Le Théâtre de Tristan l'Hermite
Au théâtre, le succès justifie tout. Celui, très vif, qu'a, jeudi dernier, obtenu La Mort de Sénrque, me pourrait donc dispenser <le vous dire pourquoi la très originale, très vivante et quasishakespearienne tragédie de Tristan L'Hermite figure, cette année, au programme de cesmatinées-conférences. Mais la vérité est qu'elle y avait été inscrite surtout pour faire avec Britannicus un pendant et un contraste.
La puissance de Thabilude est telle que, d'instinct, nos yeux se représentent les siècles passés à peu près comme celui dans lequel nous vivons nous-mêmes. Une de nos grandes bibliothèques conserve un manuscrit de Térence orné de merveilleuses miniatures ; eh ! bien, les bons imagiers y ont peint naïvement les personnages avec les physionomies et sous les costumes de leurs voisins etde leurs amis, si bien que nous voyons en face du texte latin, dans ces scènes pleines de vérité et d'esprit, s'agiter des bourgeois et des gens du peuple de Paris au xv^ siècle. Si vous feuilletez nos premières Bibles, vous y verrez le roi David et le roi Salomon toujours représentés dans le pompeux appareil où nos rois tenaient cour plénière, lacouronne d'or au front, cela même lorsqu'ils sont au lit et dorment, bien qu'il n'y ait pour dormir qu'une couronne commode et pratique, celle en coton, avec une mèche sur le côté, dont la Jeanneton de Déranger acoiflfé le joyeux roi d'Yvelot. El même dans les temps modernes, où l'on se pique pourtant d'observer avec une fidélité plus scrupuleuse la couleur historique, y a-t-il manières plus différentes de se figurer les personnages homériques que celle d'Ingres, au commencement, et celle de M. Rochegrosse, à la fin du xix^ siècle ? Lorsque, dans un musée, vous êtes en face d'un tableau d'histoire romaine (car les voleurs ont tout de même laissé quelques tableaux dans nos musées), ne reconnaissez-Vitus pas aussitôt et du premier coup d'œil s'il a été