PREMIERS ESSAIS DE REPRESENTATIONS DRAMATIQUES
On peut s*é(onBer au premier abord do trouver dans un couvent de jeunes filles, comme Saint- Cyr, tout un théâtre organisé, avec un personnel et un matériel complets ; des auteurs, un répertoire, et, ce qui manque à bien des théâtres, un public.
Mais il ne faut pas oublier que ce fut précisément dans les couvents et dans les collèges que s'opéra en France la renaissance de la scène. Les écoliers qui, de tout temps, avaient joué sous les yeux de leurs maîtres des pièces grecques ou latines, en étaient venus, dès le milieu du XVI e siècle, à représenter presque publiquement des tragédies et des comédies françaises.
Ce fut au collège de Boncourt que Jodelle lit jouer, en 1552, sa tragédie de Ctèopâtre et sa
comédie d'Eugène. La Tràsorière de Jacques Grévin fut jouée au collège de Béarnais le 5 février 1558, et, deux ans après, le 16 février 15G0, on représenta dans le même collège deux autres pièces de Jacques Grévin, César ou la Liberté vengée, et les Esbahis. Cette dernière comédie avait été composée pour les noces de la duchesse de Lorraine, qui y assista avec toute la Cour. V Achille île Nicolas Filleul fut << récité » publiquement au collège d'Harcourt le 21 décembre 1563. Ou peut mentionner encore les tragédies de Polixène,d' Esa'ù et d'Hyiisicratàe, jouées eu 15U7, 1598 et Ki04, au collège des Bons-Enfants de Rouen '. Eulin, le Mercure, eu annonçant les représentations de Saint-Cyr, dit que « cela s'est fait depuis plusieurs siècles et se fait encore dans les couvents les plus austères.
Ces traditions théâtrales se perdirent de bonne heure dans l'Université, niais furent avec raison conservées chez les Jésuites. Aujourd'hui 00001% on joue Molière dans les collèges romains, au collège Capranica notamment.
La première supérieure de Saint-Cyr, madame de Brinon, ne tit donc que se conformer à
1 Voir les Curinfih's tMlralti anciennes et «lodei-net de M. Victor tourne!.
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VUEMIKHS ESSAIS
l'ange immémorial des collèges et des couvents en faisant apprendre et réciter à ses élèves des pièces de théâtre. Elle eut seulement le tort de choisir des moralités insipides, sans poésie et sans style, telles que sont encore trop souvent les ouvrages destinés à édifier la jeunesse. Toutes les vieilles tragédies de martyrs y passèrent. Elle-même se mêla d'en composer quelques-unes encore plus détestables. C'est ainsi du moins que les jugent, dans leurs Mémoires, les dames de Saint-Louis, ajoutant (pie « pour réussir en ces sortes de choses, il faut avoir des règles et un génie particuliers qu'on ne se donne point, quelque esprit qu'on ait. a
Madame de Brinon avait en effet beaucoup d'esprit et une facilite" incroyable d'écrire et de parle?. « Elle faisoit, dit madame de Caylua, des
gile comme auroit pu le faire M. Le Tourneur. » Mais sou mauvais goût, son défaut de tact et sa vanité devaient la perdre.
« Madame de Maintenon, disent les Dames de Saint-Louis, soutint assez longtemps qu'on jouât
de ces mauvaises pièces, par complaisance l l(llil "
madame de Brinon, et aussi pour les Demoiselles,
fort éloquents, et, tous les îesse, elle expliquoit l'Évan-
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à ([ni tout est bon, pourvu qu'elles aient récréation. Mais elle comptait bien y mettre ordre lorsqu'elle seroit débarrassée, de eboses plus importantes et plus pressées, ce qu'elle lit dés qu'elle put. Et, réfléchissant sur cela, elle crut qu'il n'y aurait point d'inconvénient de l'aire jouer à ces demoiselles quelques-unes des meilleures pièces de Corneille et de Racine parce qu'il y en a qui lui semblaient assez, épurées des passions dangereuses à la jeunesse, ou traitées si délicatement, qu'il n'y aurait pas à craindre qu'elles leur lussent préjudiciables ; et que ce sont de beaux vers qu'il valoit mieux qu'elles apprissent que ceux qui sont plus communs ou qui n'ont rien que de bas ; elle pensa que ce seroit un moyen de cultiver leur mémoire par de belles choses, de leur apprendre a bien prononcer, a se tenir de bonne grâce... et à n'être pas si neuves quand elles s'en iruient, que le sont la plupart des lilles élevées dans les couvents. »
On joua tour à tour Cinna, Andromaque, TpMgénie, Alexandre. « Ces petites filles, dit madame de Caylus, représentèrent Cinna assez passablement pour des enfants qui n'avoient été formées au théâtre que par une vieille religieuse. Elles jouèrent ensuite Andromagur, et,