DEBURAU DANS L'OLYMPE
ou LES DIBUX GUÉRIS DB MALADIE
Quel titre mirifique I... Qui Ta trouvé?... L*auteur de la chanson naturellement. Mais qui est Fauteur de cette chanson ?... Modeste comme la pâle clarté de la veilleuse, il a dérobé son nom aux populations soudainement prêtes à s'enthousiasmer. Nous le connaissons cependant ce modeste et nous le nommerons plus tard.
Air : Sauvons-itouê par la Charité
Au Parnanse Deburau prend place.
Acteur, U s'y voit applaudi Et chaque Dieu s'y sent guéri.
L'Olympe malade est guéri.
L'Olympe était à l'agonie :
C'est d'ennui que vint tout le mal.
Cette cruelle épidémie N'épargnait ni chien, ni cheval.
Pégase^ en roussin de gendarme, Etait poussif, prenait le oer/, Et Cerbère, que rien ne charme, Hurlait comme un vrai chien d'enfer !
Au Parnasse, etc.
Jupiter ronflait sur sa foudre.
Minos laissait dormir ses lois.
L'amour ne pouvait se résoudre A vider son gentil carquois.
Après de galantes campagnes, Mars le traitait à la Ricord, Diane parmi sescomptgnes Ne savait plus donner du cof,
Ati Parnasse, etc.
Véntu dort 9ur une ottomane Etouflant d'un fiage eiubompoint :
Et ^a ceinture qui se Tane E«t trop étroite d'un grand point.
Esculape pr'nd médecine ; Dauie Junon preud de Téther ; A'noUon veut qa*on le vaccine :
Le Dieu du Jour u'y voit plus clair.
Au Parnasse, etc.
En volant, Mercure s*en rhume ; A la Bourse il va d*un pas lent.
De Vulcain se rouille Tenclume.
Le pauvre Hymen boite en marchant.
Le gros Piutus^ à la roulette, Perd jusqu'à son dernier liard.
Hercule est mis à la diète Et Minerve fait un poupard.
Au Parnasse, etc.
Pluton^ autour de sa fournaise, Ressent un infernal frisson.
Proserpine est fort mal à Taise.
Zéphir boite sur le gazon.
La triste Flore a la jaunisse ; Les beaux jardins sont dépouillés.
heptune pour qu'en le guérisse Au Mont-dOr prend des bains de pieds.
Au Parnasse, etc.
Phœbé devient fort lunatique Et ne parle que de quartiers.
Le tendre Orp^e est pulmonique.
Pomone meurt soi^s ses pommiers.
Protée... Ah ! voyez comme il change I... Vesla s'éteint sur ses fourneaux.
Silène ne fait plus vendange Et Bacchus va prendre les eaux .
Au Parnasse Deburau prend sa place.
Acteur, il s'y voit applaudi ; Et chaque Dieu se sent guéri.
L'Olympe malade est guéri.
H. Billion, furieux de voir reparaître le nom-lumière de Deburau, qu*il croyait avoir à tout jamais enseveli, sous celui de Paul Legrand, s*adressa au commissaire de police de son quartier pour empêcher cette vente de se produire devant sa porte.
Le éommissaire, obligé du Directeur, qui lui accordait de temps
LES FUNAMBULES â97
rire sans efforts et sans charges. Ilnlmitait personne et personne depuis, n'est parvenu à l*imiter.
Le 4 septembre on joua : La Reine des vendanges^ vaudeville en i acte.
Le 11 septembre : Le Mal marié ou La noce en déroule, comédievaudeville en i acte.
Le 19 septembre : Pierrot^ valet de la mort, pantomime en 7 tableaux, par M. Champtleury.
Nous sommes arrivés à une époque de transition positive, dans la pantomime.
ChampQeury lui donne des ailes, ailes dlcare, peut-être ; mais il lui soufile de la poudre, lui accroche une pensée, la crée littéraire.
Voici la distribution de son œuvre, car c'est une œuvre :
Pierrot Paul Legrand .
Arlequin CoMard jeune .
Polichinelle Vautier.
CasHdndre Antoine.
Un docteur Larontaine.
La Fée Vitalis M«»« PauUne. .
Colombine M"« Béatrix.
La mort Frédéric.
La grande littérature et même la petite assistèrent à cette première représentation.
ChampQeury était à cette époque fort lié avec Théodore de Banville, Henri MUrger, Nadar, Pierre Dupont, Courbet, Bonvin, Baudelaire, etc., etc..
Il venait de faire paraître avec un succès colossal Chien- Caillou, une simple nouvelle, que quelques-uns déclaraient un chef d*œuvre. Victor Hugo était de ce nombre.
On considéra ChampQeury comme un romantique.
Il voulait être chef d'école et proclama le réalisme, à la tète duquel il marcha.
Voici la dénomination des sept tableaux de cette pantomine macabre.
!•' tableau. — Steeple chasse des amoureux,
2« id. — Fâcheux effets des médecins et des médecines.
— Le cabinet de la mort,
— Pierrot revoit le soleil,
— Colombine pâtissière.
— Mort de la mort i
— Apothéose,
id.
id.
id.
id.
id.
Théophile Gautier, Forcé de partir pour FEspagne le lendemain de la première représentation, chargea Gérard de Nerval d*en vouloir bien faire le compte rendu en son lieu et place.
Le puissant auteur des Petits châteaux de Bohème^ qui, quelques années plus tard, devait sinistrement se pendre au-dessus d*un égout de la rue de la Vieille-Lanterne, accepta la lÀche avec empressement.
Voici l'article qu'il écrivit sur cette pantomime :
L'élite de la société Parisienne s'était portée vendredi dernier au théâtre illustré par feu Deburau. 11 y avait dans cet empressement un hommage rendu à ce grand souvenir, et de plus une double espérance : Pierrot renaitra-t-U de ses cendres ? La Pantomime est-elle morte après hd, comme la tragédie après Talma?...
Rachel était pourtant h cette époque dans là plénitude de son talent^ et la faisait revivre de tout son éclat. Telle est l'ingratitude des^âvants envers les vivants. La niort grandit. La tragédie mourut une fois de plus avec Rachel. MounetSuUy Ta ressuscitée paraJt-il. Après Mounet Sully on ne manquera pas de la déclarer morte plus que jamais, jusqu'à ce que...
On ne se cftébAit pas que c'était là un grand événensent ; la littérature était à son poste. La critique avait préparé des trognons de pomme. Une opposition aveugle a crié tout d'abord : A bas les lorgnettes !... Nous avons protesté énergicfuement !.. Quoil.. Le peuple n'admettra-t-il pas qu'on ait la vue basse ? En supprimant les lorgnettes, espère-t-il y voir plus clair ?...
Non ! Ce cri n'était que l'œuvre d'une malveillance isolée, et s'il est un public intelligent, c'est certainement celui des Funambules ; — nous n'en voulons pour preuve que la brochure (inédite) qui lui a été dédiée par l'auteur de la pantomime nouvelle, M. Champfleury.
Après l'analyse de la pièce entière, suivie tableau par tableau, Gérard de Nerval concluait ainsi :
Nous avons donné quelque étendue à cette analyse, qui vaut bien, après tout, Celle d'un vaudeville : maintenant nous n'épargnerons pas à l'auteur les critiques de détail. — La pièce est bien charpentée ; mais les derniers tableaux portent l'empreinte d'une certaine précipitation. Les péripéties sont brusques, l'intérêt n'est point ménagé. Pierrot s'inquiète à peine de remplir les conditions qui lui ont été imposées par la Mort. Son retour à la vertu est trop brusque et n'e^t nullement motivé. A part ces légers défauts, nous rendons toute justice au mérite du style (mimique) et nous regretterons surtout que la danse macabre du troisième tableau n'ait pas rendu au théâtre tout TetTet que comportait la pensée du poète.
Pierrot, faisant danser les morts au son d'une viole enrouée, c'était une idée romanesque sai»s doute, mais d'une valeur objective incontestable. Là se réalij>ait, à priori^ l'argument qui, selon l'auteur, devait amener, à posleriorif cette audacieuse conclusion intitulée par lui : « Mott de la Mort. »
Du in«m«nl que la Mort •'amuee à écouter les violons, elle e^l vaiBcue : témoin la fable d'Orphée. 11 y aurait toute une paliogénéffie à écrire lâde-Bu».
Au reste, la phlIo«optate moéerae B*a rien formulé de plus clair que cette pantomime eo sept tableaux.
Dans le dabinet de la Mort, troits cercueils devaient descendre des frises : Tun devait contenir le cadavre d'un enfant, le second le cadavre d*un médecin, le troisième Pierrot.
M, Billion, en directeur économe, remplaça les trois cercueils par un grand coffre, au fond duquel se trouveraient les trois corps.
ChampQeury réclama, tempêta.
Rien n*y fit.
M. Billion devenait sourd quand il s'agissait de dépenses.
Le pauvre auteur^ dtans soii désespoir s*arracha un tas de longs cheveux bien innorcents de la ladrerie de l'Harpagon des Funambules.
Cette pantomime ayant été éditée, je me dispenserai de la transcrire à mes lecteurs.
Cependant je citerai le eommeneemeni dn troisième tableau ; celui dans lequel M. Billion avait supprimé les eercueils, et qui n'existe pas dans l'édition pafue.
TROISIÈME TABLEAU LB CABINSt l>l LA MORT
La Mort
Il n*y a que trois aereueiU «ejourd'hoi. Mauvaise recette? Ça ne va pas lA-haut. On vit trop longtemps maintenant. Si ça continue j*ai envie d'abandonner le métier; d*autaut plus que ces cadavres n'apportent pas avec eux de quoi payer leur bienvenue. Ils sont bons, tout au plus, à fumer la terre. S'ils apportaient seulemeut dans leur boite la moitié de ce qu'ils possèdent. Mais rien I... pas une oboler par tète. Us laissent leurs biens, leur fortune, leur argent à des parents, qui rient avant de leur avoir vu fermer l'œil. {Elle descend de son Irône et vu êouleéer le couvercle du premier cercueil). Un enfant I... A quoi bon ?... J'aime un gros homme, un bel homme de six pieds qui pèse un peu ; mais un enfant, un orphelin qMi n'a laissé de chagrin A personne !... et le chagrin m'amène des pratiques. Bah ! voyons un peu l'autre. {Elle passe au second cercueit). Ah Diable I... où avais-]e la tête quand J'ai fauché celui-ci ? un homme qui m'était si dévoué et qui m'envoyait tous les jours taut de visiteurs I Ah ! pauvre médecin, mon vieil ami, tu as eu bien tort de te laisser mourir. {Elle passe au troisième cercueil : c'est Pierrot),
C*est ici que la Mort ressuscitait Pierrot, en faisait son valet et le renvoyait sur la terre, pour lui expédier Polichinelle et Arlequin.
La pièce étonna le public de Tendroit, plus qu'elle ne le charma ; elle n'eûl que peu de succès.
La chanson de Deburan dans l'Oli/mpe, commençant à se moins vendre, les aboyeurs s'adressèrent au même auteur et le supplièrent de vouloir bien leur confectionner une nouvelle poésie.
Alléché par le succès qu'avait obtenue la première — d où, qu'il parte le succès caresse toujours notre vanité — Eugène Grange accéda au désir des petits marchands.
Cette fois il 6t :