‹ Le theatre de VoltaireChapitre 155 sur 161 · Correspondance littéraire, 15 février · texte numérisé non relu

Correspondance littéraire, 15 février

triple masque, non pour Tari , mais pour la bataille, attendu que toutes les armes lui sont bonnes , pourvu qu'il porte des coups serrés .

Il y a tel de ses disciples , lancé en enfant perdu , qui va plus loin que lui et qui devance , en fait de réalisme romantique. Victor Hugo lui-même : Baculard d'Arnaud, dans le Comte de Comminges, représentait sur le théâtre les derniers moments d'un Trappiste, le lit de cendres sur lequel il gisait; puis, la fosse préparée, comme dans Hamlet ; on entendait la cloche tintant le glas funèbre , la prière pour les agonisants , le chant des morts . Ainsi , lorsque toutes ces choses ont été vues et entendues de notre temps dans Lucrèce Borgia , ce n'était pas la première fois que la scène française les renouvelait de Shakspeare. Quand Mercier en suite poussa encore plus loin l'audace, et promit de nii-ttre sur le théâtre la Salpètrière et Bicêtre, il fut le précurseur de l'Assommoir.

Assurément Voltaire, dans ses plus grands accès de hardiesse n'eût jamais prévu que les conséquences de ses innovations dussent se développer à ce point et en amener d'autres de cette sorte ; il n'en est pas moins vrai que lui et Diderot , l'un sans le vouloir, l'autre en le voulant, en furent les premiers promoteurs . Récemment 1 M . Victo -

1. Le 14 juillet 1885, anniversaire de la prise de la Bastille .

rien Sardou , inaugurant au nom de l'Académie française la statue du poète philosophe, disait : a En nous enseignant avec le drame shakspearion à ne plus nous renfermer dans l'admiration exclusive anciens, à nous affranchir d< « tyranniqi

à briser le moule étroit qui comprimait l'expansion de notre art national , en nous apprenant enfin à ne pas accepter son propre théâtre , il portait le premier coup à la tragédie classique , — cette Bastille ! — et préparait le triomphe du Romantisme , ce 89 de l'Art dramatique '. »

Si , en cherchant des voies nouvelles , il rel tait les anciennes, c'est que l'homme d'action , en lui , primait le poète , et que pour faire passer les témérités de l'un , la tactique lui eût conseil!» ne pas outrer celles de l'autre , quand même son tempérament l'y eût porté davantage .

Le vrai révolutionnaire , pour la littérature et l'art , c'est Diderot ; pour la littérature encore et pour les idées sociales , c'est Rousseau . A ces deux - là , incontestablement on change de voie ; il y a embranchement ; d'un côté sur le réalisme , de l'autre sur le romantisme .

C'est pourquoi , terminant ici la première partie de ce Cours , intitulée le Romantisme des Classiques, j'ouvrirai la seconde partie, les Origines du Romantisme français moderne , par un volume sur

Diderot et un autre sur Jean -Jacques Rousseau. Et, de ces deux grands hommes autant que de Voltaire, nous verrons descendre toute la littérature de notre siècle.

Se y^ipportani à la page So .

Voici quelques détails complémentaires sur la

translation dos restes de Voltaire au Panthéon, et sur le crime nocturne qui les en ôta. avec ceux de Rousseau, pour profaner et anéantir les uns et les autres :

Le corps de Voltaire , exhumé du cimetière de Scelliéres et rapporté à Paris, y arriva dans la nuit du H juillet 1791 . On le déposa provisoirement au centre de la nouvelle place de la Bastille .

Le lendemain . un cortège officiel alla faire la levée du corps , aux sons d'une musique funèbre. Un détachement de la garde nationale ouvrait la marche . Venait , ensuite , un bataillon d'enfants ; puis , une délégation des clubs , la corporation des Forts de la Halle , une troupe d'hommes à piques . du faubourg Saint - Antoine .

On voyait , après cela , porté par des citoyens ,

un plan en relief de la Bastille . D'autres hommes s'avançaient tenant des bustes et des médaillons , de Mirabeau , de Desilles , de Franklin , de J.-J. Rousseau , moulés avec du plâtre de la Bastille . La statue de Voltaire , œuvre de Houdon , était portée triomphalement, entourée d'artistes . Huit femmes vêtues de blanc escortaient une statue de la Liberté , suivie d'une édition des œuvres de Voltaire dans un coffre doré . Le char funéraire venait enfin , traîné par douze chevaux blancs , et orné de plusieurs inscriptions ; celles-ci entre autres :

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