‹ Le theatre de VoltaireChapitre 23 sur 161 · Ièrouée,ou Mérovée · texte numérisé non relu

Ièrouée,ou Mérovée

son imitati m en vers une traduction littéral* prose, or Fail à la copie, ajoute-t-ii , en

laveur de L'original. » — Ensuile il cite un ; deDryden. égalemeal avec éli .

Au reste, il critique le théâtre anglais en à l'exception de quelq a morceaux

: pareillement, Le théâtre espagnol; el tnêm c, du moins celui d'Euripide .

Api il fail l'éloge d'Addison, et traduit un

ige philosophique de son Caton. qui, au mo: de se relit le Phédon de PI. :

s'affermir dai d'une autre vie. L'au-

teur dee L< ndant a

tus son ensemble. Puis, il :

Shakspeare à la fin, pour dire que les |

• ds s brillant- s : el il conclul en ee> termes : Le génie poétique des Anglais ressemble jusqu'à présent à un arbre touffu plant la Nature, jetant au hasard mille rameaux et croisinégalement avec forée . Il meurt si vous voulez r la nature et le tailler en arbre des jardins de Mari y .

N'était-ce pas pourtant ce qu'il avait fait, élaguant sans le dire Othello en Orosmane , et Desdémone eu Zaïre?

Pour dépister encore le lecteur français, qui d'ailleurs Laissait guère Shakspeare, il fit ajouter, dès faune,- l":;x. un petit Avertissement ainsi conçu: « Ceux qui aiment l'histoire littéraire seront bien

aises de savoir commenl celte pièce fut faite. Plusieurs dames avaienl reproché à l'auteur qu'il n'y avait pas assez d'amour dans ses tragédies. Il leur répondit qu'il ne croyait pas que ce fût la véritable place de l'amour, mais que, puisqu'il leur fallait absolument des héros amoureux, il en ferait tout comme un autre. — La pièce fut achevée en vingtdeux jours; elle eut un grand succès. On l'appelle, i Paris, tragédie chrétienne, et on l'a jouée fort souvent à la place de Pohjeucto . >

Remarquez l'artifice de ces deux dernières lignes . il esl vrai que [ >l usieurs personnages de la pièce sont chrétiens el parlent avec une éloquence poétique qui a une certaine couleur chrétienne : mais de là à prétendre que Zaïre est une tragédie chrétienne, analogue à Polyeucte, il y a loin. Et, quant à la dernière assertion, d'ailleurs si ambiguë, allez donc la vérifier !

Quoi qu'il en soit, le succès de Zaïre fut immense. Cette Française d'Orient charma les Françaises de Paris ; par conséquent les Français avec elles ; — et les Anglais eux-mêmes, s'il en faut croire l'auteur dans l'anecdote que voici. En 1742, il fit ajouter au petit Avertissement ci-dessus les lignes suivantes: ■ Zaïre a fourni, depuis peu, un événement singulier à Londres. Un gentilhomme anglais, nommé M. Bond . passionné pour les spectacles, avait fait traduire celle pièce, et, avant de la donner au

théâtre public, il Ja lit jouer dans salle

des bâtiments d'York par ses amis. Il y représentai! Je rôle de Lusignan: il mourul sur 1«' théâtre, au momenl de la reconnaissance. — Les liens

l'ont jouée depuis . avec succès.

Prévost, dans sa revue littéraire, donne sur ce fail quelques détails curieux, qui ne conconlmt pas d< touspoints avec les lignes que qousvi aonsdeciter.du n loi n- avec la dernière. Voici commenl il s'exprime : a M. Bond, homme d'esprit <■[ d'excellenl goût, célèbre surtout par sa passion pour le théâtre, avail pris un».' inclination particulière pour la Zaïre de M. de Voltaire; <'t. ue se contentant point de la savoir par cœur eu français, il avait engagé nu des meilleurs poètes de Londres à la traduire dans la langue du pays. Son dessein était de la faire représenter sur le théâtre de Drury-Lane. 11 employa pendant plu- de deux ans tous ses -oins et eux de ses amis pour la faire accepter aux directeurs de ce théâtre: mai- on ne -ait pour quelles rai-ons ils s'obstiu<'rent à la rejeter, ni pourquoi elle a été annoncée vii lui loi- depuis deux ans sans qu'on fût plus avaner dan- l'exécution. Enfin M. Bond, n'espéranl plus la faire paraître sur un théâtre régulier, prit le parti de la représenter lui-même avec quelques amateurs, dans une grande salle de concerts . dont on obtint l'usage en la fouant aussi cher pour une soirée qu'un autre bâtiment serait loué pour une année entière. Les rôles furent distribués, et toute

la ville avertie de l'entreprise qu'on avait formée pour lui M. Bond, qui n'avait pas moins

soixante ans. choisit le rôle de Lusignan,

comme le plus convenais talents et à son

âge. Il n'épargna ni soins ni dépenses pour

mettre en état de le jouer avec distinction, et l'on

ajoute, a l'honneur de sa géoérosit >n désin-

ssement, qu'il abandonna tout le profit du spec-

■ e traducteur do la pièce. Le jour arrivé,

n'avait été si brillante et si nom-

se. Le premier acte staséeute arec l'applaudi mont de iti ors . On attendait Lusignan :

il parait, et tous los cœurs commencent ;i voir... M. Bond se livre follement à la force do » ■ h l'impétuo senti-

ments que. trop faible pour soutenir tant d'agitation, il ■ ni qu'il reconnaît sa fille . On se figura d'abord que c'était un évanouissement contrefait, et tout le monde admirait l'art avec lequel il imitait la nature. mt la longueur de cette situation commençait i fatiguer tes spectateurs. Chàtillon . Zaïre et

-tan l'avertirent tout bas qu'il était temps d'y mettre lin. 11 ouvre un moment les yeux : mais, les fermant aussitôt, il retombe dans son fauteuil sans

loncer une parole; il étend les bras, et ce mouvement fut le dernier de sa vie

La suite, ({ne j'abrège un .peu. peint bien le caractère anglais . Le spectacle ayant été interrompu par

un accident a funeste , on ne laissa point de promettre à l'assemblée qu'y serait renouvelé le lendemain. La foule y l'ut prodigieuse. In intime ami de If. Bond, qui avait joué la veiHe le roi chargea de celui de Lusignan, el commi

1 1 ion par un petit speech ê auquel j'entr . quoique je me

•len intérieur à lui par le talent.

hit enlevé hier au milieu des appla don!

vous récompensiez son mérite el - »n / le. Il voulait vous plaire : il a'a mal réussi que pour lui-même. J'aurais a craindre le même destin >i seul

pouvait m'y exposer. Mais, pour être capable d'une si glorieuse, il faut un talent qui me manque. Ainsi, cl - filière, c'est ma faiblesse qui me sauvera. 11 fallail être aussi I pour

faiblir au point que vous n de

vif rt de sentiment pour perdre si subitem mi l'un et l'autre. >>

iilà eommele humour anglais se met partout. Au . la verve française fait parfois de même, — chez madame d<' Sévigné par exemple, à propos de la répression cruelle des Bretons révoltés, et de ce « violon o quia « commencé la danse », c'està-dire qui a été pendu le premier. Elle est indignée cependant; mais le jeu de son imagination et de sa plume lui donne l'apparence de l'insensibilité .

Voltaire eût sans doute été satisfait du jeu éner-

gique de M. Bond, lui qai, àCirey et àFemey, jouait .m--! le rôle de Lusignan « avec une sorte d ! fréûésie », à ce que conte madame Du Chàtelet.

Prévost ne dit pas du tout qu'après ces représentations dans une salle de concerts, Zaïre ait été jouée sur un théâtre proprement dit par des comédiens de profession; c'est sur ce point que Voltaire paraît avoir arrangé l'histoire. S'il faut l'en croire,

la pièce aurait «loue été représenta nsuite par de

vrai- comédiens, a telles enseignes que le traducteur et les acteurs anglais, trouvant la pièce française un peudouceâtre, y mêlèrent, à ce qu'il dit. des traits de vigueur étranges. A la fin de sa seconde épître a Falkener, il en donne cet échantillon, vrai ou taux : « Quand Orosmane, dans la traduction anglaise, vient annoncera Zaïre qu'il croit ne la plus aimer, Zaïre lui répond en se roulant par terre. Le sultan n'est point ému de la voir dans cette |"»sture ridicule; et, le moment d'après, il est tout étonné que Zaïre pleure! Il lui dit: Zaïre, vous pleurez! 11 aurait dû lui dire auparavant : Zaïre, vous vous roulez par terre ! »

Par toutes ces anecdotes Voltaire veut évidemment entraîner la pensée du lecteur loin du souvenir d'Othello , l'attirer et la concentrer sur sa pièce comme sur une œuvre entièrement originale, qui ne doit rien à personne. Eh! le moyen d'aller s'imaginer qu'on aurait joué sur le théâtre anglais une tragédie prise d'un drame anglais?

Or. ce pourrait bien être justement la raison pour laquelle, - Ion le témoignage de Prévost, / n'arn tais, en effet, à v être représentée. Le

témoignage de Voltaire e sus] I >vost

in.- l'est point.

Zaïre au surplus, n'est pas une imitation proprement dite. Quoique la première idé< vienne de Shakspeare, la pièce est pourtant bien française. Formée d'éléments divers, dont quelques-uns u'étaienl pas nouveaux, cependanl elle est nouvelle, et porte bien la marque de l'auteur et du temps.

La scène est au sérail de Jérusalem, à l'époque de saint Louis et de sa croisade. Orosmane, un sultan comme on en voit peu, libéral et sensible, s'esl épris d'une des jeunes captives que la guerre lui a données. Ce vainqueur est plein de respect auiant que d'amour, à peu près de même que le Pyrrhus de Racine à l'égard d'Andromaque. Aimé d'elle comme elle est aimée de lui, il ne songe qu'à l'épouser ; et elle y a consenti , quand tout à coup elle apprend qu'elle est chrétienne, fille de Lusignan,

prince du sang des rois de Jérusalem, vaincu et détrôné par Orosmane . Aussitôt, chose un peu étrange,

elle sacrifie son amour à cette Foi, si nouvelle en son cœur, et si peu enracinée, qu'elle ressemble à l'indifférence philosophique l.

Orosmane ne pouvant deviner les raisons d'un changement si soudain dans les sentiments de Zaïre, et elle ne les révélant point (on ne sait pas pourquoi, mais c'est à cela que tient la pièce), il se rend sur La fausse apparence d'une lettre interceptée -. et, se (lovant trompé pour un autre, tue Zaïre, comme Othello tue Dcsdémone; et puis se tue lui-même, encore comme Othello, quand il connaît son erreur.

C'est donc la jalousie et ses fureurs qui remj sent la seconde partie de la pièce; la première une d'amour, et est animée d'un êné-

reux et galant. Ce ne sont pas seulement les chevaliers français, c'est le sultan aussi tjui se pique de galanterie et de mag; . Un des

captifs, qui a été relâché par lui sur parole pour

1. leusse été près du Gange esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux;

réflexion un peu surprenante sur les lèvres d'une petite tille élevée dans un harem .

i. Cette lettre, réminiscence de Bajazel, remplace le mouchoir de Desdémone , moyen trop peu noble au gré de la Melpomène française. Nous retrouverons encore dans Tancrède ce moyeu très faible.

aller chercher la rançon de dix de ses compagB d'ani rient rapportant en effel la rançon

tous, i sienne, et dit à Orosmau

J'arrache des chrétiens à leur prison funeste; Je i tnents, mon honneur, mon de\

Il me suflit: j ■ mettre en ton

Je me remis prisonnier, et demeure en otage.

Et Orosmane lui répond :

Chrétien, je suis content <1 • ton noble cour. ge.

-il tlulté D'efl

A l'or ii An lien de di

: m peux les demander :

llenl sur I Qu'i Bond de la Syri

Deux • is seulement à i

eommandées k Or< incerne Lusignan:

cet ancien roi enu en captivité parce qu<

prétendants en liberté sood dangereux :

Il est du sang français qui régnait à Solyme;

On sail son roit au trône, et ce droit est un crime :

Du De ' .':it tout, tel est l'arrêt cruel:

Si j'< i inCB . je s irait criminel.

Lusignan dans les fers finira sa carrière,

Et jama - du soleil ne verra la lumière .

11 ajoute que Zaïre non plus ne saurait être rachetée ; niais c'est par une autre raison :

Pour Zaïre, crois- moi, sans que ton cœur s'offense, Elle n'est pas d'un prix qui soit en ta puissance; Tes chevaliers français et tous leurs souverains S'uniraient vainement pour l'ôter de mes mains . Tu peux partir.

Nérestan essaye en vain d'insister; Orosmane lui ferme la bouche :

Sors, et que le Soleil levé sur mes États Demain près du Jourdain ne te retrouve pas .

Néreslan ne peut qu'obéir et sort. Orosmane aussitôt ordonne de tout préparer pour son mariage avec Zaïre. Celle-ci se sert de son amour et de son ascendant sur le sultan pour solliciter et obtenir la mise en liberté de Lusignan. Le vieillard est tiré de sa prison et se retrouve avec attendrisseménl au milieu des siens. Il s'informe de ses enfants qui lui ont été enlevés au sac de Césarée : il apprend que deux de ses fils ont péri avec leur mère ; un autre, de quatre ans, et une fille au berceau, ont survécu, emportés à Jérusalem par les Sarrazins vainqueurs. Une croix que Zaïre porte en bracelet fait reconnaître à Lusignan sa fille1 ; une cicatrice à la poitrine de Nérestan lui découvre son f

Voltaire, dans son théâtre, a un peu abusé du procédé des reconnaissances. Racine, au contraire,

1. Notons ici le premier emploi de « la croix île ma mère! » dont le théâtre a tant abusé depuis.

n'en a pas usé : car on ne peul uuère compter pour telle celle du dénouement d'Âthaiie. Corneille n'a employé ce moyen qu'une seule fois: c'est dans Eèraclius , Crébillon a mis des reconnaissances dans presque toutes ses piè

A peine Lusignan a-t-il goûté la joie de retrouver ses enfants, qu'il se demande avec inquiétude si, élevés par les musulmans, ils' ne l'ont pas été dans la religion de leurs vainqueurs:

0 Dieu qui me la rend? , me la rends-tu chrétienne î

La joie du père a été courte : il apprend que sa lille a été élevée dans la Foi musulmane ; sa douleur éclate en accents pathétiques:

Mon Dieu, j'ai combattu soixante ans pour ta gloire ;

J'.ii vu tomber ton temple et périr ta mémoire ;

Dans un cachot affreux abandonné vingt ans,

Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants :

Et, lorsque ma famille est par toi réunie,

Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie !

Je suis bien malheureux!... C'est ton père, c'est moi,

C'est ma seule prison qui t'a ravi ta Foi,

Mu fille! tendre objet de mes dernières peines,

Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines:

C'est le sang de vingt rois . tous chrétiens comme moi ;

C'est le sang des héros, défenseurs de ma Loi;

C'est le sang des martyrs... 0 fille encor trop chère !

Connais-tu ton destin? Sais-tu quelle est ta mère?

Sais- tu bien qu'à l'instant que son flanc mit au jour

Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour,

Je la vis massacrer par la main forcenée,

Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ?

Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux,

T'ouvrent leurs bras sanglants , tendus du haut de* rieux:

Ton Di 'u que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes,

Pour toi, pour l'univers, est mort en ces lieux mêmes ;

En ces lieux où mon bras le servit tant de fois,

En ces lieux où son sang te parle par ma voix.

Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres:

Tout annonce le Dieu qu'ont vengé tes ancêtres.

Tourne les veux, sa tombe est près de ce palais :

C'est ici la mon'a^ne où, lavant nos forfaits,

11 voulut expirer sous les coups de l'impie.

C'est là que de sa tombe il rappela sa vie.

Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu ,

Tu n'y peux faire un pas . sans y trouver ton Dieu ;

Et tu n'y peux ma reni'T ton père.

Ton honin.'ur qui te parle, et ton Dieu qui t' éclaire.

Je te vois dans Met bras et pleurer et frémir,

Sur ton front palisarat Dieu met le repentir:

Je vois la vérité dans ton cœur descendue;

Je retrouve ma lille après l'avoir perdue,

Et je reprends ma gloire et ma félicité

En dérobant mon sang à l'infidélité

C'est peut-être la plus belle page du théatr Voltaire, la plu- touchante a coup .sût- pour un public chrétien, la plus éloquente pour tous dès qu'on se place dans la situation. Et remarquons qu'elle est, a elle seule, le germe de tout le Génie du Clin . , >-\ le spécimen du procédé,

abusivemenl développé par Chateaubriand, i employé ici avec discrétion et avec goût. — Ou peut en rapprocher le- ven qtn se trouvent à la tin d.'ALziî'e, sur le pardon des injures. — Et cependant ne serait-ce pas ce beau discours de Lueignan qui. au dire de l'abbé Galiaoti, lit aux Napolitains l'ef-

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