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0 mort ! ô Destinée ! ô Dieu de la lumière, Créateur Lncrèé de la Nature entière , Ktre immense et parfait, seul Être de Bonté, As- tu fait les humains pour la calamité?...
rendant une vingtaine de vers encore, cette petite jardinière entremêle au dogme persan des deux principes Ormuz et Arimane les sentiments de l'auteur de l'Édil de Nantes, héros de la Henriade, el le Credo monothéiste de l'auteur du Dictionnaire philosophique. Enfin la pièce entière n'est « qu'un sermon sur la liberté de conscience * » . Excellente thèse , mauvaise tragédie.
Une autre, tout à fait analogue, les Lois de Minos, stigmatise les persécutions théocratiques, les sacrifices humains, « le temple homicide ». Au fond, c'est un appel à la Royauté contre les Parlements et la Sorbonne, qui brûlaient les livres des philosophes, en regrettant de ne plus pouvoir brûler les auteurs. Voltaire, pour avoir réfuté d'après Locke la théorie métaphysique des idées innées, avait vu, en 1734, ses Lettres philosophiques brûlées par la main du bourreau. On venait de brûler de même, en 17(î->, le Dictionnaire philosophique. Pareillement Y Emile de Rousseau , en 1 702 , avait été condamné au feu , et un décret de prise de corps lancé contre l'auteur, à qui le maréchal de Luxembourg procura les
1 . Léon Fontaine, le Théâtre et la Philosophie au xvnr siècle, — Paris, Baudry, 1879.
moyens de fuir. — Le fond de la pièce est donc un violent appel contre lr fanatisme. — Voici la fable qui l'enveloppe. Le roi de Crète, Teucer, arrache au grand prêtre Phares une jeune victime, qui se trouvera à la fin être sa propre fille. Le Parlement de Crète fail cause commune avec les prêtres pour soulever te peuple. Le Roi fait arrêter le chef du Parlement, tue le grand-prêtre, mel le feu au temple, et proclame abolies les abominables lois de Minos.
L'auteur parvint à faire jouer la pièce à Lyon,
mais non à Paris. Il la publia avec des notes nombreuses, sous le nom d'un jeune avocat qu'il appelait Duroncel,et la dédia au duc de Richelieu, pair et maréchal de France. < Il vous appartient, lui dit-il dans l'Épître dédicatoire, de protéger la véritable philosophie, également éloignée de l'irréligion etdu fanatisme, d
Ses tragédies de cette période , quand elles ne sont pas comme celle-là des batteries dressées contre tel ou tel corps d'ennemis, visant tel fait particulier , telle forteresse à attaquer et à détruire, sont à tout le moins des thèses morales , des prédications philosophiques.
li avait toujours pensé que le théâtre , quand il n'était pas une tribune , devait être une chaire. Dans un de ses jolis Contes en prose, un étranger qui visite Persépolis (c'est-à-dire Paris) entre dans un grand édifice qu'il prend pour un temple (c'est le Théâtre-Français), et, entendant les grands artistes qui déclara ut de hauts faits el gestes avec des sentences morales , il croil que ce sont et il les appelle c les prédicateurs de l'Empire ». Pour Voltaire ce n'est pas une plaisanterie; c'est, tout au plus, un paradoxe cachant une idée sérieuse. En effet, selon la belle parole de l'Évangile, « l'homme ne vit pas seul ment de pain ». \\ vit de pain et d'idées . Le iidani les phlS beaux sentiments, i>lus nobles et les plus avancées, met à la portée du plus grand nombre les qualités de l'élite. Partant de ce principe, le patriarche s'en va semant les vérités qu'il croit utiles, à l'aide de »ns inventées un peu vile, trop peu méditées et mûries.
Les Scythes, tragédie en cinq actes, faite en dixjours , n'offrent qu'un intérêt de curiosité. L'auteur, à la recherche du nouveau, oppose la vertu idéale des Scythes (lisez : Suisses) à la corruption des Persans (lisez : Parisiens). « Pour donner au public un peu de ce neuf qu'il demande toujours et que bientôt il sera impossible de trouver, un amateur du théâtre (dit-il en se visant lui-même) a été forcé de mettre