CHAPITRE PREMIER
L'Institut de madame de Maintenou,
Quelques jeunes filles pauvres avaient été recueillies et élevées à grand'peine par deux religieuses Ursulines, mesdames de Brinon et de Saint-Pierre, à Montmorency d'abord en 11580. puis, deux ans plus tard, à Rueil, dans une sorte de grande (Stable, '*t enfin, grâce à l'intervention charitable de Madame de Maintenou, au château de Noisy.
Peu à peu les secours du Roi arrivèrent, devinrent même considérables, et l'on eut l'idée de transformer cet asile provisoire en un établis-
sèment régulier où l'on ne recevrait que des SUes d'olliciers nobles et sans fortune.
Madame de Maintenon s'était de tOUt tempe intéressée au sort de cette noblesse militaire a laquelle appartenait sa propre famille/et qui vivait misérablement en province, épuisée par les guerres, sans jamais Être indemnisée ni secourue, tandis que la noblesse de cour, oisive et opulente, jouissait seule des bienfaits du Roi.
Une telle partialité était peu généreuse et nullement politique Louis XIV enfin le comprit et songea sérieusement à venir en aide à la noblesse pauvre. C'est dans cette pensée qu'il fonda les Invdide^. ou l'un devait surtout admettre des officiers vieux et blessés, et qu'il créa les compagnies de cadets, où l'instruction militaire était donnée à 4,000 iils de gentilshommes.
Madame de Maintenon trouva donc le Hoi tout disposé à adopter et à réaliser ses projets. Il lit de la fondation de Saint-Cyr son œuvre personnelle, et exposa lui-même dans un magnilique langage le but et l'esprit de l'institution :
« Connue nous ne pouvons assez témoigner, dit-il, la satisfaction qui nous reste de la valeur et du zèle que la noblesse de notre royaume a fait paroitre dans toutes les occasions en se-
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coudant tes desseins que nous avions* formés et qofl nous avons si heureusement exécutés, avec L'assistance divine, pour la grandeur de notre Etat et pour la gloire de nos armes..., nous avons établi plusieurs compagnies dans nos places frontières, où, sous la conduite de divers officiera de guerre d'un mérite éprouvé, nous faisons élever un grand nombre déjeunes gentilshommes, pour cultiver en eux les semences de courage et d'honneur que leur donne la naissance, pour les former, par une exacte et sévère discipline, aux exercices militaires, et les rendre capables de soutenir à leur tour la réputation du nom fcafiçois; et, parce que nous avons estimé qui! n'étoit pas moins juste et moins utile de pourvoir à l'éducation des demoiselles d'extraction noble, surtout pour celles dont les pères, étant morts dans te service ou s'étant épuisés par les dépenses qu'ils y auraient faites, se trouveraient hors d'état de leur donner les secours nécessaires pour les l'aire bien élever..., nous avons résolu de fonder et d'établir une maison et communauté, où un nombre considérable de jeunes filles issues de familles nobles, et particulièrement de pères morts dans le service ou qui y seraient actuellement, soient entretenues gratuitement et
levées dans les principes d'une véritable et solide piété, et reçoivent toutes les instructions qui peuvent convenir à leur naissance et à leur sexe... *. »
Le village de Saint-Cyr, situé à l'extrémité du parc de Versailles, fut choisi pour y établir la communauté. On acheta au marquis de Saint- Brisson un petit château assez peu habitable, construit dans un fond marécageux, mais entouré de vastes dépendances. On ne se servit pas des bâtiments ; Mansard fut chargé d'en construire de nouveaux. Mais, quoiqu'il eut pu facilement porter l'éditice dans un lieu plus élevé et plus salubre, il conserva l'ancien emplacement.
Madame de Maintenon ne lui pardonna jamais cette ni'><j licence. » J'ai trois voulu, disait-elle donner à mes tilles une complexion forte et une santé vigoureuse, et le mauvais choix de Mansard m'est un obstacle insurmontable. Je ne puis voir la méchante mine d'une de ces pauvres enfants sans maudire cet homme. »
La maison, avec les jardins et les aqueducs.
■ Archives de la préfecture de Versailles. Ces lellres patentes soiil niées m eiiti.-r ilnns Y Ilisttuse Je la nittiwi '■(•vit/'
de Saùiï-Cyr, pur M. Th. Lavalléo.
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fut construite ou quinze mois ; plus de doux mille ouvriers y travaillèrent. Le Journal de Dangcau, que nous consulterons souvent, nous donne ta date précise de l'inauguration de Saint- Cyr :
.< Lundi 29 août 1686, Les demoiselles qui sont à Noisy commencèrent à en partir. Elles seront trois ou quatre jours à déménager. »
M. Lava liée, dit que la communauté' entière se transporta à Saint-Cyr du 30 juillet au 2 août. Il se l'onde sur une lettre dont l'original n'est point daté, et dans laquelle Madame de Maintenon suppose que la translation de Noisy à Saint-Cyr « pourra » commencer le 30 juillet. A propos de cette tres-légère erreur, disons une fois pour toutes queDangeau, dont On a souvent plaisante" mais jamais contesta l'exactitude, écrit au jour le jour, et ne saurait se tromper.
Le voyage se fit avec pompe: le Roi prêta ses carrosses et sa livrée ; les Suisses de sa maison servaient d'escorte. En tété, marchaient dos prêtres portant la croix et les reliques de saint Candide. Ces relique.-;, enfermées dans une châsse de cristal que recouvrait une moire blanche brodée d'or, avaient été envoyées par le Pape à Madame de Maintenon eu 1683,
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Les lettres patentes citées plus haut sont cMa mois de juin 10)80. Dnngeau en eut immédiatement connaissance, car, à la date du <> juin, il nous en donne dans sou Journal, l'analyse complète :
« Le Roi a donne" des lettres patentes pour l'établissement de la communauté de Sahil-Cvr et pour partie de la fondation, qui doit être île 50,000 écus de rente ; il y a uni la menée abbatiale de l'abbaye de Saint-Denis, qui va à peu près à 100,000 francs. Madame de Mainloiioii en aura la direction générale ; Madame île Brinon sera supérieure de la communauté, et l'abbé Gobelin sera supérieur ecclésiastique avec 2,000 francs de pension. 11 y aura trente-sis Dames, VÎngt-quatrâ Sœurs converses et deux cent cinquante Demoiselles ; les Dames et les Demoiselles font preuve de trois races ou de cent ans de noblesse, et d'Hozier est le généalogiste '. »
On voit que Danjioau cite rie mémoire : il s'écarte un peu ici du texte des lettres patentes. On exige quatre degrés, du côté paternel seulement ; et Langueî de Gergy, dans ses Mémoires
' Danffcou, I. 346,
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pour servir à l'histoire de la maison de Sainl- Louis, l'ait observer qu'on ne demande pas de preuves du oôté materne], parce que, d'ordinaire, c'est la noblesse la plus pauvre qui se mésallie pour se soutenir, et que le but unique de l'institut était précisément de venir en aide a cette noblesse.
Ajoutons encore aux renseignements donnes par Danjieau, (jue la communauté, placée sous la protection de la Vierge et sous l'invor.ation de saint Louis, était soumise à l'autorité de levéque de Chartres » pour tout ce qui dépend de la visite, correction et juridiction épiseopale. » — L'évéque, Ferdinand de Neuville, approuva les constituions, dont Racine avait été chargé de revoir le texte au point de vue du style *. Le Pape les lut et lit savoir qu'il en avait été- édifié.
Madame de Main tenon refusa le titre et les honneurs d'Institutrice de la maison de Saint- Louis, que lui offrait Louis XIV. Mais le Koi voulut au moins lui conférer pat un brevet toutes les prérogatives, autorité' et direction nécessaires à une fondatrice, et lui assurer, sa
1 Letlre île Madame de Mainlonon, publiée à lu suite des Me [nuire;. île Louis Uaeiue.
vie durant, la jouissance de l'appartement qu'on avait fait construire pour aile Madame de Bi'inon, qui devait être plus tard disgraciée par .sa faute, tut nommée Supérieure à vie, contrairement aux constitutions, <jui voulaient que la Supérieure lut triennale.
La principale condition d'admission dans l'Institut de Saint-Louis était la noblesse, qui impliquait nécessairement alors !e mérite militaire, et dont le généalogiste du Roi vérifiait les preuves. La seconde condition indispensable était la pauvreté, que certifiaient l'évéque et l'intendant de
la province s .
Les Demoiselles étaient reçues de sept à douze ans et devaient quitter la maison après leur vingtième année accomplie. A. leur sortie, elles recevaient une petite dot d'environ 3,000 livres, qui leur servait à entrer au couvent, et quelquefois, mais bien rarement] à se marier : car il ne parait pas que les élèves de Saint-Cyr, malgré L'incomparable éducation qu'elles avaient reçue, fussent, même dans leurs provinces, des partis très-recberchés. * (À- qui me manque, disait Ma-
' \ uir lus Sotttntîfs do madame de Cnjlus, 1"édition, p. 122,
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SAINT-CTB avant le théâtre 9 dame de Maintenon, ce sont des gendres. Je trouve peu d'hommes, mes chères enfants, qui préfèrent vos vertus aux richesses qu'ils peuvent rencontrer. >•
II s'en présenta pourtant quelques-uns. « Madame de Maintenon, nous dit Saint-Simon, choisissoit d'ordinaire une Demoiselle ou deux à Saint-Cyr, des ping prêtes à quitter la maison, pour se les attacher, leur dicter ses lettres et s'en faire accompagner partout. Le Roi, qui les voyoit sans cesse, prenoit souvent de la honté pour elles et les marioit. »
L'une des jeunes filles que Madame de Maintenon s'attacha ainsi. la plus connue et certainement la plus aimable, mademoiselle d'Auniale, ne se maria point. Mais ce ne furent pas les partis qui lui manquèrent. Son amitié pour Madame de Maintenon, sa piété 1 , son peu de goût pour les plaisirs et pour le monde, l'éloignaient du mariage. Une autre, mademoiselle d'Osmont, épousa M. d'A.vr'incourt, riche gentilhomme, à qui le Roi accorda le gouvernement d'IIesdin en Artois. La jeune duchesse île Bourgogne s'amusa fort à cette noce, et Saint-Simon rapporte que, pour se divertir et aussi pour plaire à Madame de Maintenon, elle voulut donner elle-même la
chemise. Cette gentillesse n'a do sons que pour qui connaît l'étiquette et les habitudes de la Cour. Los autres secrétaires île Madame de Main-
mbert, qui de- Saint-Etienne.
tenon furent: mademoiselle vint supérieure ; madomoise qui mourut dame do Saint-Louis ; mademoiselle de Castéja, qui épousa M. do la Lande, î-'pntilliomnie du duc du Maine ; mademoiselle de Tonnancourt, qui fut rendue avant l'Age à sa famille ; mademoiselle de Bouju, qui devint L'rsuline, et mademoiselle, de Monianville, qui épousa le président de Qiailly.
Louis XIV répand bienfaits sur l'Institi cupaït avec mie lira du bien-être des élé jusque dans leur fa Saint-Cvr. Par une
liaquojiiur 06 nouveaux Saint-Louis. Il se préoc- BOllicîtude de la santé et son intérêt les suivait ■, après leur départ de 'laration dont l'original est conservé aux archives do la préfecture do Versailles, il voulut, que les jeunes filles renvoyées do la maison pour infirmité ou maladie'.
qu'il rt'pomlit :
. La paralysi
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S.UNT-CYa AVANT LE THÉÂTRE il
jouissent d'une pension alimentaire de cent cinquante livres par an, jusqu'à l'âge de vingt ans, et qu'on leur fit toucher alors, comme aux autres, une dot de 3,0(10 livres.
11 est probable qu'on abusa de ces dispositions bienveillantes. Le Confesseur du Roi, à qui deirigîne tous les placels fr-Cyr, en rut tellement
•asser de cette rliarpe.
, ainsi que Dangeau lurent renvoyas au en sa qualité d'administrateur, était moins facile à attendrir '.
relatifs à la maison de Sain obsédé, qu'il fallut le déban A partir du 15 mars 1109 nous l'apprend, les placet:
chancelier Voysin, lequel.
Chamïllanl, président ilu
Les dames de Saint-Louis et les demoiselles de Saint-Cyr.
On avait en l'idée d'abord de Gonfler l'éducation des jeunes filles à des chanoinesses et non à des religieuses; on y renonça. Les Daines firent des vœux solennels et prirent te titre de daines de Saint-Louis. On créa pour elles un ordre particulier, " qui (/toit, dit madame de Caylus, un mélange de Tordre des Ursulines avec celui des lilles de Sainte-Marie. » Elles ne devaient être appelées ni ma more, ni ma sœur, mais madame, et elles conservaient leur nom de famille.
Louis XIV leur donna des armoiries composées d'un « écu d'azur à une croix haussée d'or, semée de fleurs de lis de même, et sommée d'une couronne royale aussi d'or, le croison et le lias du fût de la croix terminés chacun par une fleur de lis d'or, •• pour marquer tout ensemble, disent les lettres patentes ', la piété dont elles l'ont profession et la noblesse de leur
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SAINT-CYR AVANT LE THÉATiiE 13
maison ; il leur accorda le droit de faire porter par les gardes de leurs bois et chasses et leurs autres serviteurs les livrées royales, dont les couleurs, rappelons-le en passant, étaient : bleu, blanc et rouge.
Saint-Cyr devint un important domaine , et exerça sur toute la contrée une influence bienfaisante. On peut consulter aux Archives de la préfecture de Versailles le livre sur lequel s'inscrivaient les aumônes faites par les soins de la dépositaire, d'après Tordre de la Supérieure et du Conseil, dans les paroisses où la maison avait du bien, Ces aumônes sont considérables, et le titre du livre indique que l'on n'y a point compris " celles qui passent par l'économe. »
En voici quelques-unes qui nous ont paru dignes d'être relevées :
A fei peuvres rte Trappes.. .
Pour les enfants trouvés. . . .
A une famille de Saiut-tlyr. .
A un u.iuwàu converti.' .
Aux pauvres de Hucil
a h .iL'nt\V^"'a , Vv 1 'u. 1 '!"!\iiv.- i -;
a jt» nitpî » r;
A un pauvre Allemand
A un pauvre jreutilhouime . . .
Parité .... ;t
US
li LE THÉÂTRE DE SAINT-CYR
On voit que la charité des dames de Saint- Louis avait à soulager les misères les plus diverses. Au registre des auniûnes se trouve joint l'état des ornements sacerdotaux, dais, liage d'autel, dentelles, livres d'église, etc., donnés à tous les villages d'alentour. Il était diilicile de mieux remplir les devoirs seigneuriaux.
Nous n'avons pas a. entrer dans de longs développements sur la fondation et l'organisation de l'Inslilut (Je Saint-Louis: ces détails sont connus ; nous nous bornerons à les rappeler ou à les indiquer sommairement.
Les dames de Saint -Louis, au nombre de trente-six, devaient se recruter parmi les élèves; mais , les Demoiselles venues de Noisy étant presque toutes trop jeunes, il lut impossible d'appliquer cette règle dès le début. On dut même y déroger plus d'une fois dans la suite, jusqu'à ce que Louis XIV eut définitivement autorisé les dames de Saint-Louis à appeler, quand cela serait nécessaire, des personnes du dehors pour remplir les places vacantes. Les demoiselles du ruban noir, c'est-à-dire les élèves de la classe supérieure, étaient employées eu qualité de quatrièmes maîtresses.
Le COstome, ou, comme on disait alors, l'habit
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des dames de Saint-Louis était simple et noble : une longue robe de belle étamiue noire du Mans; des souliers île maroquin noir ; des gants noirs bronzés, COUVTOItt te brus jusqu'au coude, et que l'on portait, suivant la mode rafiinée de l'époque, au-dessus d'autres gants de toile ou de soie légère ; une collerette ou petit collet de taffetas noir qui s'attachait sur la poitrine avec de petits rubans appelés nomparcille; enfin, une coiffure do taffetas et de gS2©, d'où tombait, froncé par derrière , un long voile de pomitlc ou prisonnière, Tort large, « pour pouvoir, dit le Père Ilélyot. le baisser dans les temps convenables 1 , s Un peu deilne batisif. dépassant modestement le col et les manches de la robe, éclairait fort à pfopoa ce sombre uniforme. A l'église, aux jours ordonnés, les daines de Saint-Louis portaient un manteau d'étalante à longue traîne.
Ou présenta au Roi mademoiselle Balbien, femme de chambre de Madame de Maintenon, à qui l'on avait essayé le premier modèle de cet a&bii II regarda avec beaucoup d'attention, et trouva tout fort bien, sauf la coiffure, que Madame de Maintenon avait voulue aussi simple
1 BBttoiti tlts ordres monastique.;, religieux et militaires,
1 f> I.E THEATRE DE SAIXT-CTR
que possible. Comme le Roi était de bon goût. (Usent les Dames dans leurs Mémoires, et qu'il n'entendait pas autrement les raisons de cette simplicité, il dit : «Quel diable de petil bonnet est-ce là ?•> Madame de Maintenon en rit; mais, voyant qu'il ne lui plaisait pas, elle en fit l'aire un autre plus orné, quoique fort modeste encore, qu'il agréa cette l'ois comme le reste.
Cependant, en ÎIOT, après la réforme introduite à Saint-Cyr, et dont nous parlerons en son lieu, Louis XIV autorisa les dames de Saint- Louis, sur leurs instantes prières, à quitter cet habit trop séculier, pour prendre la coiffé, la guimpe et le scapulaire des religieuses de Saint- Augustin. Madame de Maintenon leur fit seulement garder la croix d'or fleurdelisée et le manteau.
L'habit des Demoiselles ne différait guère à l'origine de celui dos Dames que par la couleur et par un peu plus d'élégance et de parure. Il était d'étoffe brune (étamine ou serge, suivant la saison) ; mais on jugea qu'il devait se rapprocher autant que possible des modes du dehors, afin que les élèves pussent le porter encore après avoir quitté la maison. L'uniforme de Saint-Cyr fut donc légèrement modifié d'année en année.
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Les classes.
Les Demoiselles étaient partagées en quatre classes, que l'on distinguait par la couleur du ruban : les toutes petites filles portaient des rubans rouges ; celles des autres classes en portail 1 ut successivement de verts, de jaunes et de bleus. On choisissait en outre vingt Demoiselles, parmi les meilleures de la classe bleue, à qui l'on donnait le ruban noir. Celles-ci avaient rang , comme nous l'avons dit plus haut, de quatrièmes maîtresses ; elles occupaient une salle particulière et pouvaient aller seules dans la maison. On les attachait ordinairement aux Dames en charge, telles que l'infirmière, la lingère, la dépositaire, l'économe, pour les aider dans leurs offices. 11 y avait enfin dix Demoiselles décorées du ruban couleur de feu, et qui méritaient, par la perfection de leur conduite, d'être appelées les tilles de Madame de Maintenon.
Chaque classe était gouvernée par quatre Dames. Les élèves se groupaient par bandes nu
familles et travaillaient à des tables séparées. Chacune de ces bandes se composait généralement de neuf Demoiselles. Les trois plus sages dirigeaient et surveillaient les autres : la première comme chef, la seconde comme aide, la troisième comme suppléante.
Les classes de la maison royale de Saint-Cyr ne ressemblaient en rien, même pour la disposition intérieure, à celles de nos pensionnats modernes.
L'été, elles étaient fraîches et gaies : on pouvait voir par les fenêtres ouvertes les fleurs et les jets d'êaq des jardins. L'hiver , un grand feu flambait dans une large cheminée, autour de laquelle les jeunes filles venaient s'asseoir pour lire ou broder. Les sièges étaient, non pas des bancs, mais des tabourets de moquette ou de tapisserie. Sur la cheminée un tableau àe piété, un crucilix, ou même, plus tard, après la mort de la fondatrice, un portrait de Madame de Maintenon « en sainte Françoise. » Les rideaux des fenêtres étaient de serge pour l'hiver et de toile pour l'été.
Chaque groupe ou famille d'élèves avait sa table de travail à tiroirs, ses boites de jeux, ses damiers, ses totons « pour jouer à la res-
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.source, » une provision de papier et de plumes, une écritoire, une botte à poudre,
Les murs (''(aient tendus de belles tapisseries, dites tapisseries de Bergaine, et garnis d'estampes, d'images pieuses, de figures héraldiques pour l'étude du blason, et do cadres dans lesquels on affichait diverses prescriptions sous ces titres : Soins des Dames ; Soins des Demoiselles.
Le reste du mobilier consistait en un ou plusieurs bureaux à guichets et des chaises en bois tourné à l'usage des maîtresses ; vingt-quatre pupitres pour la musique; a une table pour relier, avec les choses nécessaires, » un globe pour la géographie , « une tête de bois , avec ou sans visage, » des tablettes pour mettre les manchons, un dévidoir, des flambeaux, des lampes, etc.
Chaque classe avait sa bibliothèque particulière contenant quelques-unes des tragédies imprimées ou manuscrites qui constituaient le répertoire du théâtre, et qu'on appelait les Tragédies de la maison : Est lier , Alhalie , Jephté , Absalon, nabinie, etc.; les Conversations et les Instructions de Madame de Maïntenon, les Quatrains «le rilirac, et surtout V Introduction à la vie dévote, que l'on regardait à. Saint-Cyr comme le livre par
20 lu 'j'iu':atre de saint-cyh
excellence ; enfin, plusieurs recueils de musique religieuse et même quelques morceaux choisis des opéras de Quinault.
Les maltresses étalent dépositaires d'un certain nombre d'objets, tels que des croix d'argent portant la lettre initiale de la classe ; une croix spéciale pour 'i la Maintennn », c'est-à-dire pour la plus sagé et la plus instruite; des ganta', des pièces de ruban delà couleur de la classe ; enfin plus de soixante-cinq clefs, parmi lesquelles nous remarquons celle de la prison, celle de «l'armoire où sont les jeux » et celle du théâtre.
Les cahiers où sont inscrits les inventaires des classes ' datent de la fin du XVIII 0 siècle : on le reconnaît aisément à l'écriture, à l'orthographe, et aux ramages de la couverture. Mais le mobilier n'avait certainement pas été renouvelé depuis Madame de Maintenon. On lit dans les Mémoires des Dames que, cinquante ans après la fondation, une partie du linge donné à. la maison par Louis XIV servait encore.
' Archive* de la préfecture de Versailles,
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SAINT-C.YR AVANT LF, THÉ.\TR E
Programme d'une éducation chrétienne, noble et raisonnable.
Cette institution, si sagement, si mateniellemont organisée, n'était pas tout-à-fait exempte de reproche. L'éducation aristocratique de Saint- Gyr .s'appropriait fort bien sans doute, comme l'entendait Louis XIV, à la naissance et à la qualité des élèves : mais il y a toujours un peu de frivolité au fond des institutions féminines. Madame de Maintenon ne put s'empéelier d'encourager par sou indulgence, et aussi par son exemple, l'innocente coquetterie de ses petites Biles. Elle alla jusqu'à leur distribuer des dentelles et des perles; on la voit constamment préoccupée dans ses lettres du soin de leur « taille ». Elle-même, déjà vieille et presque toujours enfermée à Saint-Cyr, conserve encore ses habitudes d'élégance :
«N'oubliez pas letafîetasgris de mademoiselle d'Aumale. écrit-elle à la marquise de Villette (12 juin 1710), et en même temps apportez-moi, je vous prie, des échantillons, ou plutôt des
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pièces, si on veut vous les confier, de plusieurs .sortes d'étoffes blanches. J'en suis insatiable, et pour le jour et pour la nuit. Quelques taffetas façonnée me seraient bien nécessaires pour une robe de jour ; mais je voudrais qu'il fut un peu fort. Je bouffe si peu par ma personne, qu'il faut que je boude par mes habits. Mademoiselle d'Aumale voudroit bien boulier aussi et n'avoir pas un taffetas mollasse... 1 »
Apres tout, une légère poinlp dn coquetterie et de belle humeur ne EWflsied pas a la fondatrice de Saint-Cvr. On nous l'a trop longtemps représentée comme uni' puritaine guindée et revëche. Saint-Simon et la Palatine en ont fait une espèce de duègne : ils n'Ont montré que l'envers de ses qualités; ils ont tourné en ridicule sa haute raison, son esprit politique, sa piété, son goût sévère et correct: et parée qu'elle faisait passer avant toutes choses le soin de sa réputation, de sa gloire, comme on disait, ils l'ont taxée de vanité et d'éguïsmo.
Madame de Maintenon était aussi simple et aussi modeste que peut l'être une personne illustre entourée d'un faste royal ; elle était
1 Madame île Maintenon et ,tn fk n i l l », lettres et ducuraciits inédits |iublitis [iui M. lluuoru lloiiiiumine, ji. IX.
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surtout bonne * *t indulgente, et possédait à un degré rare la science et le talent de l'éducation. A Saint-Cyr un l'adorait ; elle régnait avec douceur, et cependant avec autorité. Elle aimait el stimulait la gaieté étourdie des jeunes filles, se mêlait à leurs jeux, se plaisait à leur bruit, à leurs cris ; elle disait: « J'aime tout en elles, jusqu'à leur poussière ! «
Dans ses plans d'études, la récréation tenait une grande place. Elle avait compris qu'un en saignement trop sérieux, trop méthodique, ne convient pas à l'enfance ; qu'il faut lui rendre ['étude facile, divertissante même. Tout à Saint- Cyr, jusqu'à la religion, devait être ainialde. Ou se garda bien d'y laisser pénétrer cette dévotion janséniste, si répandue au XVII" siècle, dévotion étroite, méticuleuse, toute pleine île subtilités, et d'ailleurs très-entarliée d'hérésie. «. La piété, disait Madame de Maintenon, ne doit être ni triste ni austère, mais au contraire gaie par le repos d'une bonne conscience »
Les demoiselles de Saint-Cyr étaient élevées dans ces principes. On leur enseignait Dieu tel que nous le montre l'Evangile, c'est-à-dire bon,
1 Ldti-cx su.' l'édurntîoa, p. 310.
2i I,E T1IÉATHH DE SAINT-Cït!
paternel et familier. Elles l'aimaient; elles aimaient leur jolie chapelle, elles l'entretenaient elles-mêmes ; toutes, jusqu'aux plus petites, y apportaient des fleurs. Elles chantaient aux oflices sous la direction d'un maître habile ; et c'est ainsi que l'on trouva dans la suite, poulies chœurs d'Estlier, des éléments tout prêts.
« Nous voulions, disait encore Madame de Maintenon, une éducation solide, éloignée de toutes les petitesses de couvent ; de l'esprit, de l'élévation, un grand choix dans nos maximes; une grande liberté dans nos conversations, un tour de raillerie agréable dans la société... et un grand mépris pour les pratiques des autres maisons... » Elle voulait que les Dames préchassent surtout d'exemple : « Vos filles, écrivaitelle à Madame de la Mairie, seront à peu près telles que vous serez : si vous êtes de bonne foi, elles seront de bonne foi ; si vous agissez droitement, elles agiront droitement ; si vous vous relâchez, elles se relâcheront ; si vous êtes extérieures, elles seront extérieures : si vous faites autrement quand on vous voit que lorsque l'on ne vous voit pas, elles feront de même; si vous vous donnez tout entières, elles se donneront aux choses dont vous les chargerez ; si vous
vous cachez de vos supérieures, elles se cacheront de vous... ! »
Les directeurs ecclésiastiques de Saint-Cyr approuvaient cette éducation à la l'ois a chrétienne, noble et raisonnable», te Roi était pénétré des mêmes idées : il pensait qu'en « bornant à des lectures et à des exercices religieux trop multipliés l'éducation des femmes, ou les laisse dans l'ignorance des choses les plus ordinaires de la vie *. »
Durant cette première et brillante période, Saint-Cyr lui, bien, comme le dit M. Lavallée, la maison la plus littéraire du royaume. On y vit renaître, moins la galanterie et i'alï'éterie, les belles traditions des hôtels de Rambouillet, d'Albret et de Richelieu, dont Madame de Maintenon, elle-même l'avoue, avait peine à perdre le ton. Ou y écrivit des lettres en style de Voiture ; on y apprit à rimer ; on y parla cette langue exquise des Précieuses de la bonne époque-, des la Fayette, des Coulangos, des Sévigné ; on se passionna pour le bel esprit et les belles manières.
Cependant la grande difficulté fut de mettre
1 Lettres sur l'filutatioa. p. 310.
' Ingtruotios péûrb Dauphin, II, 2"0.
entre les mains de ces jeunes fillea des ouvrages sérieux et bien écrits, également propres à les édifier et à les instruire. Madame de Maintenon en trouva fort peu d'irréprochables. C'est pourquoi elle se décida à l'aire appel, non-seulement à Racine, mais encore à la plupart des bous auteurs de son temps. Elle écrivail au duc de Noailles :
« N'auriez-vous pas sous votre protection un bel esprit qui eut un appétit égal à son mérite, et qui n'eût pas un revenu égal à son appétit? De mon temps, cela se trouvoit. Eh bien, je vmidi'ois qu'il me fit pmir mes enfants de petites histoires qui ne leur laissassent dans IVsprit jue îles choses vraies. Je ne voudrois pas. qu'il y eût de merveilleux, car je connois le danger qu'il y a à ne pas accoutumer l'esprit à des mets simples. Vous traiterez tout cela comme n'ayant pas à payer un travail mercenaire, et vous envelopperez de toutes vos politesses les vues grossières que je vous propose. »
Madame de Mainteuon a composé elle-même un très-grand nombre d'ouvrages destinés à la récréation et à l'instruction des Demoiselles. Ce sont des chefs-d'œuvre de style, d'esprit et de raison.
:e galllca.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
L'établissement dfi Saint'Cyr lui acquit de son vivant une réputation européenne. Nul ne s'étonna que Louis XIV l'eut élevée presque jusqu'au trône, et, maigre 1 le mystère dont elle avait voulu que lut entouré son mariage, elle se vit partout traitée en reine. Un prédicateur 1 ne craignit pas de lui en décerner le titre du haut de la chaire; les papes Alexandre VIII et Clément XI lui écrivaient directement, pour lui recommander des princes de l'Eglise; Innocent XII lui envoyait «le riches présents accompagnés d'indulgences extraordinaires, et lui accordait par un bref spécial le droit » d'entrer dans les monastères du royaume, d'y manger dans le réfectoire et d'y converser avec les religieuses. » C'était un privilège tout royal
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