II. — Jeunesse et Optimisme
* Epanouissement du Génie dramatique.
Tragédie Romanesque :
Roméo et Juliette.
Probablement écrit vers 1592, remanié dans la suite.
Sujet raconté dans plusieurs nouvelles italiennes, traduites en France et en Angleterre. La source de Shakespeare est un poème d'Arthur Brooke (1562) d'après la nouvelle française de Boisteau, traduite de Bandello (1554).
Tragédie de l'Amour. — Scènes du bal (I, se. 5), du Iialcon (II, se. 2), de la chambre nuptiale (III, se. 5). — Passion; précipitation du drame.
Caractère :Le Frère Laurent, philosoiihe bienveillant (II, sel), le spirituel Mercutio (I, se. 4), la Nourrice (I, se. 3).
Style inégal : Euphuisme, ConcetU (I, se. 3, 81-92; II, se. 2, début); grossièretés (I, se. \).
Levers blanc n'a pas encore supplanté la rime.
Drames historiques.
Drames écrits par Shakespeare dans le style de Marlowe.
Richard III (1593?)
Continue Henri VI, 3" partie.
Sujet : Vie de Richard III, meurtre des Enfants d'Edouard, avènement de Henri VII, premier Tudor.
Le style est marlo\ves((uc. L'intérêt se concentre sur un caractère uni([uc, le roi Rif-hard, monstre de perversité, de laideur et d'énergie (Cf. le monologue I, se. 1); — la mort sur le champ de bataille (« Myliorse !.. My Kingdom for a liorse ! »).
Richard II (vers 1594).
Reprend Thistoire nationale un siècle plus tard que Richard III.
Sujet : Le renversement de Richard II par son cousin Bolingbroke, futur Henri IV.
La composition imite Y Edouard II de Marlowe. Le style est déjà plus personnel. — Patriotisme (Eloge de l'Angleterre par Jean de Gand, fils d"Edouard 111 (I, se. I).
Émancipation du Style : <* Jean sans Terre ».
Jean-sans-Terre (King John). 1594 ou 95.
Source : Une pièce antérieure que Shakespeare transforme entièrement.
Ce drame reprend Ihistoire d'Angleterre deux siècles plus haut que Richard II.
Caractères : Le Roi Jean, bas et cruel ; le jeune Arthur de Bretagne qu'il a dépouillé; Constance, mère d'Arthur, type de passion maternelle. [Faulconbridge, incarne la bravoure et le patriotisme anglais. — Scène touchante où Arthur apprend Tordre donné contre lui (IV, se. 1).
Mélange de la Comédie et de l'Histoire. La trilogie Henri IV-Henri V.
Henri IV, en deux Parties. — 1597, au plus tard.
Inscrit au «Stationer'sRcgister» en 1597-98 avec la mention du nom de Falstaff : or on sait que ce personnage s'appela d'aiiord Oldcastle.
Suite au .sujet de Richard III, d'après Holinshcd et une pièce ancienne.
Caractères : Henri IV. l'ar.ient Hotspur, Prince Hal et l'incomparable Falstaff.
Henri V. 1599.
Date : Allusion à l'expédition d"Essex en Irlande (Avril 1599) (chœuf de l'Acte V); allusion à « this wooden O », c'est-à-dire au théâtre du Globe, conslruit en 1599 (Prologue).
Sujet : La guerre contre la France et la victoire d'Agincourt. Le héros de la pièce est Henri V, le roi idéal. — Mort de Falstaff. Autres comiques : l'hiandais Mac Morris, le vantard Pistol, le Gallois Fluellen. — Prologue ; scènes de la veillée d'Agincourt.
Dialogues en français, intéressants au jioint de vue des connaissances linguisti([ues de Shakespeare.
Henri VIII.
Pièce de beaucoup postérieure. C'est un fragment comme the TwoNoè/eA'/nsAuen, écrit vers 1G13 en collaboration a vecFletcher. La scène 2, acte III, semble être du Shakespeare imitant le style de Fletcher. — Le jilus beau caractère est Catherine d'Aragon (11,4; IV, 2).
Cette pièce termine le cycle des « Historiés » qui comprend neuf drames emlirassant la série continue des rois d'Angleterre (à l'exception du règne de Henri VII), depuis Richard H jusqu'à Henri VIII (1377 à 1547), — plus le règne antérieur de Jean-sans- Terre (1199-121G). — La source de ces drames est la Chronique de l'Histoire d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande par Holinshed( 1577).
Comédies.
Le Marchand de Venise.
Mentionné par Mores en 1598. Probalilement conq^osé vers 159G, un peu après Jcan-sans-Tcrre.
L'inlrigue est double : le mariage de Portia ; histoire d'Antonio et de Shvloek.
Sources. — L'épisode des coffrets de Portia se trouve dans la Gcsta Romanorum (célèbre recueil médiéval'}.
L'épisode de la livre de chair réclamée par Shylock se trouve dans // Pecovone (1378), et aussi dans la Gesta.
Une pièce antérieure sur le même sujet nous est renseignée par des allusions contemporaines.
Cette comédie touche au drame par l'ampleur du style et le relief des caractères.
Personnages. — Portia parmi les femmes de Shakespeare se distingue par l'intelligence et la vaillance unies aux vertus féminines. — Contraste avec l'usurier Shylock ; caractère profondément humain du Juif de Shakespeare tandis que celui de ^Nlarlo\ve (the Jew of Malta) est une caricature. — L'antisémitisme à Londres en 1.594 : l'empoisonneur Roderigo Lopez.
Les amours de Lorenzo et de Jessica (fille du Juif) font pendant aux amours plus graves de Portia et Bassanio.
Comédies-Farces.
La Mégère domptée (The Taming of the Shrew').
Date probable, 1597. — La pièce est fondée sur une comédie antérieure^ The Taming of a Shreic, lb9i. Autres sources: les Suppositi de l'Arioste, sans doute par l'intermédiaire de The Supposes, de G. Gascoigne.
Donnée de la pièce : Catherine, jeune femme acariâtre, est épousée par Petrucchio qui la remet à la raison.
Allusions à des personnages de Stratford('l'étameur Sly, etc.). Allusion à la femme de Shakespeare (?'?).
Les Joyeuses Commères de "Windsor The Merry "W^ives of "Windsor).
Ecrit sans doute après Henri IV, dont l'épilogue annonce une suite à l'histoire de Falstaff. La pièce aurait été composée sur le vœu de la Reine, qui désirait « voir Falstaiïamoureu.x ».
Sujet : Les amours grotesques de Falstaff pour M''* Ford et M" Page, bourgeoises de Windsor.
Sources : Nouvelles italiennes, dans les Nuits de Straparole et le Pecorone.
Comédies humoristiques et lyriques.
Beaucoup de Bruit pour Rien (Much Ado about Notiiing).
Inscrit au « Stationer's Register» en Août 1600; pas mentionné par Mères en 1598 : date probable, 1599.
S uj et àonhlo,: L'histoire amusante de Bénédick etde Béatrice, qui s'aiment en se faisant une guerre d'esprit ; l'histoire pathétique de Héro séparée par la calomnie de son amant Claudio.
Sources. — I/histoire de Héro et Léandre est d'origine italienne(comp.l'é{)isoded'AriodanteetdeGinèvredansrArioste). Les personnages de Bénédick, Béatrice et les types comiques des constaljles Dogberry et Verges sont dûs à Shakesjieare.
Comme il vous plaira (As you like it).
Pièce enregistrée avec la précédente en 1600. Une citation (III, se. 5, 82) du Héro et Lcandre de Marlowe (1598) permet de fixer la date à 1599.
Sujet. — Dans la Forêt d'Ardenne se trouvent réunis un vieux Duc chassé de ses états; sa fille Célia ; Rosalinde, amie de Célia, fille du ducusurpateur, déguisée en page;Orlando, jeune seigneur, qui devient amoureux de Rosalinde ; Jacques, le Misanthrope ; des bergers, des~paysannes, etc.
Comédie pastorale, sensation de plein air (paroles du vieux Duc sur les arbres de la forêt, II, se. 1).
Source: Rosali/nde, roman par Lodge(1590). Shakespeare a créé la paysanne Audrey, le bouffon Touchstone; Jacques, rêveur mélancolique avec une pointe de cynisme (voir les tirades com-
mençant par : « Un fou I un fou 1 » et : « le monde entier est un théâtre », II, se. 7).
La Nuit des Rois (Twelfth Night).
Joué au « Middle Temple» en 1601 ou 1602. Certaines allusions font croire que la pièce parut en 1600, sans doute à Toccasion de la « Nuit des Rois ».
L'intrigue repose sur la ressemblance de deux jumaux, Sébastien et sa sœur Viola. Viola déguisée en garr-on devient page du duc Orsino qui l'envoie plaider sa cause auprès d'Olivia ; Olivia s'éprend du page; tout s'arrange par la substitution de Sébastien à Viola.
Source: L'histoire « d'Apollonius et de Silla»par Riche d'après Bandello ou d'après une adaptation française de Belleforest. — Shakespeare a créé le majordome comi(jue Malvolio.
Troisième Période.
Maturité et Pessimisme.
11 est possible (jue Sliakespuarc subisse le conti'e-coup des événements qui assonibrissentles dernières années du règne d'Elisabeth, morte en 1603. Les protecteurs du poète sont persécutés : Essex périt sur l'échaffaud ; Southampton est envoyé à la Tour ; Pembroke, banni.
Les Chefs-d'Œuvres tragiques.
Hamlet.
Les trois textes :
1° Premier in-4",de 1603, mentionnant que la pièce a été «représentée plusieurs fois à Londres ainsi qu'aux deux universités d'Oxford et de Cambridge et ailleurs ». Probablement une reproduction imparfaite de la première ébauche du drame par Shakespeare.
2° Deuxième in-4o, de 1604, représentant la version définitive, mais encore d'une façon imparfaite, d'après une copie d'acteurs abrégée pour la scène.
3° Premier in-folio, de 1623, contenant des passages nouveaux, tandis que d'autres, appartenant aux in 4°, manquent.
Sources. — L'histoire d'Hamlet se trouve dans VHisloria Danica de Saxo Grammaticus t.vers 1200) et forme l'une des //fs^otVes ^ra^-îÇîies de Belleforest (1559). J»* t*
Un drame pré-shakespearien sur Hamlet nous est re»seigné par des allusions de Nash dans sa préface à Ménaphon, roman de Greene (1589 ou 1587). Peut être est-ce un drame de Kyd : ressemblance de sujet entre Hamlet et Jeronimo et the Spanish Tragedy de Kyd.
Caractères : Antinomie de la réflexion et de la volonté chez Hamlet. Fascination de ce caractère sur notre siècle : la critique d'Hamlet depuis Goethe {Wilhem Meisters Lehrjahre, IV, XII) jusqu'aux ouvrages récents de Loening (1803), Kuno Fischer (1896), Dôring (1808).
Autres caractères : Ophélie (I, 3. II, 1, III, 1, IV, 5, 7) ; Polonius, type de médiocrité satisfaite ; Horatio, Laertes, le Roi, la Reine. — Elément surnaturel : le Spectre au premier acte.
Allusions au théâtre contemporain II, 2, 349-389. — Etendue de a pièce (la plus longue de Shakespeare, 3,900 vers).
Othello.
Joué en 1609 à Whitehall devant Jacques I^r et sa cour. Edition in-4° de 1622 (seul in-4o postérieur à la mort de Shakespeare).
Source : Une nouvelle de Hecatonimithi de Cinthio (1565). Shakespeare la développe en ce sens qu'Othello après le meurtre découvre qu'il a été dupé par lago.
Caractères : Othello, âme simple et nohle au fonds un peu barbare. Desdémone, tendre et soumise.
Macbeth.
La pièce est décrite par l'astrologue Forman qui l'a vue en 1610. Elle pu être écrite en 1605 ou 1606. La donnée de la pièce est conforme à l'avènement récent d'un roi écossais au trône d'Angleterre. La vision par Macbeth de rois portant « le double globe et le triple sceptre » (IV, se. 1,20) concerne Jacques I^"". L'épisode des sorcières reflète les procès de sorcellerie fréquents sous son règne.
Source : la Chronique d'Ecosse de Holinshed.
Caractères : Macbeth, ambitieux mais irrésolu, n'ayant pas le courage de son crime; Lady Macbeth, énergique, accepte le crime avec ses conséquences. Banque, le personnage sympathique, soldat loyal qui résiste â la tentation. — Mélange du comique et du tragique : rôle du Portier (II, se. 3).
Rapidité de l'action: une des plus courtes œuvres du poète.
Le Roi Lear.
Le « Stationer's Register » mentionne que la pièce fut jouée devant la Cour, à Whitehall, au mois de Décembre 1606.
Source : Holinslied et un drame antérieur. Le sujet est raconté aussi dans the Faëric Queene (II, X, 27-32) où parait le nom de Cordélia.
C'est le drame de l'ingratitude filiale (Regan, Goneril) et du dévouement filial méconnu (Cordélia). Lear, vieux Titan gâté par le pouvoir, devient, sous l'affront de ses filles, l'une des plus tragi([ues ligures do Shakespeare. Scène de la bruyère (IV, se. 6).
Tragédies Romaines.
Jules César.
Allusion aux d'scours de Rrutus et d'Antoine dans le Miroir des Martyrs de Wcever, 1601. La jiièce est probablement de cette année, comme Hamlet.
Unité et gravité du drame. Stoïcisme de Brulus et de Portia. Les hésitations de Brulus ressemblent à celles d'Hamlet. Shakespeare rabaisse le caractère de César,, ((u'il présente comme un homme décrépit.
Source : Plutanpie traduit par Nortli ( 1571>).
Antoine et Cléopàtre.
D'un style très différent de Jules Ct^srtr, et probablement de plusieurs années postérieur. Enregisté en 1608.
Source: le Plutarque de Xorth (pie Shakespeare suit très librement à partir de l'acte 1"V.
Caractrres : Antoine devieni dans la ]nôoe un soldat emporté, victime de sa passion etde sa faildesse. Cléopàtre estwlacourtisane. royale. adoratrice de la fortune et du succès, (jui est cajiable
pourtant de trouver dans le plaisir quelque chose qui ressemble à l"amour et, quand tout est perdu, sait périr en reine ».
Style superbe d'ampleur et d'éclat. La pièce est la plus longue de toutes après Hamlet.
Corioian.
Date probable d'après le style et la versification, 1609.
Source : Plutarque de North: le discours de Corioian (IV, se. 5, 71, etc.) en est traduit littéralement.
Caractères : Corioian, noble nature gâtée par l'orgueil ; l'ardente'Volumnia (sa mère) ; la tendre Virgilia.
Comédies tristes ou amères.
Tout est bien qui finit bien (All's well that ends well).
Sans doute le remaniement d'une comédie de Shaivespeare, mentionnée par Mères dans sa liste de 1598, sous le titre Love's Labour' s won qui faisait pendant à Love's Labour' s lost.
Source : le Décaméron (3" journée, 9'^ nouvelle) imité par Paynter dans son Palace of Pleasure (1566).
Sujet : les efforts d'Hélène, pour conquérir l'amour de Bertram.
Caractères : Hélène, aimante et vaillante ; la Comtesse, charmant type de femme d'âge, ajouté par Shakespeare ainsi que les grotesques Parolles, Lafeu, etc.
Mesure pour Mesure i Measure for Measure).
Date probable, 1604 (l'année d'Othello).
Source : Cinthio, traduit par Wlietstone.
Sujet : le crime tenté par un homme que chacun respecte. Angelo, gouverneur de Vienne en l'absence du duc régnant, condamne Claudio pour inconduite. Isabelle, sœur de Claudio,
implore la grâce de son frère. Angelo essaie de la séduire, mais ses manœuvres sont dévoilées par le retour du Duc.
L'idée de la pièce est la corruption inhérente à la nature humaine. Paroles du Duc sur le néant de la vie (111, se. 1), — de Claudio sur la peur de la mort (ibid.).
Le seul caractère pur est Isahelle: éloquence de ses plaidoyers en faveur de la clémence (II, se. 2) et de l'honnêteté (111, se. 1).
Pièces grecques : Drames de la Désillusion.
Troïlus et Cressida.
Date incertaine. La pièce est mentionnée dès 1603, mais la première édition in-4o (1608) la décrit comme une œuvre nouvelle. Peut-être fut-elle dans l'intervalle remaniée.
Ouvrage inégal, hâtif. La guerre de Troie, traitée en parodie.
Sujet : Amour du jeune et naïf Troïlus, frère d'Hector, pour une femme frivole et fausse, — Cressida.
Source : Troïlus and Cresseide de Chaucer; un poème de Lydgate sur la guerre de Troie, etc.
Timon d'Athènes (1607 ?).
Pas entièrement par Shakespeare. Une partie des actes IV et V sont d'un écrivain de deuxième ordre, G. Wilkins.
Cette pièce marque le terme extrême du pessimisme de Shakespeare.
Timon, l'homme le plus riche et le plus généreux d'Athènes, se ruine ; il éprouve Tingratitude humaine, se retire dans les bois, tombe dans la misanthropie, se répand en sarcasmes et en imprécations.
Source. L'histoire de Timon se trouve dans le Palace of Pleasurc de Paynter, dans Plutar(|ue, etc.
Quatrième Période (1608-1613).
Repos et Rêverie.
Fantaisies dramatiques et lyriques.
Shakespeare quitte le drame pour revenir à la jioésie pure. Ces dernières œuvres d"ébouissante rêverie donnent à la fin de sa carrière la splendeur d'un soleil couchant.
Périclès.
Sans doute écrit en 1G07, après Timon, avec la même collaboration. A Shakespeare n'ai)partiennent que les actes III, IV en partie (descriiition du naufrage, IV, se. 1) et V.
Sujet : Voyages et aventures de Périclès, prince de Tyr ; il retrouve sa fille Marina, n''e pendant le naufrage et qu'il croyait perdue.
L'histoire de Périclès avait été racontée notamment dans la Confessio Aniantis de Gower (xiv-^ s.)
Cymbeline.
L'astrologue Forman a vu la pièce en 1G!0 ou IGll.
Sujet : Les malheurs d'Imogène, fille du roi de Bretagne Cymbeline. Imogène épouse Posthumus contre le gré du Roi. Posthumus, trompé par le perfide Jachirno, la soupçonne d'infidélité. Imogène, déguisée en homme, s'enfuit et retrouve ses deux frères disparus de[)uis leur enfance et élevé dans une grotte par Bélarius. Réconciliation finale des époux.
Sources: Shakespeare comliine mi [lossage de Holinshed sur Cymbeline avec un épisode du Déeaniéron (2*^ journée, 1)« nouvelle) oij le sort de Ginevra ressemble à celui d'Imogène. La reconnaissa'ice des deux frères et de la sœur est un épisode 'nédit.
Caractères • Iinogèiie, l'une des }ilus exquises femmes de Sliakespeare. Jacliimo, traître dans le genre de Jago.
Beauté des passages lyriques (IV, se. 2, 258, etc.). Un Conte d'Hiver (A Winter's Taie).
Forman a vu la pièce au Globe en Mai Kill. Source : Pandoslo, roman par Greene, 1588.
Sujet : Léontès, roi de Sicile accuse à tort son épouse Hermione et la répudie avec son enfant nouveau-né. Il découvre plus tard son erreur, retrouve sa fille élevée en Bohême sous le nom de Perdita et sa femme Hermione qui lui pardonne. — Beauté du caractère d'Hermione. Fraîcheur idyllique des scènes d"amour entre Perdita et Florizel (Acte IVj.
La Tempête. Vers 1611.
Une féerie comme le Sonore d'une Xuit d'Eté, mais ici Timagination se hausse au sublime.
Prospère, duc de Milan, chassé par son frère, habite une île déserte avec sa fille Miranda. Il se livre à la magie^ pénètre les secrets de la nature, attire les esprits éthérés comme Ariel, asservit les esprits grossiers (Caliban). Une tempête fait échouer dans l'île ses ennemis, le Roi de Najiles et l'usurpateur de Milan. Ferdinand, fils du Roi, tombe amoureux de Miranda (III, se. 1). Prospère le met à Tépreuve, consent au mariage, confond ses ennemis et dit adieu à lart magique en même temps qu'il reprend sa royauté terrestre (V. se. 1).
Source : Le plan général de la pièce semble dû à Shakespeare.
Les détails montrent des réminiscences du récit, paru en 1610, d'une tempête qui avait jeté une flotte anglaise aux îles Berrnudes en 1609 (« the still vexed Bermoothes, I, I, 229). Imitation de M( ntaigne, traduit par Florio en 1603, dans la description d'une république idéale (II, I, 147, etc.).
Les adieux de Prospère à la magie considéré comme le symbole des adieux de Shakespeare à l'art dramatique.
Réputation de Shakespeare.
La renommée de Shakespeare, considérable de son vivant et après sa mort jusqu'en 1642, fut éclipsée par le triomphe du Puritanisme (jui ferma les théâtres (de 1642 à 1659) et par la Restauration i[ui mit à la mode le goût français. Toutefois Davenant, directeur de Covent Garden, maintient ses pièces au répertoire, sauf à les mutiler. Dryden déclare admirer Shakespeare.
Au xviiio siècle, Tacteur Garrick interprète ses principaux rôles. Ses œuvres sont éditées par Rowe (1709), Pope (1725), Theobald (1733), D"" Johnson (1765), Steevens, Malone (Edition Varlorum, terminée en 1821).
C'est l'Allemagne qui a le plus fait pour la gloire de Shakespeare. Ses œuvres (dont plusieurs furent jouées à Dresde avant 1626) se sont naturalisées sur la scène allemande.
Lessing,Gœthe,Schlegel et Tieck fondent la critique esthétique de Shakespeare. Les romantiques voient en lui le représentant par excellence de l'âme germanique. — Ulrici, Gervinus ont abusé de l'interprétation philosophique. — Delius excelle dans la critique du texte et des sources. — Deutsche Shakespeare Geselschaft fondée en 1877. — Réaction contre la « Shakespearomanie » : Rùmelin, Benedix.
L'Angleterre a suivi TAUemagneau commencement du xix'^ siècle. Coleridge, Charles Lamb et Hazlitt ont renouvelé la critique esthétique. — Collier (compromis par ses falsifications de documents), Fleay et surtout Haliwell-Philipps [Ouillncs of the Life of Shakespeare. tëS~, 1000 p.) ont exploré la Vie du poète. — Shakespeare Society 1841-1853 (Collier). — Netv Shakespeare Society (Furnivall) depuis 1874.
La France ignore Sliakespeare pendant tout le xviif siècle, (sauf les emprunts de Cyrano de Bergerac ; une allusion de Saint- Evremond).
Voltaire l'étudié en Angleterre , le traite de t'ou, de barbare {Lettres philosophiques, 1731 ; deux Lettres à l'Académie, 177G). Premières traductions par Ducis {Hanilet, 1769) et Le Tourneur.
Guizot, Barante et Villemain dissipent au xix" siècle les préjugés répandus par Voltaire. — Éloge dithyrambique de Victor Hugo : Shakespeare, 1864).