensorcelée... Ils en firent leur poupée. Elle usurpa bientôt avec eux une liberté que n'avoient jamais osé tenter pas un des enfants du Roi, et qui les charma. »
Cependant, la jeune princesse devenue actrice eut bientôt toutes les qualités comme aussi tous les défauts de remploi * . Elle connut les rivalités,
' Le duc de Luynes cite d'elle un mot bien vif, et qui est un véritable propos d'actrice. L'anecdote est agréable et mérite d'être reproduite ici : m On sait, dit-il, que personne n'avoit plus que cette princesse le don de plaire quana elle vouloit, et même le ton ae galanterie: une grande représentation, Tair noble, de beaux yeux^ parlant avec agrément et cbercbani à dire des choses obligeantes. Étant dans la galerie de Versailles, et passant pour aller à la chapelle, elle aperçut dans le nom- ))re des courtisans M. des la Fare. père de M. le marquis de là Fare d'auiourdliul, qui la regardoit avec grande attention et parloit tout Jbas à un dé ses amis. Elle appelle aussitôt celui à qui La Fare venoit de parler, et lui dit qu absolument elle vouloit savoir ce que la F are lui avoit dit. L'un et l'autre furent
les jalousies, les dépits qui sont traditionnels au théâtre ; tout cela réduit, bien entendu, à de mignonnes proportions. Nous en trouvons une trace curieuse dans la correspondance de Madame de Maintenon. Celle-ci n'avait pu s'empêcher d'intervenir à la fin, par une vieille habitude de gouvernante, dans les amusements de la duchesse de Bourgogne. Elle fit construire, en 1702, dans son appartement, un théâtre semblable à celui de Saint-Cyr, renouvela les décors et les costumes d'Athalie, se procura un orchestre et des chœurs et se chargea de faire elle-même la répartition des rôles. C'est en cela surtout que son intervention devint fâcheuse ; on en jugera par la lettre suivante adressée au comte d'Ayen, le mari de mademoiselle d'Aubigné *.
« Voilà donc Athalie encore tombée ! Le malheur poursuit tout ce que je protège et que j'aime. Madame la duchesse de Bourgogne m'a
très-embarrassés de la question. La Fare suppUa Madame la duchesse de Bourgogne de vouloir bien lui permettre de ne pas satisfaire sa curiosité; enfin, elle lui dit si absolument qu'elle le vouloit, au'il fallut bien obéir. La Fare étoit un homme de plaisirs : < je disois donc, Madame, lui dit-il, qne si vous étiez une fille de l'Opéra, j'y mettrois jusqu'à mon dernier sol. » Quelque temps après, Madame la duchesse de Bourgogne retrouva la Fare ; elle l'appela, et lui dit : « La Fare, j'entre à l'Opéra la semaine prochaine. > ^ Plus tard duc et maréchal de Noailles.
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dit qu'elle ne réussiroit pas ; que c'étoit une pièce fort froide; que Racine s'en étoit repenti ; que j 'étois la seule qui l'estimoit, et mille autres choses qui m'ont fait pénétrer , parla connoissance.quej'aide cette cour-là, que son personnage lui déplaît. Elle veut jouer Josabeth qu'elle ne jouera pas comme la comtesse d'Ayen ; elle fera potirtant tout ce que je voudrai. Je lui ai répondu que ce n'étoit pas à elle de se contraindre dans un divertissement que je n'avois imaginé que pour elle. Elle est ravie et trouve Athalie merveilleuse. Jouons-là puisque nous y sommes engagés, mais, en vérité, il n'est point agréable de se mêler des plaisirs des grands. Vous faites aussi ces choseslà trop parfaites, trop magnifiques, trop dépendantes d'eux. L'année prochaine nous prendrons un autre tour. En attendant, il faudra que la comtesse d'Ayen fasse Salomith; car, sans compter ce que l'on doit à madame de Chailly * qu'on fait venir pour jouer Athalie, je ne puis me résoudre à voir la comtesse d'Ayen jouer la furieuse.
Bonsoir, mon cher neveu ; nous nous étions promis des plaisirs, et voilà des dégoûts. Je ne sais
* Ancienne élève de Saint-Cyr. Elle s'appelait mademoiselle de Momanville, avait été, comme mademoiselle d'Osmont, secrétaire de Madame de Maintenon, et avait épousé, en quittant la maison, le président de Chailly.
comment étoit le monde avant moi ; mais depuis que je le connois, il est bien comme cela. »
Tout s'arrangea pourtant ; la comtesse d'Ayen céda de bon cœur son rôle à sa jeune amie, qui, ainsi que nous le verrons plus loin, s'en acquitta à merveille. Il y eut trois représentations consécutives à'Athalie. Dangeau parle de la première en ces termes :
« Du mardi 14, à Versailles. — Madame la duchesse de Bourgogne alla hier au bal chez madame du Maine, et aujourd'hui elle a joué chez Madame de Maintenon Athalie (rôle de Josabeth). Le Roi y vint à deux différentes reprises ; mais il n'y put pas demeurer toujours, parce qu'il avoit beaucoup à travailler avec M. de Pontchartrain. »
Dangeau mentionne sans aucun détail les représentations du 23 et du 25 février qui furent cependant très-brillantes. En voici, d'après le Mercure galant, le compte-rendu complet :
« On a joué à la Cour V Athalie de M. Racine avec tous les ornements et les chœurs, mis en musique depuis longtemps par M. Moreau, qui avoit fait ceux d'Esther. Ces chœurs ont été parfaitement bien exécutés par les demoiselles de la musique du Roi. Madame la duchesse de
Bourgogne a joué Josabeth avec toute la grâce et tout le bon sens imaginable, et quoique son rang pût lui permettre de faire voir plus de hardiesse qu'une autre, celle qu'elle a fait paroltre, seulement pour marquer qu'elle étoit maltresse de son rôle, a toujours été mêlée d'une certaine timidité que l'on doit plutôt nommer modestie que crainte. Les habits de cette jeune princesse étoient d'une grande magnificence. Monsieur le duc d'Orléans a parfaitement bien joué le rôle d'Abner, et avec une intelligence que l'on n'at^ trape que lorsque l'on a beaucoup d'esprit ; M. le comte d'Ayen a joué Joad et madame la comtesse sa femme Salomith. Ceux qui les connoissent sont persuadés qu'ils ont très-bien rempli ces deux rôles. Quand on a de l'esprit infiniment, on réussit dans tout ce qu'on veut se donner la peine d'entreprendre.
» Madame la présidente de Chailly s'est fait admirer dans le rôle d'Athalie. M. le comte de l'Esparre, second fils de M. le duc de Guiche, qui n'a que sept à huit ans, a charmé dans le personnage du jeune roi Joas ; M. de Champeron, qui est encore fort jeune, a fort bien réussi dans le rôle du fils du grand-prêtre, et celui du grandprêtre a été joué par le sieur Baron, qui, au
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sentiment de tous ceux quiTont vu, n'a jamais joué avec plus de force. »
Ces représentations, malgré leur éclat, n'eurent qu'un nombre très-restreint, mais aussi très-choisi de spectateurs. Il n'y avait place, nous dit Saint-Simon, que pour quarante personnes. Nous retrouvons sur la scène trois de nos actrices de Saint-Cyr : la duchesse de Bourgogne , mademoiselle d'Aubigné , maintenant comtesse d'Ayen *, et mademoiselle de Mornanville, devenue la présidente de Chailly.
On donna encore sur le théâtre de la Cour, pendant le carnaval de 1702, VAbsalonde Duché, et une jolie comédie de Jean-Baptiste Rousseau, la Ceinture magique, dont le duc d'Orléans avait
* n n'est pas sans intérêt de donner ici, à titre de renseignement biographique, un court extrait du contrat de mariage de mademoiselle d'Aubigné, dont l'original existe aux archives de la préfecture de Versailles. Le préambule du contrat est extrêmement curieux. L'acte est fait < de l'agrément du Roy et de tous les membres de la famille royale qui l'ont signé... par lequel Sa Majesté voulant donner à la Dame Marquise de Main^ tenon des marques de la considération particulière qu^il a pour elle^ et suppléer par ses libéralités en faveur de ladite Demoiselle future énouse à ce que ladite Dame, sa tante, fèroit elle-même, si le trop ae désintéressement dont elle a toujours fait profession ne la mettoit hors d^ estât ^ par son peu de bien d^ en faire à d* autres.,, donne à la future épouse... etc. » Suit le détail de la dot: 800,000 livres d'argent comptant, et pour plus de 200/)00 livres de pierreries. Le Roi donnait, en outre, au comte d'Ayen les gouvernements de Roussillon, Conflans et Cerdagne et la ville et citad^e de Perpignan. Une clause du contrat assurait à la maison de Saint-Cyr, en cas de décès, sans enfants, de la comtesse d'Ayen, la plus grande partie de sa dot.
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fourni l'idée et qui fut improvisée en douze heures. Enfin, le Mercure dit que Ton ajouta à la troisième représentation ^'Absalon les Précieuses ridicules de Molière.
Cependant, le théâtre de Saint-Cyr, transporté à Versailles par la duchesse de Bourgogne, était sur le point de renaître à Saint-Cyr même. Le zèle des réformateurs s'était depuis longtemps refroidi. On a vu que Madame de Maintenon, après avoir tout d'abord interdit d'une façon absolue les spectacles, en avait bientôt rétabli l'usage dans les classes, mais comme un simple exercice littéraire. « Renfermez, disait-elle, ces amusements dans votre maison, et ne les faites jamais en public, sous quelque prétexte que ce soit. Il sera toujours dangereux de faire voir à des hommes des filles bien faites et qui ajoutent des agréments à leurs personnes en faisant bien ce qu'elles représentent. N'y souflTrez donc aucun homme, ni pauvre, ni riche, ni vieux, ni jeune, ni prêtre, ni séculier ; je dis même un saint s'il y en a sur la terre.» Madame de Maintenon revint encore sur cette défense. Le 23 février 1701, elle organisa ellemême, à Saint-Cyr, une représentation d'Athalie en l'honneur de M. d'Aubigné, évêque de Noyon, son parent. On dressa un théâtre dans le parloir ;
quelques dames delà Cour et les confesseurs delà maison s'étaient joints au prélat. Les Demoiselles jouèrent en habit de Saint-Gyr : il parut qu'elles n'avaient pas trop oublié les leçons de Racine, et toute la compagnie se montra fort satisfaite.
Le lendemain, Madame de Maintenon eut bien quelques remords : « Je ne suis pas sans peine, écrit-elle à la Supérieure, sur ce que nous fîmes hier. Vous savez comment nous nous sommes embarquées; maisj'espère,et jevous en conjure, que ce soit la dernière fois. »
Les malheurs publics qui attristèrent la fin du règne de Louis XIV, les deuils successifs qui se produisirent presque sans interruption dans la famille royale, la mort surtout de cette charmante duchesse de Bourgogne, qui fut pour Saint- Cyr une perte irréparable, toutes ces circonstances contribuèrent plus que les résolutions de Madame de Maintenon à faire oublier et abandonner le théâtre. Pourtant, quelques années plus tard, au mois de juin niS, le Prince électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, voyageant en France sous le nom de comte de Lusace, demanda et obtint que l'on jouât pour lui l'une des deux tragédies. On choisit Esther. Mais une indisposition, dont il fut pris au dernier moment, fit
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contremander la représentation. Le Journal de Dangeau mentionne le fait en ces termes :
« Dimanche S juin 4145, à Versailles.—^, le comte de Lusace, qui a pris congé du Roi, avoit fort souhaité de voir Saint-Cyr, et Madame de Maintenon l'y attendoit aujourd'hui, où, après lui avoir montré la maison, elle lui préparoit un divertissement qui étoit de faire jouer la comédie éHEsther^diV les demoiselles de Saint-Cyr; mais la fièvre prit hier à ce prince, et il envoya un courrier à madame de Dangeau pour la prier de faire ses excuses ; et en môme temps il souhaite fort que l'honnêteté qu'avoit Madame de Maintenon de le vouloir bien recevoir à Saint- Cyr ne soit que difiérée, espérant que sa maladie n'aura pas de suite. »
Mais à peine le comte de Lusace fut-il rétabli, que Louis XIV tomba gravement malade. Le Roi mourut, comme on sait, au mois de septembre suivant. Dès lors, il fallut dire adieu pour longtemps aux représentations et aux fêtes. Madame de Maintenon s'enferma à Saint-Cyr pour pleurer et prier, et toute la maison pleura et pria avec elle.
Peu de temps après, l'on reprenait à la nouvelle cour Esther et Athalie, avec la troupe formée autrefois par la duchesse de Bourgogne.
Le Régent aimait ces tragédies, dans lesquelles il avait souvent joué son rôle; il voulut les revoir. Les représentations se firent tantôt à Versailles, tantôt à Sceaux, chez la duchesse du Maine, qui donnait en ce temps-là, sous le nom de Nuits Blanches, des fêtes restées célèbres.
Du vivant de Louis XIV, il avait été formellement défendu aux comédiens de représenter EstJier et Athalie sur le théâtre public. Les privilèges imprimés en tête des éditions originales reconnaissent aux dames de Saint-Gyr la propriété exclusive de ces deux tragédies. « Ayant vu nous-même (c'est le Roi qui parle) plusieurs représentations dudit ouvrage dont nous avons été satisfait, nous avons aux dames de ladite communauté de Saint-Louis permis et accordé, par ces présentes, de faire imprimer ledit ouvrage, etc., avec défense à tous acteurs et autres montant sur les théâtres publics d'y représenter ni chanter ledit ouvrage... »
Cette défense fut levée par le Régent en 1716, moins d'un an après la mort de Louis XIV. La première représentation publique à' Athalie eut lieu le 4 ou le 5 mars 1716 *. Dangeau mentionne
* Madame de Maintenon écrivait à ce propos : « Je suis
cet événement sans aucun commentaire ; il n'est' pas allé au théâtre ; il croit pourtant savoir que la pièce a réussi. Le Mercure d'avril constate le succès en l'exagérant un peu. Deux actrices, la Desmares et la Duclos, Athalie et Josabeth, brouillées à mort pendant les répétitions, se donnaient la réplique avec une fureur qui convenait merveilleusement à leurs rôles. Un tout jeune enfant, fils du portier de la Comédie, se fit beaucoup applaudir dans le rôle d'Eliacin. Madame de Caylus vit cette représentation et regretta les actrices de Saint-Cyr. « Je crois, ditelle, que M. Racine auroit été fâché de voir sa pièce aussi défigurée qu'elle m'a paru l'être par une Josabeth fardée, une Athalie outrée et par un grand prêtre (Beaubour) plus capable d'imiter les capucinades du petit père Honoré que la majesté d'un prophète divin. »
En eflTet, le succès ne se soutint pas. Les chœurs, l'orchestre, toute la partie lyrique et musicale avait été supprimée, à cause des difficultés de l'exécution. L'œuvre ainsi dépouillée de son prin-
étonnée de ce cpe M. le cardinal de Noailles ne s'oppose pas aux représentations ^* Athalie par les comédiens. Vous croyez bien, Madame, qu'on le trouve très-mauvais à Saint-Cyr. » (Lettre à Madame de Dangeau publiée par La Beaumelle).
cipal agrément parut froide. Esther fut jouée de même en l'721 par les acteurs de la Comédie et n'eut que huit représentations.