‹ Le théâtre des Chinois. Étude de moeurs comparéesChapitre 34 sur 41 · SCÈNE IV SIAO-MAN ET FAN-SOU · texte numérisé non relu

SCÈNE IV SIAO-MAN ET FAN-SOU

SIAO-MAN

Fan-Sou, d'où viens-tu ? Je t'attendais pour expliquer les Hvres.

FAN-SOU, à part.

Mademoiselle a bien autre chose à faire qu'à m'attendre pour étudier.

SIAO-MAN

Je veux encore expliquer un chapitre avec toi. Toutes les fois que j'ouvre un livre, je sens mon

cœur s'épanouir. Pourtant n'est-ce pas une sorte de démence de négliger les travaux de mon sexe pour me livrer à l'étude des livres?

FAN-SOU

Vous voulez encore étudier ! tout à l'heure étant allée avec madame dans le jardin qui est derrière la maison, pour brûler des parfums, j'ai remarqué que les sites avaient un charme inexprimable. Si, avec un ciel si pur, une nuit si belle, nous n'allions pas jouir des agréments que cette délicieuse saison étale à nos yeux, ne serait-ce pas nous montrer insensibles aux charmes du printemps? Qu'est-il besoin d'expliquer les livres? Allons nous promener et nous récréer un peu.

SIAO-MAN

Confucius a dit: « A l'âge de quinze ans, je m'appliquais à l'étude. » A plus forte raison devons-nous, à notre âge, imiler le saint homme.

FAN-SOU, à part.

Il parait qu'elle raffole de littérature. Comment cela fmira-t-il? le mieux est de la laisser faire. (Eiie parle.) Eh bien, Mademoiselle, délaissez les travaux de votre sexe; appliquez-vous à l'étude des neuf livres sacrés; comme Confucius, examinez-vous trois fois par jour.

SIAO-MAN

« Les jours et les mois s'écoulent, les années ne nous attendent pas ! » Pourquoi donc, Fan-Sou, veuxtu aller dans le jardin?

FAN-SOU

Ne parlons plus des beaux sites qui sont dans le jardin, derrière la maison. Écoutez donc.

SIAO-MAN

Que veux-tu que j'écoule?

FAN-SOU

Elle chante.

Entendez-vous les modulations pures et harmonieuses de l'oiseau Tou-Kiouen? Sentez-vous le parfum des pêchers qui vient réjouir l'odorat? Oubliez un instant l'amour de l'étude, et venez goûter avec moi les plaisirs de la promenade. Laissez là votre lampe solitaire.

SIAO-MAN

Fan-Sou, si je consens à aller me promener avec toi, et que madame Han vienne à le savoir, que deviendrai-je ?

FAN-SOU

Elle chante.

A cette heure, madame repose dans son lit; les songes qui la bercent ne sont pas encore dissipés.

SIAO-MAN

Ma mère t'a ordonné de me tenir compagnie pour lire les livres, et toi, au contraire, tu viens me presser d'abandonner l'étude.

FAN-SOU

Si madame vient à le savoir, je dirai que vous n*y

êtes pour rien; je prendrai tout sur moi. {me chamc.) Demain matin, Fan-Sou viendra elle-même recevoir son châtiment.

SIAO-MAN

J'ignore dans quelle intention tu veux aller dans le jardin, derrière la maison.

ÈAN-SOU.

Elle chante.

Je n'ai pas de motif particulier pour vous inviter à y aller, (eug parie.) Mais n'avez-vous pas entendu dire qu'un quart d'heure d'une nuit de printemps vaut mille onces d'argent? N'allez pas manquer cette charmante saison qu'embellissent les fleurs et les chants de l'oiseau ing.

SIA0-3rAN.

Puisque c'est ainsi, je cède à tes instances, et je vaisavec toi, mais songe bien que tu réponds de toute celte affaire. — Cette nuit, je sens un peu la fraîcheur du printemps; attends que j'aille mettre un autre vêtement, va, conduis-moi.

FAN-SOU

Marchons ensemble.

Siao-Man et Fan-Sou sortent.

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