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Le théatre de Shakespeare

Le siècle de Shakespeare est ua siècle d'événements, de découvertes qui ouvrent à l'imagination des horizons infinis. L'Amérique ; la Réforme; la Renaissance; Tlmprimerie, introduite par Caxton à la fin du xv« siècle.

Grandeur maritime et politique.

Aventuriers et marins anglais : premier tour du monde^ accompli par Drakc de 1577 à 1580 (Shakespeare avait 16 ans) ; — expéditions de Walter Raleigh en Virginie, 1584.

Londres bénéficie de la ruine d'Anvers.

La Reine Elisabeth comprend la mission de l'Angleterre protestante et navigatrice. — Lutte contre Marie Stuart : exécution de Marie, le 8 février 1587. — Lutte contre Phihppe II : défaite de l'Invincible Armada, 1588.

Littérature.

L'Angleterre n'est pas encore puritaine. Culture de la Renaissance : la Reine sait le Latin. — Influence italienne, vogue des sonnets de Pétrarque, des romans et nouvelles de l'Arioste, Boccace, Cinthio, Bandello. — Traductions d'œuvres grecques, latines, italiennes et françaises.

Poésie : Sir Philip Sidney, grand seigneur, humaniste et poète, mort au siège de Zutphen, 1587 : Arcadia, 1579, Sonnets à'Astrophel. Défense de la Poésie en prose, contre les Puritains.

Edmond Spenser écrit the Faërie Queene, son chef-d'œuvre.

Roman: John Lily et son roman Euphucs, [ôl'd.L'Euphuïsme, affectation de langage ([ui atteint même Shakespeare.

Théâtre : A cet âge aventureux et tragique, il fallait une littérature dramatique. Goùl pour les représentations et les fêtes (pageants) : à la cour, luxe déployé par Elisabeth et ses favoris Leicester, Essex et Raleigh ; fêtes de Kenilworth données par Leicester en 1575 ; — à la cani[)agne : Merry England ; fêles de Mai, de la Moisson, de la Nuit des Rois, etc., représentations villageoises (parodiées par Shakespeare dans le Songe d'une Nuit d'Eté); — à Londres, vingt théâtres pour 300,000 habitants : le drame remplace nos romans et nos journaux.

Histoire du Drame anglais.

Moyen-âge.

Miracles {Miracle Plays) joués d'abord par le clergé, puis dans la rue par les corporations des villes (Cliester, Towneley, Coventry), représentant les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament.

Moralités [Moral Plays) représentant des Vertus et des Vices personnifiés.

Interludes, pièces plus courtes, premier pas vers la Comédie (sous Henri VIll).

Renaissance.

Imitation de Plaute et de Sénèque ; tâtonnements dramatiques de la première moitié du règne d"Elisabeth.

La première comédie régulière, en actes et en vers : Ralph Royster Doyster, 1551.

La première tragédie : Gorboduc ou Ferrex et Porrex, 1662, pièce .horrible et grotesque, admirée par Sidney.

L'Age d'Or.

l''« Phase, 1580-1593 : Débuts de Shakespeare, apogée de Christopher Marlowe. Shakespeare lui doit le vers blanc,

rythme dramatique par essence. Drames de Marlowe : Tamburlainc (Tamerlaii"!, Doctor Faustus, sur la légende de Faust, le Juif de Malte et Edouard H. son cbof-d'œuvre. — Contemporains : Kyd, Greene, Peele, Lodge.

2"^ Phase, 1593-1613 : Shakespeare. Ses contemporains Beaumont et Fletcher, Chapman, Webster^ Ben Jonson.

31110 Phase, 1613-1642, dominée par Ben Jonson, Ford, Massinger.

Les Théâtres et les Acteurs.

Les représentations se donnent d"al)ord dans des cours d'auberges. En 1576, James Burbadge, du pays de Sliakespaere, construit le premier théâtre fixe, celui de Blackfriars ou the Théâtre, suivi du Rideau, du Cygne, de la Rose, du Globe, etc., la plupart situés sur les berges de la Tamis(\ Disposition rappelant la cour primitive : espace central découvert [yard), balcons circulaires en bois (scaffold). — Les théâtres « privés » sont des salles ordinaires couvertes.

Public. Populace du j>arterre igroandlings. understanders), dames masquées, jeunes seigneurs étendus sur des nattes au bord de la scène (voir les satires de Nash, de Dekker). Trompette annonçant l'ouverture.

Croquis de Jean de Witt, ])ris d'après nature au Cygne en 1506, trouvé â la bibliothè(iue de l'Université d'Utrecht.

Mise en scène. Pas de décors. Ecriteaux indiquant le lieu de l'action. Plateforme constituant une seconde scène dans la scène et figurant tour à tour une montagne, un balcon, un théâtre,, etc.

Les rôles de femmes sont remplis par des hommes.

Malveillance de la municipalité contre les acteurs. On les traite comme des vagabonds s'ils ne peuvent justifier du patronage d'une personne connue (édit de 1.572). D'où le nom des princijïales troupes : Serviteurs de Lord Strange ; de Lord Penibroke ; du comte de Leicester (trouiie de Blackfriars ou de Shakespeare I.

Principaux acteurs : William Burbadge, AUeyn^ Kemp. — Le clown Dick Tarlton. — La taverne de la Sirène.

Les auteurs dramatii|ues sont des écrivains proprement dits, sortis des universités (IVlarlowe, Greene, Peele) ou des acteurs écrivant pour leur théâtre (Shakespeare).

Les auteurs vendent leurs pièces aux théâtres qui en deviennent propriétaires ou bien à des agents tels que Henslowe, dont le livre de comptes {Henslowe's Diary) retrouvé à l'hôpital de Duhvich, est une source précieuse d'information.

Vie de Shakespeare.

Absence de documents : pas une lettre de Shakespeare, pas un manuscrit de ses œuvres, pas une ligne de son écriture, sauf en son testament.

Naissance: le 22 ou 23 Avril 1564, à Stratford sur Avon (Warwickshire).

Parenté : Le père, John Shakespeare, était cultivateur, négociant, magistrat communal. Il se ruine pendant l'enfance de Shakespeare. — La mère, née Mary Arden, tille d'un riche fermier, de famille noble.

1582. Mariage de William avec une payse, Anne Hathaway, de 8 ans plus âgée que lui.

Enfants : 1583, Susanna, puis Judith et un fils Hamnet, mort à 7 ans.

Départ de Stratford. — Tradition locale racontant (jue William fut poursuivi pour fait de braconnage dans le parc de Sir Thomas Lucy (allusion dans les Joyeuses Commères, où le Juge Shallow parle des luces de son blason).

En décembre 1585 ou en Janvier 1586, Shakespeare, laissant derrière lui sa famille, part pour Londres où il exerce pendant vingt-cinq ans la profession d'acteur.

Premiers poèmes Vénus et Adonis, et Lucrèce dédiés au comte de Southampton.

Shakespeare employé comme acteur, régisseur et retoucheur d'anciennes pièces.

Succès grandissant. — Allusion de Robert Greene, en 1592, dans son pamphlet Un sou d'Esprit (Groatsworth of wit) à « un Johannes factotum qui se croit l'unique Shake-scène du pays ».

En 1598, le critique Francis Mères, dans son Pcdladis Tamia, fait l'éloge de ShaJvespeare, et donne la liste de ses œuvres, comprenant six tragédies, six comédies, les Poèmes et les Sonnets.

Prospérité croissante. En 1507, Shakespeare achète New Place, la pkis helle maison de Stratford. En 1599 il devient actionnaire du Globe et acquiert des terres à Stratford.

Mort de son père en 1601. Mariage de sa fille Susanna avecle Docteur Hall, de Stratford, 1607. Naissance de sa petite-fille Elisabeth (i)lus tard Lady Barnard), 1608. — Mort de sa mère, 1608.

Retour à Stratford en 1611. Mariage de sa fille Judith, 1616.

Testament, le 25 mars. Mort, le 23 avril 1616.

La question des Sonnets. — Ces Sonnets passionnés adressés à un jeune homme, sans doute au comte de Southamj)ton, à partir de 1594 (Mères mentionne des « sonnets sucrés » « sugred sonnets among his pinvate friends»), sont regardés par beaucoup d'auteurs comme une confession personnelle, drame autobiographique d"une amitié que trouble une rivalit j d'amour. Mais M. Sidney Lee a selon nous démontré que les expressions et les sentiments sont en partie conventionnels et se retrouvent dans des milliers de sonnets de Tépoque.

Paradoxe baconien. — Le contraste entre la simplicité de la condition de Shakespeare et l'uni versalilé de connaissances attestée par ses drames a fait naître l'hypothèse qu'il n'aurait point écrit ces drames, mais aurait prêté son nom à François Bacon, chancelier d'Angleterre, auteur du Novii/n Orrjnnon, un des fondateurs de la science moderne.

Ce paradoxe né en Amérique vers 1850, répandu en Allemagne et en Angleterre {Bacon Society, 1885) ne mérite i)as une discussion sérieuse.

Manière de travailler de Shakespeare. — Shakespeare travaillait vite mais remaniait ses œuvres, d'année en année, lorsqu'on les remettait sur la scène (d'où les divergences entre les textes).

Shakespeare n'a pas créé les sujets de ses pièces, sauf pour Peines.d'amour perdues et peut-être la Tempête.

Les progrès du génie de Shakespeare sont parallèles aux progrès de sa versificalioii. (Importance de ce fait pour la chronologie de l'œuvre.)

Editions de ses œuvres. — Shakespeare n'a publié aucune de ses o'uvres sauf les Poèmes Vénus (1593), Lucrèce (1594).

Une moitié de ses pièces fut imprimée subrepticement dans de médiocres éditions in-(inarto, d'après des notes sténographiées à la rej résentation, ou d'après des copies destinées aux acteurs.

L'autre moitié ne vit l^' jour que dans Vcdition in- folio de 1623 publiée après la mort de Shakespeare par ses camarades Heming et Condell, avec un portrait par Droeshout et un sonnet dédicatoire de Ben Jonson.

L'Œuvre.

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