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Mylord, vos livres font foi que vous avez cent huit mille talents d'or, deux millions vingt-quatre mille talents d'argent, et dix milles drachmes d'or : ce qui fait au juste, au plus bas prix du change, un milliard trois cent vingt millions cinquante mille livres sterling.
Imités ou non de l'anglais, ce bariolage bizarre et ce pastiche plus ou moins historiques font penser à un roi de féerie plus qu'à un roi de la Bible .
Il y a aussi parmi les personnages « la Pythonisse d'Endor , fameuse sorcière en Israël » , dit le texte, — qui, à la fin du second acte, « arrive avec un balai entre les jambes », pour évoquer l'Ombre de Samuel .
Tout cela n'esl pas pour donner beaucoup de se-
rieux à la thèse ou aux thèses contenues en ce drame hybride, — car il y en a deux, l'une dans l'autre. Au premier ai si celle de la domina-
tion des prêtres sur li - rois. Le roi Saiïl est détrôné par le prophète Samuel el ses prêtres. La thèse générale, dans le drame entier, c'est la cruauté juive, mise en lumière d'après la Bible, avec une ironie froide el sarcastique : les textes à l'appui de chaque fail sont indiqués au bas des pages, et, dans les premières éditions, et aienl cités in extenso.
Au deuxième acte, Samuel meurt d'apoplexie. Saûl esl tué entre le deuxième el le troisième. — Ce sonl seulemenl des tableaux ou |>lutôt desesqu de mœurs, destinées à justifier les thèses. L'auteur êvidemmenl n'a pu songer à faire jouer cette espèce de pièce, qui n'est pas cependanl sans analogie avec quelques-unes de celles que Shakspeare déc »upail ïi la hâte dans les chroniques ; mais cette œuvre de polémique fut imprimée, el aussitôt mise à l'Index par la Sacrée Congrégati le Rome .
Remarquons, quant à l'objet général de notre étude . que le lieu de la scène change à chaque acte Une QOte dil à ce propos : « On n'a pas observé. dans cette espèce de tragi-comédie, l'unité d'action, de lieu, et de temps. On a cru, avec l'illustre La Motte, devoir se soustraire a ces règles. Tout se passe dans l'intervalle uV deux ou trois générations,
pour rendre l'action plus tragique par le nombre des morts , selon l'esprit juif ; tandis que parmi nous l'unité de temps ne poil s'étendre qu'à vingtquatre heures, et l'unité de lieu, que dans l'enceinte d'un palais. »
Voilà la justification de ce que noue avons dit précédemment : quand le porte philosophe avoue el signe ses pièces el ses préfaces . il défend contre La Motte les trois unités ; au contraire, il n'hésite pas à se mettre contre elles « avec l'illustre La Motte» lorsque, masqué d'un pseudonyme, il élude la responsabilité.
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La plupart des pièces de cette dernière période, 1759 à 1 7 7 <S , -ont improvisées en quelques jours, sous le coup de la passion politique du moment. Très peu d'entre elles arrivent à être représentées; et, le ca- échéant, elles ne le son! que trois ou quatre t lis, ou moins encore. Ce »onl des manifestes dialogues. On peut suivre, de l'un à l'autre, les divers degrés d'acuité de la lutte entre les philosophes et leurs adversaires. Dans presque toutes, figurent des hiérophantes, personnifiant le fanatisme. En 1762, Voltaire est encore assez doux à leur égard : son humanité n'a pas encore été bouleversée par les assas-
sinats juridiques de Calas et de La Barre: aussi se ate-t-il de les prier de vouloir bien rester dans le sanctuaire 1. En 1764 encore, dans Olympie, i extrêmement faible, sans vérité, sans couleur, l'hiérophante s'exprime ainsi :
He préservent les Cieux de passer les limites Que mon culte paisible à mon zèle a prescrit Les intrigues des cours. les i ris des factions, D humains que je fais les tristes passions,
ut point encor troublé nos retraites obscures. Au hieu que nous servons nous levons des mains pures. Les débats des grands rois prompts à se diviser Ne sont connus de nous que pour les apaiser, Et nous ignorerions leurs grandeurs passagères, Sans le fatal besoin qu'ils ont de nos prières1.
Olympie l'ut jouée d'abord à Ferney, ensuite sur le théâtre de l'Électeui palatin. Voltaire, âgéde soixanteneui ans, avait comp< ril cette pièce en -ix
jours . à ce qu'il dit ; et cela n'a rien d'impossibli- . — « C'est l'ouvrage de six jours, 9 écrit-il à D'AJembert. A cetteallusion biblique; celui-ci répond avec une spirituelle franchise : L'auteur n'aurait pas dû se reposer le septième jour. 0 — « Aussi il repenti de son ouvrage », réplique l'auteur, et il lui renvoie la pièce, avec un grand nombre de correctionc .
Elle fut traduite en italien, représentée à Venise et bien accueillie. A Tari-, elle eut plus de succès à la
1. Voir Paul Albert, xviii0 siècle. Paris, Hachette, 1874. 1. Acie 111 , scène n .
représentation qu'à la lecture, d'après le témoignage deGiïmm : - La tragédie, d'Olympie, dit -il, est la dernière % et la plus faible des pièces de M. de Voltaire. Tout le monde l'a jugée assez mauvaise à la lecture : mais elle vient de paraître avec beaucoup de Hier- sur la scène, où elle a été jouée pour la première fois le 17 du mois dernier2. Ce succès, auquel le respect qu'on doit à un grand homme et le faste du spectacle paraissent avoir la principale pari . ne rendra pas cette pièce meilleure aux yeux des gens de goût. Sils y voient un archevêque dans la personne de l'hiérophante, s'ils trouvent une abbesse dans la veuve d'Alexandre, et dans -a fille une jeune personne fraîchement sortir du couvent pour être mariée; si Cassandre leur parait jouer moins le rôle d'un héros sorti de l'école du grand Alexandre que celui d'un pénitent bleu ou blanc; si le rôle d'Antigone leur a paru encore plus plat : s'ils ont été choqués du duel de ces deux capitaines qui vident leur {querelle à la porte du temple avec les formalités et dans le même esprit avec lesquels deux capitaines du régiment de Champagne se couperaient la gorge; ce n'est point à la frivolité (\r notre siècle, qui aime à tourner tout en plaisanterie. que l'auteur est en droit de s'en prendre ; c'est qu'eu effet tout dans cette tragédie porte le caractère de nos mœurs, rien n'y rappelle aux mœurs et aux u>i-