‹ Le theatre de VoltaireChapitre 79 sur 161 · Géruzez, Xolice · texte numérisé non relu

Géruzez, Xolice

Notons, en passant, que Voltaire, clans cette pièce , avait fait droit à une des réclamations de La Motte et supprimé, pour cette fois, les confidents . On a essayé de réaliser définitivement ce progrès dans le drame moderne ; on y a rarement réussi . Les confidents n'ont fait que changer de nom ou de costume. Au lieu de se nommer Tliéramène ou Arcas , c'est Gubetta ou Gudiel ; voilà tout .

Si l'auteur d'Oresle parvint à se persuader que sa pièce avait réussi , il ne le persuada pas au public. Au fond , c'était le même sujet que Sémiramis et Jlamlet, et les trois mêmes personnages dans une situation identique, moins le romantisme : revenir si vite au même thème en reprenant les procédés classiques, n'était pas une chance de succès.

La tragédie qui arriva ensuite , Catilina ou Rome sauvée, fut une nouvelle concurrence faite à Crébillon, et une nouvelle illusion de Voltaire. Il en avait emprunté le sujet et quelques scènes à Ben -Johnson. Le personnage de Cicéron lui plaisait : il s'y voyait lui-même, quand il disait avec des yeux étincelants :

Romains , j'aime la gloire , et ne veux point m'en taire ; Des travaux des humains c'est le digne salaire...

GATILINA 239

Il se mirait dans ce rôle, et dès lors trouvait la pièce assez belle. 11 la joua d'abord chez lui, dans la maison qu'il avait louée en commun avec M. du Châtelet 1 ; ensuite chez la duchesse du Maine à Sceaux ; plus tard chez le roi de Prusse : les princes de la famille royale y remplirent des rôles ; le prince Henri s'y distingua 2.

Catilina manque pour nous d'intérêt et de vie, et sent la rhétorique . L'éloge qu'en fait un maître illustre, disant que Voltaire dans cette tragédie « s'est quelquefois heureusement approprié la mâle gravité de Corneille3 », conviendrait mieux, ce me semble , à la Mort de César . Trop souvent , dans Catilina , le style flotte comme l'action ; et ce qu'il peut y avoir de vérité dans les sentiments disparaît noyé dans les périphrases.

Alexandre Dumas , lui aussi , a fait un Catilina, drame en prose : plein de fantaisie, mais dévie, et terriblement réaliste . Dès le prologue , on assiste au viol d'une vestale . L'enfant de ce viol deux fois sa-

1. Rue Traversière-Saint-Honoré. Elle était située à l'endroit où se termine aujourd'hui du côté ouest, la Place du Théâtre- Français , et où commence l'Avenue de l'Opéra , percée sur l'emplacement de la Butte des Moulins .

2. Ainsi que dans le Duc d'Alençon , qui n'est autre qm' Adélaïde Du Guesclin , moins les rôles de femmes. Voir ci-dessus, 4e leçon, page 1:20.

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