‹ Le theatre de VoltaireChapitre 70 sur 161 · Ou plutôt Qnerini · texte numérisé non relu

Ou plutôt Qnerini

et pathétique, est la foule des spectateurs coiironchie sur la scène avee les acteurs. » Plus loin, il parle foule de jeunes gens , qui laissent à peine <li\ pieds ' de place aux acteurs. »

A la vérité, cela devait un peu nuire à l'effet du . quand s os <ln bel air. coudoyés

par lui. disaient, en lui riant au nez : Place a l'Ombre1.' Au— i. la suppression de ce! abus, le 23 mai 173©, fut -elle une réforme très importante. Purement matérielle en apparence, elle eul Milant de grandes conséquences pour Pceuvri », en lui donnant ses eoudées franche» .

A la fin Dissertation, le plus tard possible,

Voltaire arrive à mentionner le Spectre d'Hamlet : et

l.i chose de feçon que le lecteur peu in -

formé pourrait fort bien croire que c'est le Spectre

d'Hamlet qui a imité FOmbre de \iims . De même

qu'à propos de Z'i'nw il avait trouvé moyen de ne

r te nom (YOthrUo ; de même encore

- d'Êriphyte et de P Ombre d"Amphiara

il n'avail soufflé mot de Sbakspeare, pareillement

donnant Sémiramis il commença par garder le

silence sur cette nouvelle imitation du Spectre

terrible. Grimm, ni personne, ne paraît y avoir

ndant. de 1745 à 1748, Pierre La

1. Environ trois mètres, trois mètres juste faisant neuf pieds .

mm .

5ÉMIBA.MIS 2lo

Place avail publié la premi Te lia< Juction irai des principales tragédies --l cob sous le titre il»' Théâtre angl . I tte traduction pou-rail révéler a'j publie divers emprunte dont Voltaire n'avait pas parlé; c'esl alors que l'auteur de SnniniiKi.s se mil en mesure de dire et de ne pas dire, au moyen des détours >de cette D àsertaiion ce qu'il avail dissimulé jusqu'alors. Voici donc, à la fin . en quels termes il pade de Sbakspeare et de son drame : « L voienl tous avec

plaisir, dans la trag die d'Hamlet, l'Ombre d'un li"i «lui paraîl sur le théâtre dans un iu à peu

semblable à celle où l'on a vu à Paris le Spectre de Ninus... » Sentez -vous l'ambiguïté calculée de ce tour de phrase .' Ou ci irai c'est lui i]ui a la priorité. Puis il tâche, tout -doucement, de ridiculiser le poète à qui il dou" tant, <'t continu.' ainsi : « Je suis bien Juin assurément de justifier en tout la tragédie à'Hamki : une |-i"< re et barbare, qui ne serait pas

supportée par la plus vile populace de la France ei de l'Italie. Bamlet y devient fou au second acte, et sa maîtresse devient folle an troisième ; le prince tue le père de sa maîtresse, en feignant de tuer un rai : et l'héroïne se jette dan- la rivière. On l'ait sa : se sur le théâtre; les fossoyeurs disent des quolibets dignes d'eux, en tenant dans leurs mains des têtes de morts; le prince Bamlet répond à leurs grossièretés abominables par des folies non moins

dégoûtantes. — Pendant ce temps-là, un des acteurs fait la conquête de la Pologne . Hamlet , sa mère et son beau-père boivent ensemble sur le théâtre : on chante à table, <m s'y querelle, on se bat, on se tue. On croirait que cet ouvrage est le fruit de l'imagination d'un sauvage ivre. — Mais , parmi ces irrégularités grossières , qui rendent encore aujourd'hui le théâtre anglais si absurde et si barbare, on trouve dans Hamlet, par une bizarrerie encore plus grande, des traits sublimes , dignes des plus grands génies. 11 semble que la Nature se soit plue à rassembler dans la tête de Shakspeare ce qu'on peul imaginer de plus fort et de plus grand , avec ce que la grossière^ sans espril peul avoir de plus bas el de plus détestable. — 11 faut avouer que. parmi les beautés qui étincellent au milieu de ces terribles extravagances , l'Ombre du père d'Hamlet est un des coups de théâtre les plus frappants . 11 fait toujours un grand effet sur les Anglais, je dis sur ceux qui sont le plus instruits , et qui sentent le mieux toute l'irrégularité de leur ancien théâtre. Cette Ombre inspire plus de terreur à la seule lecture , que n'en l'ait naître l'Apparition de Darius dans la tragédie d'Eschyle intitulée les Perses. Pourquoi? parce que Darius, dans Eschyle , ne paraît que pour annoncer les malheurs de sa famille1, au lieu que, dans Shakspeare, l'Ombre

1. Et de sa patrie. Ce Spectre -fait donc plus de choses que ne dit Voltaire. Le feu Roi , père de Xerxès , vient annoncer aux Perses la défaite de son fils, de l'armée ela flotte, le

du père d'Hamlet vient révéler des crimes secrets et en demander vengeance ; elle n'esl ai inutile, ai amenée par force ; elle sert à convaincre qu'il y a un Pouvoir invisible qui est le maître de la Nature... »

Voltaire, sans le vouloir et sans y prendre garde, fait voir ici pourquoi le Spectre d'Hamlet est d'un plus grand effet que l'Ombre de Ninus, C'est que le Spectre, dans Shakspeare, esl le moteur de toute l'action. La révélation faite par le feu Roi à son fils donne le branle à tout le drame. Le père assassin^ connaît seul le secrel du crime qui a mis fin à sa vie; seul il peut le révéler à son fil* . m lui demandant de venger sa mort. Le Spectre est donc essentiel : sans lui le drame n'existe point. Dans Voltaire, l'Ombre de Ninus est inutile : le grandprêtre Oroès connaît le secret du crime , et peut le révéler au fils ; et, de fait , il le lui révèle , mais trop tard. C'est que, s'il le révélait plus tôt, cela serait

désastre <le Salamine; comme qui dirait Waterloo, ou Sedan pour les Français; trouve-t-on que ce ne soit rien? Quelle douleur pour les Perses , et quelle joie pour les spectateurs athéniens! — Un autre rapprochement qui se présentait encore dans Eschyle, c'est celui du Spectre de Clytemnestre tuée par son filsOreste, et venant réveiller les Furies qui, lassées à la poursuitedu meurtrier, se sont assoupies (et ronflent, — on le croit du moins . Le Spectre les lance de nouveau sur la trace d'Oreste. Ou Voltaire ne s'en est pas souvenu, Eschyle ne lui étant pas très familier; ou bien il n'a pas voulu se le rappeler parce que cela eût plutôt contrarié son raisonnement. — En fait d'Ombres , notons encore, dans son dr*me de Saiil, dont nous parlerons plus tard, l'Ombre de Samuel.

plus raisonnable sans doute, mais la pièce serait finie dès i Qçement . L'Ombre n'est donc pas essen-

tielle au superflue et postiche. Et,

comme le drame n'en avait pas besoin, l'auteur ne s'en sert que timidemenl ; et avec autant de maladresse que dans Ériphyle: c'est encore en plein midi que l'Ombre se montre ; le poète philosophe

. i t — il donc pas que le demi-jour est indispensable pour les apparitions et les mirai

Frappé du fantastique de Shakspeare, il a trouva

que cel effet théâtral était de bonne prise : il s'en

emparé sans réflexion, et . Aussi,

lui, ce fantastique ne produit-il qu'un pauvre

. tandis que dans Shakspeare il nous boule- . Rappelez-vous cette exposition saisissante, à la t'ois tu récit et en action , cette heure de minuit , cette esplanade déserte devant la forteresse, sur un promontoire battu par la mer; ces sentinelles qui, en venant prend re leur tour de garde, se communiquent les impressions et les aventures de leur veillée nocturne , et se t'ont peur l'un à l'autre du i nant ; puis celui-ci paraissant a l'heure dite, à ki même heure que la veille, et celte apparition commençant à taire entrer la crainte et la croyance dans la fcôte des plus douteurs, dans celle du sceptique Hôratio lui-même, et par là dans l'imagination des spectateurs; ensuite le récit qu'on B'en va faire de cette apparition au jeune llamlel , qui à son tour doute d'abord, et veut voir pour

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croire, — et vient, et voit, et croit, et

i Ad is !...

damné : ue tu appoi

ou une vapeur de I Enfer : que

foisanl i i able . tu

étrange, que je veus te parler. Je par ton

nom : // imlet, i

mark /Ah! âme

se briser dans l'épouvante de i Dis-moi

pourquoi

leur

revêtu dune armure, tu

lueurs de la lune, lant la nuit plus hidi

ier si horriblemenl nos i spi itî fous, par des pensées au d là des foi lotre

âme? Parle! qu'y a-L-ii ! pourquoi ? que nous

t'aiie

Alors, loin de tout témoin, sur le promonl entre le ciel et la mer, commence la révélation effroyable du père au lils : i Je suis l'esprit de ton père, condamné pour un temps à errer la nuit, et confiné pendant le jour dans des feux expiatoires, jusqu'à ce que les souillures de ma vie soient consuméef ..

Ce langage , empreint de réalité pour des spectateurs elintiens aux confins du moyen âge, donne à toute la vision une vérité terrible. Comment ne seraitil pas \ rai , ce revenant qui parle comme ils sentent

et comme ils parleraient eux-mêmes ? Hamlet apprend alors du Spectre le crime secret de sa mère , qui a aidé à empoisonner le Roi. Mais la mission de vengeance qu'il reçoit de lui n'est pas absolue et impitoyable comme celle d'Oreste condamné à tuer sa mère pour venger son père. Au contraire, ici le Roi assassiné dit à son fils : « Quoi que tu fasses pour punir ce crime, ne souille pas ton aine; ne permets pas à ta pensée de rien ourdir contre ta mère ; abandonne-la au Ciel et à ses remords... »

Combien ici le sentiment moderne est élevé audessus <le L'antique I Et combien tout , dans ce discours, dans cette scène, est net, précis, frappant, réel dans l'irréel ! Comme chaque mot porte coup ! Le spectateur, et même le lecteur, se sent envahi d'effroi autant que le jeune Hamlet : tant le lieu, l'heure , toutes les circonstances , toutes les paroles , sont bien choisies !

Au lieu de cela , que nous oifre Voltaire ? A la place de cette vision nocturne dans la solitude , le poète fait paraître l'Ombre devant nombreuse compagnie. Et Geoffroy de s'en ébaudir, non sans raison : « Un revenant qui prend la parole au milieu des États généraux de Rabylone ! » Lessing déjà s'en était égayé. Le Spectre de Sémiramis « n'est pas môme bon , suivant lui , à faire peur aux enfants ; ce n'est qu'un déguisé , qui n'a rien , ne dit rien , ne fait rien de ce qu'on attendrait de lui s'il était ce qu'il veut être. Toutes les circon-

stances de son apparition sonl plutôl propres à dissiper l'illusion ; elles trahissenl la conception froide d'un auteur qui voudrail bien non- effrayer, .-'il

savait comment s'y prendre. Quoi! c'esl en plein jour, an milieu de l'assemblée des États de l'empire, que le Spectre, annoncé par un coup de tonne sort de son tombeau ! Où Voltaire a-t-il appris que les spectres - ie il si hardis? Quelle vieille femme ne lui aurait di que les fantômes redoutenl la lumière du soleil, e1 a'aimenl pas à visiter les nombreuses assemblées ?... Et , au point de vue de la ■ encore, quelle maladresse de faire paraître un Spectre sur le théâtre parmi beaucoup de personnages I car il esf nécessaire que tous, à la vue d'une telle apparition , montrenl de l'effroi el de l'horreur, el il faul que chacun manifeste ces sentiments d'une manière particulière, si l'on ne veut pas que le tableau présente la symétrie glaciale d'un ballet . Maintenant, disposez une troupe de figurants muet-, et, en supposanl même que vous parveniez à les dresser tous et chacun de la façon la plus heureuse, songez combien l'expression multiple et variée d'un même sentiment partagera l'attention des spectateurs . el la distraira de l'action des personnages principaux 1 Pour que ceux-ci produisent sur nous l'impression désirable, il ne suffit pas que nous puission les voir, il faut que nous ne voyions qu'eux. Dans Shakspeare , c'est à Hamlet seul que le fantôme

parle d'abord ; dans la scène où la mère d'Hamlet

est présente, le fantô ni vu ni entendu pnr

elle . Toute notre attenti m se concentre donc sur Hamlel : et, plus nous observons en lui de sig d'effroi . plus nous sommes disposés à prendre au i\ l'apparition qui cause ce trouble : le Spectre agit sur nous par Hamlel autant et plus que par lui-même: l'impression produite sur je en

nous . et nous sommes pris trop trop forl - I >uter de la cause, tout

extraordinaire qu'elle est. Voltaire n'a pas coin ce procédé réflexe. Il y a trop de moud à la vue de son fantôme; aussi s'effrayent-ils mal: Sémiramis s'en tire par lamation : t Ciel !

je meurs 1 is tes autres ne font pas beaucoup

plu- de démonstrations à la vue du Spectre qu'on n'en ferait pour un ami qu'on croyait ige et

qui tout a coup entrerail dans votre chambre» 1 » Il n'est pas jusqu'à la manière de costumer le re qui n'ait son impôt f son

effet . Dans Shakspeare . le Roi asi de son armure : cela lui donne une sorte de réalité : on ei qui sonne ; on la palperait, si l'on

y toucher. Dans Voltaire , l'Ombre , comme on l'appelle, n effet qu'une sorte de revenant

vêtu d'un drap blanc. Cette Ombre existe si peu, que dans aucune édition elle n'est mentionnée parmi lis personnages de la pièce. Cela n'est-il pas caracté-

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