LK THEATRE
au clavecin, et les musiciens de la chambre du Roi composaient l'orchestre. Des lustres de cristal' éclairaient cette belle assemblée. Enfin, « depuis le vestibule d'en haut jusqu'à la porte de clôture, c'est-à-dire l'escalier des Demoiselles, le grand corridor, l'escalier des Dames, tout étoit éclairé aux bougies. »
CHAPITHE V
Ce fut ïë 88 Jantlet 1Ô89, tew quatre heures
de l'après-midi, que se fit cette mémorable représentation iVEstflcr. •• Madame de Maintenon, nous dit Dangeau. avoit disposé de toutes les places, et il n'y eut aucun embarras. Toutes les petites (Nies jouirent et chantèrent très-bien, et madame de Caylus fi t le prologue mieux que n'aiiroït pu le faire la Cliampmesb 5 . Le Roi, les dame*, et les courtisans qui eurent la permission d'y aller, en revinrent charmas. » Nous avons la liste à peu près complète de ces premiers auditeurs iVEsttict'. Pangeau en cite Un certain nombre : MM. de Beauvilliers, de la Rochelbucault, de Noailles, de Brionne, de la Salle et de Tilladet, venus dans le second carrosse du Roi: MM. de I.ouvois, de Chevreuse, Forbin de Jeanson, cvèque de Iieauvais; Bossuet, évèque de Meaux ; Félix de Tassy, frère du premier me"-
f)d LE THÉÂTRES DfS SAI.Vl'-UYK
decin du Roi, évéque de Cln\lons>sur-Saône ; MM. de Montchevreuil et d'Aubigné. et enfin le marquis de Dangeau, notre précieux narrateur, qui se nomme le dernier.
Tous ces choix étaient excellents: M. dn Beauvilliers, gouverneur du duc de Bourgogne, était la vertu même ; le maréchal de Ps'oailles, jeune encore et déjà illustre, était l'ami éprouvé de Madame de Maintenon; dix ans plus tard, son fils, Adrien-Maurice de Nouilles, épousera mademoiselle d'Aubigné ; enfin la présence de trois prélats, au nombre desquels était Bossuet, si connu par son opposition à la comédie, faisait disparaître les derniers scrupules qu'on pût avoir relativement au caractère profane et mondain de la féte.
Je ne sais s'il n'y eut pas quelque malice de la part de Madame de Mainlenon à inviter Louvois; peut-être de son côté Louis XIV fut-il bien aise d'iniliger à son ministre un châtiment d'autant plus sensible qu'il était détourné, dissimulé même sous une apparente laveur, et par conséquent sans réplique. C'était pour Louvois le prélude certain d'une disgrâce que sa mort seule put prévenir.
Madame de Sévïgné, dans une lettre du 28 janvier 1689, complète les détails donnés par Dan-
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LES ACTRICES (il
geau, et cite un nom qu'il a omis. Suivant elle. Monsieur le Prince, Henri-Jules de Bourbon, iils du grand Coudé, assista à cette première représentation d'Esther et pleura aux vers de Racine, comme son père avait pleuré à ceux de Corneille. « Racine, dit madame de Sévigné, n'a rien fait de plus touchant ; il y a une prière d'Esther pour Assuérus qui enlève. J'étois en peine qu'une petite demoiselle représentât le roi : on
dit que cela est fort bien Madame de Caylus
l'ait mieux que la Champmeslé. »
C'est l'observation même de Dangeau qui va de bouche en Louche. » Toutes les Champmeslé du monde, dit l'abbé (le Choisy, n'avoient point ces tons ravissants qu'elle laissoit échapper en déclamant. •• Les dames de Saint-Louis, dans leurs Mémoires, disent qu'elle charmait par sa vive intelligence et te son enchanteur de sa voix. On reconnaissait à madame de Caylus non-seulement le talent d'une véritable actrice, niais encore l'aisance, la distinction, la simplicité et toutes les grâces naturelles qui manquent nécessairement aux actrices de profession. Elle-même raconte, dans ses Souvenirs, comment se fit son éducation dramatique. « Me trouvant présente, dit-elle, aux récits que M. Racine venoit faire à
Wft flame de Maintenou do chaque scène, à mesure qu'il les composent, j'en retenais des vers; et, comme j'en récitai un jour à M. Kacine, il en fut si content, qu'il demanda en grâce à Madame de Maintemm de m'ordonner de l'aire un personnage, n
C'est à cette occasion que Racine, ainsi que nous l'avons vu, composa le prologue iYEslhcr. Dès lors, madame de Caylus devint l'élève favorite du poëte. U lui enseigna cette déclamation harmonieuse et noble dont il avait le secret, et qui s'appliquait si bien à sa poésie et à son style. Dès les premières années du 5Y111" siècle, la mode vint de réciter les vers comme la prose, sans en marquer la cadence, et madame de Caylus, ainsi que le l'ait observer Voltaire, peut être considérée comme la dernière personne, la dernière a actrice » qui ait conservé au théâtre la déclamation de Racine.
U n'est pas hors de propos d'entrer ici dans quelques détails biographiques sur cette lt-miju; aimable, qui a tant contribué à la réputation du théâtre de Sahit-Cyr. Elle s'appelait, avant
son mariage, mademoiselle de Motçïij , Elle étail tille du marquis de Villette et cousine de Madame de Maintenon, qui, l'ayant recueillie toute enfant et l'ayant fait élever près d'elle a Rueil.
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a Noire et à Saint-Cyr, l'appelait par amitié sa nièce. Elle avait épousé, en 1G86, le comte de Caylus. Dangeau nous apprend que le Roi signa au contrat, ollrit à la jeune comtesse un fil de perles de 10,000 écus. et nomma .son mari nienin de Mmisrïgneur le Dauphin '. Ce mariage ne lut pas heureux.
Madame de Caylus vécut longtemps .seule à la Cour dans la grande intimité du Roi et de Madame de Maintenon : elle était de tous les v oyages, de toutes les promenades, de toutes les chasses, de toutes les l'êtes. Dangeau nous la montre tour à tour aux bals de Versailles, aux loteries de Triauon, aux dîners de Mar|y, à Rambouillet, où ne vont guère que les princesses, aux excursions en calèche dans le parc de Fontainebleau, à Saint-Cyr enfin, où sa vocation d'actrice et la préférence du Roi la ramènent souvent.
Vers 1694, madame de Caylus quitta brusquement la Cour, et n'y reparut que treize ans après, sans que personne se lut expliqué sa disgrâce. Toutefois. Saint-Simon, que rien n'embarrasse nous fournit une explication assez vraisemblable.
' Jûurml d« Dangeau, I. 3(17, 309, 312. — Mini», vient de rpspafrii.il weniHos, mignons, tav.iris. L.s Aleaint étaient de jeunes fjenlilshiimiiies, souvent même dfs entants, que l'on attachait ù la personne du Dauphin.
b EHeavoit, dit-il, mis son exil à profit; elle étoit retournée à Dieu de bonne foi ; elle s'étoit mise entre les mains du Père de la Tour, qui fut ensuite, s'il ne reçoit déjà, général des Pères de l'Oratoire. Ce Père de la Tour étoit un grand nomme, bien fait, d'un visage agréable mais imposant, fort connu par son esprit liant mais ferme, adroit mais fort, par ses sermons, par ses directions; il passoit, ainsi que la plupart de ceux de sa congrégation, pour être janséniste, c'est-à-dire régulier, exact, étroit dans sa conduite, studieux, pénitent, etc., etc. »
Saint-Simon ajoute que, depuis que le Père de la Tour conduisait madame de Caylus, le jeûne était devenu son exercice ordinaire; qu'elle ne cessait point de prier; que, depuis l'office du jeudi saint jusqu'à la fin de celui du samedi, elle ne sortait point de l'église; qu'enfin elle ne s'ennuya pas un instant d'une vie si dure, si unie, qui n'était qu'un enchaînement sans intervalle de prière et de pénitence.
■( Un si hcwcitx état, continue-t-il, fut troublé par l'ignorance et la folie du zèle de sa tante, pour se taire sur plus haut. Elle lui manda que le Roi ni elle ne pouvoient s'accommoder plus longtemps de la direction du Père de la Tour: que
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LES ACTRICES <ïj
c'étottQQ janséniste qui la pordoit. qu'il y avoit à Paris d'autres personnes doctes et pieuses, dont les .sentiments n'étoient point suspects; qu'on lui laissoit le choix de tous ceux-là ; que c'étoit pour son bien et pour son salut que cette complaisance étoit exigée d'elle ; qu'enliu si elle se oonforinoit de lionne grâce à cette volonté, sa pension de six mille livres seroit augmentée jusqu'à dix. »
Bref, à en croire Saint-Simon, dont le récit est d'ailleurs très-adroitement combiné, madame do Caylus finit par se résoudre; la crainte d'être tourmentée « prit sur elle plus que les promesses» ; elle accepta le confesseur qu'on voulut, revint à la Cour, niais renonça tout aussitôt à la dévotion, aux austérités, à la solitude; en un mot, elle ne fut plus janséniste. De tout cela, je suis fort tenté de conclure que Saint-Simon, attaché comme il l'était aux doctrines de Port-Royal, a arrangé un peu cette histoire selon les besoins de sa cause. Est-ce bien, comme il t'affirme, pour faire pénitence de sa vie mondaine que madame de Caylus a pris un directeur janséniste ? Elle a donc quitté d'elle-même la Cour? Elle n'a donc été ni disgraciée ni exilée? Car le motif allégué par Saint- Simon d'une intrigue avec le vieux Villeroy est peu admissible. Il est probable, au contraire,
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LE îHKATRE DE SAINT-CïU
que ce -sont les accointances jansénistes de madame de Caylus qui l'ont l'ait chasser de la Cour. Le choix dfl 800 directeur a sans doute précédé et déterminé sa disgrâce. Ajoutons, pouf eh linir avec madame de Ca.ylus. que sou repentir fut sincère, qu'elle retrouva sa première situation, son crédit, son influence, et mena jusqu'à ta lin du règne de Uwàs XIV l'existence la plus brillante et la plus heureuse.
Les autres actrices ù'Eslhfr sont moins connues, et nous ne pouvons guère citer que les noms de la plupart d'entre elles.
Mademoiselle de Lastic (Assuérus) « étoit belle comme le joui',- a dit madame de Maintenon dans une lettre. Elle s'est laite plus tard carmélite
Mademoiselle du l'ont de Yeilhan. qui en-a le rôle d'Ksther. « avoit bien de l'esprit et une ligure convenable à son personnage, » C'est tout ce que nous apprennent sur elle les Mémoires de Saint-Cjr. Elle s'est faite également carmélite \
i De la Boucherie de I.aslk : EcarteU au i H 4 d'unir au
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irhmcle fleurdelisé d'or. (Uiral.)
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On donna le rôle d'Aman à mademoiselle d'Ahancourt, qui était un peu plus âgée que ses compagnes; jolie d'ailleurs, intelligente et bonne comédienne. Elle entra comme novice, en quittant Saint-Cyr . dans un couvent de visitandines '.
Mademoiselle de Mareilly, qui jouait le rôle de Zarès, fut particulièrement remarquée et applaudie. Kilo était faite pour le monde.
On raconte que, lorsqu'elle fut en âge d'être mariée, un des (ils du marquis de Villette, un frère par conséquent de madame de Caylus, M. de Murçay, qui sans doute avait eu l'occasion de l'admirer à l'une .les représentations A'Esther, voulut l'épouser. Le marquis de Yilletto. consulté, désira d'abord connaître la jeune personne, et en lut ravi . parait-il . au point de la demander pour lui-même en mariage. Il était veuf depuis longtemps. Hatons-nous d'ajouter que. M. de Murçay entendit facilement raison, accepta de bonne grâce un parti fort avantageux qu'on lui offrit en échange, et se maria même avant son père. De
Ut T H K ATH K DE SAINT-CYR
son côté, mademoiselle de Marcilly. sensible au mérite et à l'aimable caractère du vieux fçentilhunime, lui avait donné la préférence. Elle était sans Lien, mais très-spirituelle . et, suivant plusieurs témoignages, extrêmement jolie 1 . Plus tard, devenue veuve, la marquise de Yillette épousa lord Bolinbroke. Elle est morte en Angleterre, le 18 mars fflaÙ. Elle fut une de ces femmes charmantes à qui le XVIII e siècle doit d'être appelé par excellence le siècle de la conversation et de l'esprit
Mademoiselle de Mornay d'Ambleville remplissait le rôle peu important d'Hydaspe. C'était, si l'on en croit les Mémoires des Dames, « une personne pleiiied'a^réii)ent."Elle avait avec elle, à Saint-Cyr. sa sœurjumelle et sa cousine, mademoiselle de Mornay de Toligny. Le nom de Mornay a été porté par plusieurs dames de Saint- Louis. Mademoiselle de Mornay, l'actrice, s'est faite visitandine
M BonLomme, Madame de
rrilty, née le 9 septembre s octobre 1GSG. — Les arr„„qiaijn fs de 3 WMthU de
M df Mrikbt it huit «fie», bnxhmt m* tt tout. [JKs
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« Marie-Claire ] 1675, avait été reç mes : D'or il 3 rht giirulrs. [BkHmm
• Les armes : F HiiMMiMAtl »MlMrr< de la mA
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LES ACTRICUS (i'J
Le rôle de Mardochée lut donné à mademoiselle (le Glapion, -f grande et belle personne, » qui devint plus tard dame de Saint-Louis, et « l'amie de confiance intime de madame de Maintenon. » — « J'ai trouvé, disait Racine, un Mardocbee dont la vois va jusqu'au cœur. «
Il arriva à mademoiselle de Glapion une aveu ture romanesque qui ne compromit point sou innocence, mais qui n'en laissa pas moins dans ses souvenirs, sinon dans son cœur, une trace profonde. Nous ne changerons rien au récit naïf et plein dVmotUm qu'en ont fait les dames de Saint- Louis :
■< C'était dans le temps oii l'on joua tes tragédies. Une des Demoiselles, qui étoit de la classe bli'iir et qui laisoit le personnage de Mardochée, l'ut remarquée par un paye de Mademoiselle ', d'une bonne famille de Lorraine. Comme elle occupoit à l'église l'extrémité du banc des bleues, proche la grille \ il s'avisa de tirer le rideau et île lixer les yeux sur elle, lut montrant une lettre. La Demoiselle, au bruit, regarda ainsi que les autres, ce qui causa un assez grand
« M»» «le Utotputtfër.
■ Otto grille, l'iiuveile d'un rideau, sqmrait le chœur ou talent lu GÔBWUMuM ei \t» DeraaisellMî.So lu nef où émii le
"Il LE THÉÂTRE BÈ SAINT-CYU
trouble, jusqu'à oe qu'une des maîtresse* «i l Lût remettra le rideau. Le jeans homme s'échappa. Une autre Ibis il recommença, et a ver. une audace sans pareille i] jeta sa lettre presque sur la Demoiselle. i[iii lut . comme Von pense, pleine rie confusion, (lu la ramassa et on la donna à Madame, qui l'ut Iros-I'àrhée et en lit île telles plaintes à Mademoiselle, car le pape avoit osé dire ce qu'il ('toit, que celui-ci fut châtié.
» Mais cela ne le corrigea pas. et. poussant .jusqu'au boni son diabolique dessein, il suborna l'un de nos Jirodetirs, qui glissa une autre lettre dans l'habit de la Demoiselle. Elle, quand elle la vit, pensa mourir de honte et donna la lettre à la maîtresse des Lieues, qui la donna à Madame; celle-ci porta encore ses plaintes à Mademoiselle, qui lit fouetter le jeune homme et menaça de le chasser. Il en devint comme fou. et portant sa colère sur le brodeur, qu'il crut l'avoir trahi, il se fit accompagner de trois commis de M. de Neijinelny, de ses amis, aussi ahandonnnés de Dieu, et ils s'en vinrent dans la cour du dehors où ils battirent le brodeur. Les compagnons du brodeur le défendirent, et le maître ayant tiré son épée, l'ut percé de plusieurs coups par ces forcenés.
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h La Ferté 1 vint à s OH aide, parvint à saisir deux des assaillants, mais non li i pâtre, qui s'enfuit à Paris; puis il courut a Versailles avertir M. Manseau s île cette aventure. Celui-ci s'en alla à Marly où étoit la Cour, et fut rencontré par le Roi qui VQUlttt savoir pourquoi il venoit. Il raconta le l'ait, et le Roi ordonna qu'on conduisit les coupables dans les prisons ,1e Versailles; ils furent condamnés à perdre leurs emplois et abandonnés à la justice. Quant à l'auteur de tout le mal, on se mil à sa poursuit*; niais ayant pris a Paris des Hn-vaux. >■{. une bonus somme d'argent, il ne s'arrêta point qu'il n'eût passé la frontière. Il se mit au service d'un prince allemand, changea deux fois de religion et. eut beaucoup d'aventures. Un le revit longtemps après et bien changé. II étoit de la compagnie du prince Ragotzi, et vint avec lui visiter notre maison. Madame nous le lit remarquer en nous disant qu'il avoit le dessein d'entrer à la Trappe.
» Quant à la Demoiselle, elle devint, par son mérite et les emplois qu'elle a si dignement rem-
' Ocnlilhomim: rlos rlnmes <1« Siiinl- Louis, charfre delà garde « Iiiti.-uduut.de Madame de Maintenon.
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72 thkatrk de SAINT-CÏH
plis, l'honneur de la maison de Saint-Louis '. >.
Marie-Madeleine de Glapion des Routis était d'une très-ancienne famille de Normandie, tombée dans la plus grande détresse, et dont près» {pie tous les membres occupaient des emplois subalternes dans l'anmV. Elle était née te 24 octobre 1614. et avait été admise à Noisy en 1684. Elle fit profession le 23 novembre 1695. l'ut .'due trois fois Supérieure, et mourut le 29 septembre 1T29, âgée de cinquante-cinq ans.
Son nom est un des noms célèbres de Saint- Cyr. Elle était pleine d'esprit, de bonté- et de vertu; musicienne et artiste jusqu'à la passion; propre à tout, à renseignement, à l'administration, au soin des malades. La vie de cette sainte religieuse ne fut qu'un long combat intérieur. Elle lutta contre elle-même, contre les inquiétudes de .sa raison, contre son naturel trop tendre et trop mélancolique, contre son trouble et peutêtre ses regrets au souvenir des beaux jours A" Est lier.
Madame de Mainteiion la réprimandai) et la consolait dans de longs entretiens, dans des lettres pleines des plus sages conseils :
' Mfnioïrrs dtn Danus.
iource galllca.bnf.fr / Bibliothèque nation
■• Smi venez- vous, ma chère fille, lui écrivaitelle, que vous êtes chrétienne et religieuse; votre vie doit être cachée, mortifiée, privée de plaisirs, chaste en tout, et vous contentant du parti que vous avez choisi. Vous ne vous en repentez pas : prenez-le donc avec ses austérités et ses sûretés. »
Et une autre fois :
« Vous ne serez jamais contente , ma chère tille, que lorsque vous aimerez Dieu de tout votre cœur. . . Ne voyez-vous pas qui 1 je meurs de tristesse dans une fortune qu'on auroit peine à imaginer, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d'y succomber ? J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout ; dans un âge un peu plus avancé, j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit ; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma trèscliêro dite, que tous les états laissent un vide affreux, une inquiétude, une lassitude, une envie tle Donnoltre autre chose, parce qu'en tout cela rien m' satisfait entièrement. On n'est eu repos que lorsqu'on s'est donné à Dieu. »
Madame de Glapion écoutait avec reconnaissance et respect les exhortations de son amie, et se laissait humblement diriger par elle. Au reste.
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Madame de Maintonon dissimulait mal sous ses reproches l'admiration que lui isspirait cette vei'tu si tourmentée et si militante.
« Après la mort du Roi, Pt lorsque -Madame de Mainteiion se l'ut retirée à Saiut-Cyr, madame de (ilapion devint, aven mademoiselle d'Aumale. sa grande consolation et sa continuelle distraction... Souvent toutes deux étaient à la Ibis malades, et, de leur lit de douleur, a un étage de distance, elle s'écrivaient les lettres les plus tendres, des billets touchants, même des vers ou des badinâmes. Tout manque en moi, disait Madame de Maintenon à madame de Clarion quand elle n'avait plus qu'un souffle de vie, tout manque en rnni, hors ma sensibilité pour vous et. pour Saiut-Cyr. Enfin, quand la veuve de Louis XIV se vit au terme de sa tangua carrière, elle s'estima heureuse de mourir dans les bras de sa obère Glapion. la seule, disait-elle, la seule de mes a/feetions gui ne m'ait pas déçue '. »
Il ne nous reste plus que quelques noms à citer pOOf épuiser la liste des actrices iVEstker.
Mademoiselle le Maistre de la Maisonlbrt
1 Th. LnvnllOe, Histoire de la Maison i-ot/itle de Sat«l'("</r. paffB 287. — Lts armes de lu famille (le Glupiuu sont : D'azur A trait M MÛ d'or poste Met i.
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avait le rôle il'Klise. Elle était de la famille île Le Maistre de Sacy. et alliée par sa mère aux Arnauld «le Port-Royal. Sa sœur Binée, madame Je la Maisonfurt. d'ahord chanoinesse de Poussoy, puis dame de Saint-Louis, l'ut trés-molée aux querelles du quiétismo, prit parti pour madame (iuviiii, prêcha sa doctrine, et se compromît jusqu'à se l'aire exiler. M. Lavallée, tout en signalant le goût de madame de la Maisonfort poulies écrivains de Port-Royal, ne scmhle |ias avoir remarqué cette parenté janséniste '.
Il y a là pourtant une circonstance dont il faut tenir rompt*'. Sans doule le quiétisme n'a théoriquement l'ion de commun avec. les opinions de Port-Royal ; mais, dans cotte manie de la polémique et de la prédication, dans ce penchant à
naître chez madame de la Maisonfort un défaut de la race et. comme une sorte de maladie héréditaire. Au surplus, ceci n'est qu'une digression : à l'époque û'Esther, madame de la Maisonfort jouissait d'une renommée parfaite. Quant à sa jeune sœur, l'actrice, que le Roi appelait en bafti-
' U ' M«i -I. i^l"rt|Viu l tieu Vie 8 "/tf^Jlfl/ï™^ de ITuat
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7fi LE THÉÂTRE DE SAINT-CYR
liant « la petite clianoiues.se », un raconte à son sujet une piquante anecdote qui trouve naturellement sa place dans ce récit'
Un jour (les dames de Saint-Louis ne nous disent pas si ce fut à la première représentation iVEslher), un jour, mademoiselle de la Maisonfort hésita un peu eu jouant son rôle. « Racine, qui était derrière le théâtre, fort attentif au succès de la pièce, s'en aperçut et en fut ému. Aussi, quand mademoiselle de la Maisonfort, sa tirade achevée, rentra dans la coulisse, il lui dit d'un air fâché: Ah.' mademoiselle, qu'avezvous fail? Voilà une pièce perdue ! — Elle, sur ce mot de pièce perdue, croyant qu'elle l'étoit en ellèt par sa faute, se prit à pleurer. Racine, peiné de l'avoir contristée et craignant, comme elle devoit retourner sur le théâtre, qu'il Dâ parut qu'elle avoit pleuré, se mit a la consoler de son mieux. Il tira son mouchoir de sa poche et essuya lui-même les larmes de la jeune fille, comme on fait aux enfants pour les apaiser. lui disant des paroles douces , alin de lui donner courage, et que cela ne l'empêchât pas de bien achever ce qu'elle avoit encore à faire. Malgré cette précaution, le Roi s'aperçut que mademoiselle de la Maisonfort avoit les yeux un peu
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J.KS ACTRICK-S 77
ronges, et dit : «La petite chanoinesse a pleuré ».
m Quant on sut. ajoutent les Dames, ce que c'étoit, etlasimplicité de II. Racine, on en rit, et lui-même aussi, qui, n'ayant eu tète que la pièce, avoit fait cette action .sans penser le moins du monde à ce qu'elle avoit de peu convenable, »
Les chœurs iVEsl/wr étaient conduits par quatre Demoiselles dont les manuscrits de Saint- Cyr nous ont conserve" les noms, mais défigurés, comme toujours, par une mauvaise orthographe. Aussi avons-nous eu quelque peine à retrouver leur trace dans Y Armoriai de France et dans le Dictionnaire de la noblesse. C'étaient :
Mademoiselle de Bourdonné de Champigny , que les Mémoires de Saint-Cyr, et par suite M. Lava liée, appellent Bourdoué de Champigny. Elle était née le 23 février 1673, et avait été reçue à Saint-Cyr le 30 mars 1685. Elle fit profession le 9 octobre 1694, et resta dans la maison comme dame de Saint-Louis 1 ;
Mademoiselle Lefrattc de Beaulieu, née le 14 avril 1615, rivue à Saint-Cyr en décembre 1087. Elle devint aussi dame de Saint-Louis 1 ;
1 Los armes : D'azur à trois ehtvrans d'or, aecompagafx. fit rkrf, .h trois colombes datent rangées, et, en pointe, d'une
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Mademoiselle Le Métayer de la liaye-le-Cnmte, reçue à Saint-Cyr en 1686; elle devint, comme les précédentes, dame de Saint-Louis 1 ;
Mademoiselle llurault de Saint-Denis, née le 4 avril 1615, à Marigné-sur-Niort en l'oitou. reçue à Saint-Cyr. au mois d'août 168t>. Elle épousa le 4 octobre 17(10, Alexandre de Saint-Quintin, comte de Blet. Son fils, le marquis de Blet, devint brigadier des armées du Roi en 1743. — Elle mourut en 1729 *t
La plupart des actrices iVEslher n'étaient âgées que de quinze ans. Racine les avait choisies à cet âge, " où les jeunes filles ont encore toutes les grâces de l'enfance, sans les séductions de la jeunesse. » Dans la prélace de sa pièce, Racine qui a des éloges pour tout le monde, pour le Roi, pour Madame de Maintonon. pour la maison de Saint-Cyr. et même pour son collaborateur Moreau, n'a garde d'oublier les actrices, bien que ce ne lut pas encore l'usage, au XVII P siècle, de louer de cette façon les comédiennes. Il est vrai que les interprètes <YEslhcr n'étaient pas des comédiennes ordinaires, et qu'un auteur
1 Les nrmes : D'uni; fi trait aiglrs iVergi-nt rangées en fîisre. beeqvfts et armées de sabir.
* Les «mira : D'or, à la rrois d'atur, canlo,m'. r t tic quatre om-
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pouvait, sans se compromettre, rendre hommage Lir talent. Le {toi lut ravi de leur intelligence. Kir jeu facile, ingénu, correct, de leurs chartes voix, de leur innocente assurance, et il m témoigna très-vivement sa satisfaction ans lames de Saint-Louis.
Revenu à Versailles, il ne lit plus que parler VEslher. Tout le monde en parla avec lui ; tout le monde voulut voir cette merveille.
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