‹ Le theatre de VoltaireChapitre 126 sur 161 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

La tragédie - drame de Tancrède exprime, comme Zu'ire. un certain idéal de L'imagination train éprise du ohevaleres nie, c'est-à-dire de l'honneur et de l'amour, du romanesque galant et guerrier, mêlé de conspirations politiques dan- le goût de la Fronde et du cardinal de Retz. La pièce a de nombreux défauts, mais elle émeut et elle séduit. Quand on s'aperçoit du prestige, le tour est t'ait l.

Commencée en 1759, elle fut représentée en 1760, l'année môme de P Ecossaise - et de Candide. Mais,

1. a Tancrède ne sera peul-être pas compté parmi tes meilleures tragédies de Voltaire; mais, bien joué, il fera toujours un grand effet au théâtre. » Grimm , Correspondance litt raire, 1er octobre 1760.

2. Six semaines seulement après cette pièce. — Imaginez la tête toujours en l'eu qui produisait tout cela à la lois, Candide, l'Ecossaise, Tancrède, le Dictionnaire philosophique .

tandis que l'Écossaise et Candide sont d'une ironie cruelle et amère, Tancrède ne respire que l'héroïsme : l'air en est salutaire et chaud ; on y sent comme des bouffées du Cid. On est en pleine chevalerie; et de plus en république.

« Cette pièce est toute d'invention, et l'auteur a choisi son héros dans la famille des Hauteville, paladins de .Normandie, qui allèrent au xie siècle s'établir en Sicile. La scène est à Syracuse, qu'on suppose être gouvernée par un certain nombre de chevaliers, en forme de république, tandis que le reste de la Sicile est sous le pouvoir des empereurs d'Orient et des Maures1. »

Les Syracusains, après de longues discordes civiles, estiment enfin qu'il y va du salut de leur pays de se réconcilier et de s'unir entre eux, d'un côté contre les Maures envahisseurs et conquérants depui- deux siècles, d'autre part contre les gentilshommes normands -français qui commencent aussi à prendre pied en Sicile. Tancrède est un de ces Français.

Il est devenu Syracusain. A la suite de luttes politiques, on l'a proscrit : ses biens sont confisqués, et dévolus à un de ses ennemis. Il s'est réfugié a Byzance, et, pour occuper ses loisirs, s'est mis au service des empereurs grecs . Il a conquis pour eux une province ; tel a été le passe-temps de son exil .

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