‹ Le theatre de VoltaireChapitre 19 sur 161 · NE H · texte numérisé non relu

NE H

nt mort».

TIBiiRE

C'est assez.

Et la toile tombe. — Voltaii - ut-ètre

cette brièveté piquan1 ;t dans la

forme; la diffé •' dans le fond. Cette 1

chez Cyrano, exprime avec vérité l'impatience du

i cruel: dans ' Bratus de Voltaire . l'amour farouche de la liberté .

Une banale intrigue d'amour, mêlée à cette i r glacée de solennité , n'aide pas à la réchauffer. Mal- ; du Sénat en robes, c'est toujours le vieux moule français. Peut-être qu'autre chose n'était

■ncore possible alors . Villemain dit ingénieusement , ayant loué l'exposition élevée et bien nouée : « Mais . après ce grave début d'une pièce patriotique , fallait-il retomber dans les fadeurs romanesques tant blâmées par Voltaire . et rencontrer tout d'abord un épisode d'amour? Cet épi-ode est lié artistement à

la pièce : l'ambassadeur de Porsenna vient redemander la fille de Tarquin , restée dans Rome jomme captive et comme otage. Elle est aimée du fils de Brutus; elle devient le mauvais génie qui le force à conspirer. Tout cela est suivant la vérité du théâtre et n'a rien d'impossible en soi . Mais , je ne sais , Tite - Live offrait quelque chose de plus neuf et de plus vrai pour expliquer la conspiration des fils de Brutus : c'était le mécontentement et l'ennui que l'austérité d'une république naissante donnait à des jeunes gens alliés à la famille de Tarquin, accoutumes à vivre d'une façon royale et regrettant la liberté et le faste de leurs anciens plaisirs . Pour un peintre d'histoire et de nature comme Shakspeare , il y avait la, peut-être, le germe de grandes beautés 1. »

Sans doute c'est là un aperçu neuf et charmant , inspiré à un vif esprit par la lecture de Shakspeare et de "Walter Scott autant que de Tite-Live ; et peut-être Ponsard a-t-il profité 'de cette indication . 11 a, en tout cas, réalisé cette idée dans le Sexlus de sa Lucrèce. ; mais , supposé que Voltaire eût trouvé cela , la question est de savoir si le public de son temps l'eût goûté . Les esprits les plus avancés alors, les plus amis des nouveautés, ne se fussent guère prêtés à celle - là ; un Grimm , par exemple ,

1. Cours de Littérature française, tableau du xviii* siècle, lre partie, tome 1 . 9e leçon . — Paris , Didier, 1838 .

qui. tout ami et enthousiaste admirateur quil était de Diderot et de ses tentatives dramatiques dans le sens de la réalité prise sur nature, proscrivait cependant le mélange du pathétique et du familier, jusqu'à ce que les pièces de Sedaine l'eussenl converti . C'est à propos du drame de Socrate , où Voltaire, sous un double el triple masque, osera enfin hasarder d'être tout à fait romantique et réaliste, que Grimm protestera au nom de l'unité de ton , qu'il ajoutera encore de son autorité privée aux unités traditionnelles. Voilà les choses qu'il ne faut pas oublier, pour mesurer avec justesse les possibilités et les mérites «les innovations même tempérées.

La pièce de Brutus, telle quelle , n'eul que peu de succès d'abord. L'acteur principal étail insuffisant: Voltaire avait confié un peu inconsidérément le rôle de Brutus . ce Romain farouche , à un comédien nommé Sarrazin . excellent dans les rôles qui demandent de l'âme et de la sensibilité . mais peu capable de fermeté et de grandeur . Aux répétitions, la mollesse avec laquelle cet acteur disait son invocation au Dieu Mars , impatienta tellement l'auteur , qu'il l'interrompit brusquement: «Morbleu! monsieur, souvenez-vous doue que vous êtes Brutus , le plus ferme de tous les consuls de Rome , et qu'il ne faut point parler au Dieu .Mars comme si vous disiez : « Ah! bonne Vierge, faites -moi gagner un lot de » cent francs à la loterie . »

Cette tragédie , animée d'un souille républicain, ne

plut guère à une société aristocratique : Fréron la dénonça comme dangereuse pour la monarchie. A la reprise, en 1763, le succès au contraire fut très grand. Les idées avaient marché. Grimm pousse la louange jusqu'à l'enthousiasme : « Gela est aussi grand que Corneille quand il l'est véritablement, et aussi beau que Racine l. » — Disons, tout au plus, que c'est un assez bon pastiche de l'un et de l'autre.

Cependant M. Henri Blaze de Bury, qui n'est pas suspect, dit aussi : « Les autres pièces romaines de Voltaire se rattachent à la tradition pure et simple de Corneille et de Racine : le Triumvirat, Rome sauvée ou Catiiina, sont de pâles imitations de Cinna et de Britannicus, moins encore peut-être ; ces Romains paradent et déclament, on dirait qu'ils posent d'avance pour l'Enlèvement des Sabines et le Jiomulus de David ; — le Drutus fait meilleure figure : vous trouvez là une action, des personnages : Brutus est un Romain du vieux Corneille, Tullia une princesse de Racine. Comme la vague qu'un rapide coup de vent soulève au sein d'une mer implacablement tranquille, ainsi dans ce cœur héroïque de justicier le sentiment paternel se dresse un instant pour disparaître aussitôt devant l'idée de patrie. Titus amoureux, éperdu entre sa passion et ses devoirs envers la République et la liberté de son pays, soutient

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