LES DRAMES HISTORIQUES
Les drames historiques sont les meilleurs ouvrages du théâtre chinois, et de ceux dont j'aimerais à présenter ici une analyse approfondie, si je pouvais espérer qu'une telle élude intéressât mes lecteurs.
Malheureusement l'histoire, et plus particulièrement l'histoire de la Chine, ne peut pas posséder le don de charmer l'attention. Quoique ce
soil le passé soas forme de souvenirs devenus présents, les modernes esprits n'y trouveraient qu'un intérêt rétrospectif, par conséquent insuffisant. 11 est de fait que l'autorité de l'histoire est de peu de valeur : nulle part elle n'est invoquée comme une conseillère dans tous les événements où il faudrait prendre conseil; il semble qu'il n'y ait pas d'histoire, ou bien qu'elle ne soit qu'une collection muette d'archives poussiéreuses où sont enregistrés les batailles, les traités et les diverses formes de gouvernement qui se sont succédé tour à tour. J'avais espéré apprendre l'histoire en assistant au théâtre ; y voir représenter quelques-unes de ces grandes actions qui ont passionné les ancêtres, et, dans un exposé des mœurs de ces temps disparus, savoir quels cœurs battaient dans les poitrines d'hommes.
Mais j'ai été déçu dans mon attente : les drames historiques n'existent pas, ou, s'il en existe, on ne les joue pas.
Les auteurs dramatiques sont excusables de ne pas avoir entrepris une telle tâche : car ce sont
les enfants de leur imagination qu'ils aiment, et . Tolontiers ils créeraient même des empereurs et des rois pour aider à leurs fictions. Mais ils ne se croiraient pas dramatiques s'ils représentaient fidèlement un personnage de l'histoire. C'est rœuvre de l'historien. Shakspeare est bien moins intéressé à nous raconter l'épisode de Macbeth p'à nous représenter la tyrannique et sanl^ante ambition de lady Macbeth et toutes les iigoisses du remords qui s'emparent de son âme riminelle; c'est la tache du sang que les flots de inier ne pourront pas laver qui séduit l'art du oète; c'est le spectre de Banco qui portera effroi dans son imagination. L'histoire ne lui onne que des noms, et son génie fait marcher ^s forêts. Ce sont des passions qu'il dépeint et on des actions.
Les tragiques français n'ont pas suivi d'autre ipulsion. Que ce soient les Grecs ou les Romains ti soient en scène, ce ne sont que des prêtems, et les spectateurs ne s'intéressent à tous î héros que parce qu'ils parlent merveilleuse-
ment bien le français, d'abord, et qu'ensuite il expriment des sentiments tout à fait xvn* siècle Dans IphigéniCy Achille est le type accompli d l'homme d'honneur, délicat et passionné, et, quai au roi des rois, c'est un caractère comme on ei rencontre sans cesse, un homme sans énergie ri gulière, flottant, abusant des prétextes pour s'ei cuser, et finissant par la lâcheté pour n'avoir p^ pu se diriger lui-même. Les héroïnes de touli| ces œuvres, qu'elles aient existé ou non, qu'elle s'appellent Hermione, Athalie, Andromaqucl Esther, représentent un seul type, la femme soi des traits différents; mais elles ont la ressen blance qui convient à des sœurs.
Tous ces drames ne sont pas tels que nous \
'^ ^ concevons, c'est-à-dire la représentation di
faits du passé, des épisodes de l'histoire; î
|Ar n'appartiennent pas au même genre. Cependa
je ne crois pas formuler une proposition au
'AÏ} .'..' cieuse, même au point de vue de Fart, en n çant qu'il serait aisé de présenter au public pièces véritablement attachantes en restant hii
rien. Quelle que soit rimagination d'un poète, il ne parviendrait pas toujours à composer des personnages aussi extraordinaires que ceux dont l'histoire a conservé les traits; et la difficulté consisterait peut-être à être exact : car il est plus facile d'inventer que de définir. Quoi qu'il en soit, étant admis que le genre auquel je fais lallusion n'existe pas sur la scène française, c'est inn motif suffisant pour n'en pas parler plus lon- [|uement.