‹ Le théâtre des ChinoisChapitre 26 sur 40 · UNE PREMIÈRE A LA PORTE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

UNE PREMIÈRE A LA PORTE SAINT-DENIS

Le Pi-Pa-Ki, ou t THistoire du Luth », est une des œuvres les plus estimées du théâtre chinois, une de celles qui peuvent être lues dans tous les pays du monde. Il suffirait de changer certaines expressions, de modifier quelques scènes relatives à des détails de mœurs, et d'ajuster les personnages aux conventions acceptées d*une société particulière, pour faire de cette œuvre un beau drame, intéressant et émouvant. C'est qu'en effet, le mérite de l't Histoire du luth > ne dépend pas seulement de réclat du

Style : il existe dans la beauté des sentiments exprimés. Les situations imaginées sur la scène sont d'une vérité si saisissante, les passions si hHmaines, l'action est si simple en même temps, qu'il semble; que ce soient nos sentiments, nos joies, nos douleurs, nos misères, nos pensées qui sont réellement représentées sur la scène.

Ce n'est pas que je prétende que le Pi-Pa-Ki soit une œuvre parfaite : la perfection est un mérite qui n'appartient à personne ; mais il possède cette supériorité qui est le caractère des chefs-d'œuvre, à savoir : d'être capable de toucher et d'émouvoir quiconque a un cœur dans la poitrine. 11 ne pourrait pas venir à l'esprit du plus illettré des hommes que la représentation des chefs-d'œuvre de l'Occident déplairait à un public composé de Chinois : qu'on essaye de jouer VAvare à Canton ou à Pékin : la pièce passera avec des applaudissements et des rappels, et Molière sera proclamé Thsaï-Tseu (génie). C'est évident. L'auteur du Pi-Pa-Ki pourrait revendiquer la même gloire, du moins c'est mon opinion,

et je m'efforcerai de la faire partager à mes lecteurs. Je supposerai, si Ton me permet celte fantaisie, que la pièce ait été représentée sur une scène parisienne, et que je sois chargé de rendre compte de la première, comme si j'étais critique au Temps.

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