‹ Le theatre de VoltaireChapitre 42 sur 161 · ALZIRE OU LES AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

ALZIRE OU LES AMÉRICAIN

tuel , de notre auteur. Ainsi qu'il le dit lui même dans l'Épître dédicatoire à madame Du Ghâlelet, « Alzire n'est qu'un roman mis en action et eu vers ».

Le coloris chrétien de Zaïre ayant réussi, le poète donna la même teinte à Alzire, se proposant, dit -il avec plus ou moins de sincérité, « de faire voir combien le véritable esprit de Religion l'emporte sur les vertus de la Nature... La Religion du chrétien véritable est de regarder tous les hommes comme ses frères , de leur faire du bien et de leur pardonner le mal. Tel est Guzman au moment de sa mort, tel Alvarez dans le cours de sa vie. »

L'auteur du Génie du Christianisme, cherchant de côté et d'autre des illustrations à sa thèse, admire tant qu'il peut le caractère de Guzman. Ayant fait de l'Iphigénie de Racine le type de « la fille chrétienne », il lui faut un pendant, « le fils chrétien ». Faute de mieux, il prend Guzman, qui, selon lui, « est un jeune homme passionné dont la Religion combat et subjugue les penchants » l. Assertion en l'air, à peine fondée sur la première

1. Subjuguer des penchants ! On serait tenté de croire que ces détails d'analyse littéraire et morale écrits avec tant de négligence, sont des notes fournies à l'auteur du Génie du Christianisme soit par madame de Beaumont, soit par quelque autre personne dévouée recueillant pour lui des matériaux qu'il n'aurait même pas pris la peine de revoir. Une telle incohérence d'images pe'jt-elle être de la plume de Chateaubriand ?

scène de la pièce et sur la première du quatrième acte, qui ne prouvent guère en ce sens, mais spécieusement sur les quatre fameux vers du dénouement :

Des Dieux que nous servons connais la différence : Les tiens t'ont commandé le meurtre et lu vengeance ; Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner, M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.

Paroles prises de François de Guise, et dont, avant Voltaire, un autre poète, l'Anglais Rowe, dans sa tragédie de Tamerlan , avait déjà fait usage . Ces beaux vers, dans un dernier acte d'ailleurs très louchant, contribuèrent fort au succès.

La pièce a des iuleiititnis de couleur locale, quelquefois bien singulièrement réalisées. La scène est au Pérou, « dans la ville de Los Reyes ; autrement dit Lima ». Le poète veut nous peindre une Péruvienne, son héroïne, et nous la décrit ainsi, au physique et au moral :

La grossière Nature, en formant ses appas,

Lui laisse un cœur sauvage et fait pour ces climats '.

On est un peu surpris ensuite quand cette sauvagesse, qui à la vérité est du sang des rois péruviens, - exprime comme une demoiselle de Saint-Cyr ayant appris par cœur Polyeucle et Bérénice. Il est vrai encore que son père et elle se sont laissé convertir à la Foi chrétienne .

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