LE T H É A T R E
Madame de Maintemm fit dresser un joli théâtre dans le vestibule des dortoirs, au deuxième étage du grand escalier des Demoiselles. L'un de ces dortoirs, celui de la classe jaune, servait de loyer aux actrices. « 11 y avoit du feu et toutes les choses nécessaires. » La maîtresse générale des classes et les autres maîtresses veillaient à ce qu'il ne se passât rien qui ne lut dans l'ordre, et Racine, souvent aidé de Boileau, son ami, était là pour diriger les actrices et les l'aire aller et venir sur le théâtre quand il fallait. « Sa conduite étoit si sage, disent les Dames, qu'en un besoin il auroit bien valu une maîtresse. »
Afin de mettre quelque variété dans les décors, on avait prié Racine de ne pas observer avec trop de rigueur l'unité de lieu '. L'action se
1 Voir la préface iVEstk',-,
5i LE THEATRE DE SAINT-CYR
passe tout entière dans le palais (TÀssiiérus, à Suze, mais le théâtre représente successivement: au l Dr acte, l'appartement d'Esther; au 2" acte, la chambre où est le trône d'Assuérus, au 3 8 acte, les jardins d'Esther et l'un des cotés du salon où se l'ait le festin
Tous ces décors furent peints par Bérain*, décorateur des spectacles de la cour. Ce fut lui également qui dessina les costumes. « Il ne se fait rien de beau en France touchant les hahits, dit le Mercure galant qui ne soit de M. Bérain. » Madame de Mnintenon fit l'aire pour les actrices de magnifiques habitsa la persane, couverts de pierreries. Le Roi avait voulu qu'on y employât les perles et les diamants qu'il avait autrefois portés dans ses ballets. La dépense s'éleva à plus de 14.000 livres. Ce riche matériel, réparé à grands frais vers le milieu du X VIII e siècle, existait encore à l'époque de la Révo-
' De Léris, dans son Dictionnaire ênt fU&m, se trompe eu disant que la trafic AErtkrr lui d'abord divisée eu 5 aetes. Les prnm.-rcs editi Moreau n'ont <|ue :
SanU-WldrULurii, bile, fort estimé en être. Louis XIV lu du Louvre.
« Novembre 1680
un logement dans les galeries
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lutioii, romine le prouve un inventaire du théâtre dressé enn90,etque nous publierons en entier
Nous y retrouvons des colliers, des parures, plus de douze cents « pierres brillantes » de toutes couleurs; le trône d'Assuérus, ie décor du jardin (fKstlier, vingt coulisses « avec les toiles plafonnées, » c'est-à-dire des bandes de toile peintes, allant transversalement d'une coulisse à l'autre au-dessus de la scène, et simulant tantôt un plafond, tantôt un ciel, et trois rideaux, outre celui de l'avant-scene. Ces rideaux tenaient Heu (le toile de fond dans certains décors. Il y en avait un sans doute pour l'appartement d'Esther, un pour la chambre d'Assuéruset un pour le vestibule du temple aux représentations frj4//ialic\ car AUta/U\ comme nous le verrons plus loin, avait aussi ses décors et ses costumes.
Nous remarquerons encore, parmi les menus objeis qui' mentionne L'inventaire du théâtre, les n trente-cinq biscuits de fer-blanc » qui servaient à parer la table du festin d'Estlier. et les <• plaques, sabres, piques, de bois et fer-blanc. » dont on armait les gardes d'Assuérus. Il parait que les demoiselles de Saint-Cyr faisaient grand usage de cet
1 Voir à l'Appetnlii'i'.
équipement guerrier, car l'auteur de l'inventaire, voulant arrêter l'abus et la dépense, a soin d'avertir que ces objets ne sont remplacés « qu'à l'extrémité. »
Nous trouvons dans les Mémoires des dames de Saint -Louis une description générale du théâtre qui complète les détails donnés plus haut. Le vestibule des dortoirs avait été' partagé en deux parties, l'une pour la scène, l'autre pour les spectateurs. On construisit le long des murs quatre rangs de gradins en amphithéâtre pour y placer les Demoiselles; les rouges, c'est-à-dire les plus jeunes, étaient sur les bancs d'en haut ; les vertes au-dessous d'elles ; les jaunes au-dessous des vertes et les bleues en bas. Les rubans de soie aux couleurs des classes avaient été distribués avec, profusion sous l'orme de ceintures, de colliers, de nœuds de coiffe et d'épaule; cela faisait une diversité fort gaie et fort harmonieuse.
Un amphithéâtre plus petit l'ut disposé dans la partie inférieure de la salle, tout prés de la scène, pour la Communauté, et l'on ménagea entre les deux amphithéâtres un espace assez large et garni de siège* pour le Roi <■( le* personnes du dehors.
Nivers, organiste de la maison, accompagnait
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