ALZIRE, OU LES AMÉRICAINS
Alzire, aieule d'Ataia.
Yollairc, toujours désireux de varier ses sujets et ses cadres, traversa l'Atlantique. La conquête' du Nouveau Monde lui inspira. llzire. ou tes Américain*.
Les premières lignes de La Barpe sur cette pi sont curieuses, comme spécimen du goût d'une époque où, à propos de tout, on croyait devoir faire de l'éloquence : a Le talent de Voltaire, dit-il, prenait de jour en jour un essor plus élevé et plus hardi. 11 voulait conduire Melpomène dans des routes qu'elle n'eût pas encore fréquentées, et ce fut lui qui , le premier parmi nous, lui ouvrit le Nouveau Monde. L'Amérique offrait à la cupidité les sources de l'or ; elles furent pour lui
celles de la gloire. Le Potose devint le théâtre des conquêtes du génie. Mais, bien différentes de celles de l'ambition, qui n'y avaient porté que le ravage, les siennes en furent une espèce d'expiation. Elles furent un hommage solennel aux droits de l'humanité, que les premières avaient si cruellement outragés... »
Quel pathos, pour dire que Voltaire le premier introduisait sur la scène un sujet de pièce américain ! — Le premier ? Non ; pas tout à fait. Un certain Ferrier avait fait jouer, en 1702, une tragédie de Montézume, qui n'avait pas eu de succès et qui ne fut pas imprimée. A la vérité, cela ne compte guère. Voilà pour les pièces de théâtre. Mais l'auteur de Manon Lescaut avait placé dans les déserts de l' Amérique les dernières scènes de son roman. Or, Alzire est de 1736, Manon est de 1732.
C'est de la mort de Manon et de la tragédie d' Alzire que part toute une veine nouvelle de notre littérature moderne. L'auteur d'Atala imitera, dans les funérailles de son héroïne , celles de Manon, et, croyant peut-être les surpasser en forçant la couleur, restera infiniment au-dessous pour la justesse et l'émotion vraie.
Alzire, comme Zaïre et comme Tancrède, est déjà en quelque sorte un drame romantique ; mais chacune de ces trois pièces est, à coup sûr, une tragédie romanesque. C'est le genre dominant, le type habi-