PREPARATION ET RÉPÉTITIONS D'ESTHER
Roi et les récentes victoires de Monseigneur 1 à la tête de l'année du Rhin.
Voici la Un du morceau :
Mais, tandis qu'un jirand rui venge ninsi mes injures, Vous ijui piiûtcz ii'i des ili'-lii'oa si pures, S il permet ù son cieur un niumeut de repus,
HetraeeK-lni .1 K-lin r !'lii-inirt.* glorieuse, El sur l'impiété la lui victorieuse.
Et vous qui vous plaise* aux folles passions Qu'allument dans vos cœurs les vaines dotions, I'rol'aues amateurs du spectacles frivoles, Dont l'oreille s'ennuie au son de mes paroles. Fuyez de mes plaisirs la saine austOritù : Tout respire ici Dieu, la paix, la viril*.
En disant nue '<]a flB du prologue est conforme aux observations du Roi, » Racine ne veut parler, ce nous semble, que des six derniers vers qu'on vient de lire. Ces vers s'adressent aux nmrtisans ; ils leur t'ont connaître l'opinion et le goût du maître et leur marquent nettement la conduite qu'ils ont à tenir. Nul ne vomira passer pour « un amateur profane de spectacles frivoles. aGetté ciinsiilrration eut suffi pour l'aire applaudir Esther, lors même que le mérite de l'œuvre n'eu eût pas assuré le succès. Louis XIV aimait à donner de ces avertissements indirects,
1 Fils aîné du Louis XIV, surnommé le Graud Dauphin.
ut théâtre de saint-cïh
et il a plus d'une fois encouragé de la sorte les hardiesses de Molière.
Racine, logé à Versailles dans l'un des principaux appartements du château, voyait trèslibrement Madame de Maintenu» et le Roi. C'est dans ces entretiens intimes que lut conçu le projet i'Esther. Dangeau en fut, comme toujours, immédiatement informé. Noua Usons en effet dans son Journal, à la date du mercredi 18 février 1688 :
« Racine, par l'ordre de Madame tle Maintenon, fait un opéra dont le sujet est Estlier et Assuorus ; il sera chanté et récité par les petites filles de Saint-Cyr. Tout ne sera pas en musique. C'est un nommé Moreau qui fera les airs. » 1
Ce Moreau, sur le mérite duquel Dangeau semble mal renseigné, n'était pourtant pas un inconnu. Né en lfiôO, il avait fait ses premières études musicales à la cathédrale d'Angers comme enfant de chœur ; il fut ensuite maître de cha-
1 M. l'aul Mesiiard. dans sa savante notice sur la tragédie
A'Sttktr, \Km
de
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l'UKI'ARATIO.N ET lUîl'É'.TnONS D'kSTHBR 49
pelle à Langres, puis à Dijon. Peu satisfait de ces positions médiocres, il vint à Paris, s'ouvrit le chemin (le la Cour et s'insinua jusqu'auprès de la Dauphine, Victoire de Bavière. Une chanson qu'il chanta à la toilette de cette princesse décida de sa fortune. Le Roi le prit à son service comme compositeur, le chargea de ses divertissements et de ses ballets, et le nomma maître de musique à Saint-Cyr.
Kacine faisait grand cas de Jean-Baptiste Moreau, et le considérait comme un collaborateur important. La musique ne devait pas être, suivant lui, le moindre agrément du spectacle tVEsther. D'ailleurs, on se souvient que Madame de Maintenon avait demandé simplement à Racine « une espèce de poème moral où le chant fût mêlé avec les paroles ». Il lit une tragédie avec chœurs, à la façon d'Euripide et de Sophocle. C'est-àdire que, loin de s'écarter des règles, ainsi qu'on le lui avait conseillé, il s'y conforma davantage encore, en suivant de plus près les modèles de l'antiquité.
« Je m'aperçus, dit-il lui-même, qu'en travaillant sur le plan qu'on m'avoit donné, j 'exécutons en quelque sorte un dessein qui m'avoit souvent passé par l'esprit, qui étoit de lier.
liO LE THÉÂTRE DE SAINT-CYR
comme dans les anciennes tragédies grçcqgpg, le chœur et le chant avec l'action, et d'employer à chanter les louanges du vrai Dieu cette partie du chœur que les païens employaient à chanter les louanges do leurs fausses divinités '. »
Esthcr ne fut donc ni un « opéra » comme l'avait supposé d'ahord Dangeau. ni un simple ouvrage de poésie « propre à être récité et à être chanté. » comme il est dit dans le privilège de l'édition originale. Au reste, on sait bien que ces dénominations n'avaient pas, au XVII e siècle, le sens particulier, spécial, que nous leur attriliuons aujourd'hui. Comédie, tragédie, se disaient indistinctement d'une même pièce. Les opéras \VAtys. de Thésée, d'Armide, d'Amadis, sont intitulés tragédies dans les vieilles éditions de Quiuault.
Un an environ après Dangeau, le XI décem bre 1688, madame de Kévigné écrivait à sa fille : « On parle d'une tragédie tl'Esthcr qui sera représentée a Saint-Cyr. » — Et le lil janvier suivant : « Madame de Maintenon va faire jouer Esthrr à ses petiles filles. »
' Préltice A'Eltkti-.
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