G AT IL I N A
Ali? voila le moyen que comptent employer, pour se barrasser d'un homme qui les gêne . Cat m, Lucullus I les gens vertueux !... Soit; mais on revient de la GauLl'Kspagne et de l'Egypte; on en revient plus fort, par cela même qu'on a été persécuté. Je reviendrai d'Egypte, d'Esp et de Gaule, je démasquerai les hommes vertueux; et. comme on nomme des consuls tous les ans, je serai nommé consul l'année prochaine.
La pièce de Dumas est faite comme un roman. Elle est bien de l'homme qui disait a Lamartine en gui>e d'éloge à propos de Y Histoire des Girondins : « Savez-votis à quoi vous devez votre immense succès ? A ce que vous avez élevé l'histoire à la hauteur du roman. »
Catilina, bloqué dans cette maison, s'échapp (par une trappe que lui ouvre son fils), comme un simple Planchet dans les Mousquetaire* . J'avoue que cela manque de solennité tragique. N'importe! le drame ne vous lâche pas : vous êtes pris, bien plus sûrement que Catilina. Pourquoi? parce que l'étincelle de l'imagination moderne met le feu à ces aventures plus ou moins antiques . Fantaisie tant que vous voudrez ; mais cela vit , et la pièce de Voltaire ne vit pas .
Laissons donc la tragédie de Catilina avec celle
d'Ores te , et arrivons à l'Orphelin de la Chine qui est proprement le sujet de cette leçon.
C'est déjà une sorte de drame moderne, tiré pourtant d'une ancienne pièce chinoise , l'Orphelin de Tchao, dont le titre complet est ainsi conçu : Tchaochi-kou-cul-ta-pao-icheou, c'est-à-dire : « Le petit Orphelin de la famille de Tchao, qui se venge d'une manière éclatante. » Elle est extraite d'un répertoire en quarante volumes, qui porte le titre de Youenjin -pé- tchong , « les Cent pièces de thétître des Youen * » , ou princes de la famille de Gehgis-khan, qui ont régné en Chine depuis 1260 jusqu'en 1341.
Cette pièce avait été traduite, en 1731 , par le Père Prémare 2.
1. La 91» pièce est une comédie intitulée l'Avare. On en trouvera l'analyse dans les notes de l'jil'Aularia de Plaute, traduite par Naudet.
2. Qui résidait à Pékin, et qui, depuis trente ans, faisait sa principale étude de la langue chinoise . 11 coiiûa son manuscrit à deux de ses amis, MM. Du Velaer et Du Brossai, qui partaient pour l'Europe . Mais ceux-ci , au lieu de le remettre à Al. Fourmont l'ainé , comme ils en étaient chargés, l'envoyèrent au Père Du Halde, qui l'imprima dans le troisième volume de sa Description de la Chine . Cet ouvrage avant paru en 1735. AI. Fourmont fut très surpris d'y voir l'Orphelin de Tchao. Il se plaignit amèrement de ce procédé du Père Du Halde, et inséra dans sa Grammaire chinoise, imprimée en 1745, un ex-
l'orphelin de îchao 243
L'aldV i oète italien Métastasé en fit une imitation dans sa langue, sous ce e Héros chinois (l'En
ire ensuite aoc lïnmoda à la scène française l'idée principale, en laissant de aints détails bizarres, dont il s'amuse dans l'Épitre dêdissée au maréchal duc de Richelieu : « On ne peut, dit-il, comparer VOrphelin de Tchao qu'aux tragédies anglaises du dix-siècle, qui ne laissenl p - aire au delà Pyrénées et de la mer. L'action de la pièce chinoise dure vingt-cinq ans '. comme dans les farces monstrueuses de Shaks : de Lope de Y qu'on a nommées tragédies. C'est un enta d'événements incroyables. L'ennemi de te maison de Tchao veut d'abord en faire périr le chef . en lâchant sur lui un gros dogue, qu'il fait croire être doué de l'instinct de découvrir les criminels, comme Jac Aymar, parmi nous, devinait les voleurs par sa baguette. Ensuite il suppose un ordre de l'empereur et envoie à son ennemi Tchao une corde, du poison, et un poignard : Tchao chante , selon l'usage , t coupe la gorge , en vertu de l'obéissance que tout homme sur la terre doit de droit divin à un empê-
trait de la lettre d'envoi du Père Prémare, d'où ri résulte clairement que le manuscrit de cet ouvrage lui était destiné. Cette circonstance donna lieu à une polémique très vive... s — Avant- Propos de Tchao -chi-kou- eul , traduction de M. Stanislas Julien, 1 vol. in-8°, Paris, Moutardier, 1834.