‹ Le theatre de VoltaireChapitre 25 sur 161 · Le 16 janvier · texte numérisé non relu

Le 16 janvier

2. Lorsque la pièce est imprimée, Voltaire y met pour épigraphe : Lsietiamcrudelisamor, « L'amour aussi a sa cruauté. »

Le même jour , il écrit à Formont : « Tout le monde me reproche ici que je ne mets point d'amour dans mes pièces. Ils en auront, cette fois-ci, je vous jure, et ce ne sera pas de la galanterie . Je veux qu'il n'y ait rien de si turc, de si chrétien, de si amoureux, de si tendre, de si furieux... Ou jfi suis fort trompé, ou ce sera la pièce la plus singulière que nous ayons au théâtre . Les noms de Montmorency , de Saint Louis, de Saladin, de Jésus1, et de Mahomet2 s'y trouveront ; on y parlera de la Seine et du Jourdain, de Paris et de Jérusalem; on aimera, on baptisera, on tuera... »

U écrit encore au même, le 2o juin : « J'ai enfin osé traiter l'amour; mais ce n'est pas l'amour galant et français ; mon amoureux n'est pas un jeune abbé à la toilette d'une bégueule ; c'est le plus passionné, le plus fier, le plus tendre, le plus généreux, le plus justement jaloux, le plus cruel et le plus malheureux de tous les hommes . »

Si . h vrai dire , l'auteur n'a pas toujours réussi autant qu'il s'en flatte à s'affranchir du ton de la galanterie de son temps, du moins il a su fondre

1. Ce nom même ne s'y trouve point; mais le Christ est en effet le sujet de quelques-uns des beaux vers que nous venons de cit r.

2. Le nom de Mahomet ne se trouve pas non plus dans la pièce; mais le mahométisme effectivement y fait antithèse au christianisme.

ensemble la passion avec la galanterie . Et c'est ce que Lessing aurait dû reconnaître ' .

Quant au style , certes il n'est pas toujours de bon aloi : trop souvent il sent les vers latins de colK - , composés à grand renfort d'épithèl oonymes

et de périphrases; mais, de temps à autre, L'adroit disciple de Racine rencontre l'inspiration et l'harmonie du maître : par exemple . dans la réponse d< Fatime , au premier ai I - ci , sa compagne de captivité , vient de lui dire :

A la loi musulmane à jamais asservie , Vous .illez des Chrétiens devenir l'ennemie , Vous allez épouser leur superbe vainqueur .'

Qui lui refuserait le présent de son cœur? De toute ma faiblesse il faut que je convienne: Peut-être sans l'amour j'aurais été chrétienne, Peut-être qu'à ta Loi j"aurais sacrifié ; Mais Orosmane m'aime, et j'ai tout oubli'' : Je ne vois qn'Orosmane , et mon âme enivrée Se remplit du bonheur de s'en voir adorée. Mets-toi devant les yeux sa grâce , ses exploits ; Songe à ce bras puissant , vainqueur de tant <lt- A cet aimable front que la gloire environne ; Je ne te pane pas du sceptre qu'il me donne; Non, la reconnaissance est un faible retour , Un tribut offensant, trop peu fait pour l'amour: Mon cœur aime Orosmane, et non son diadème; Cbère Fatime, en lui, je n'aime que lui-même. Peut-être j'en crois trop un penchant si flatteur.

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