TALMA ET DEBURAU
DIALOOUB DBS HOBTS A PROPOS DES VIVANTS
Air : du Dieu des bonnes gens.
Ta LU A, tendant la main à Deburau
Ami, c^est toi, parle-moi de la FraDce,
De soD beau ciel, à me? yeux éclipsé.
Parle : Apprends-moi, depuis ma longue absence,
De glorieux tout ce qui s'est passé.
Dbbcrau, regas'dant autour de lui.
Parlons plus bas, si tu veux que je puisse Te racoDter ce que Ton fait là- bas On dit Cerbère un limier de police.
Cher Talma, parlons bas {bis).
Talma
Je me souviens de ces beaux Jours de gloire Où nous avions un parterre de roi» ; La France encore, oh ! laisse-moi le croire A l'univers pourrait dicter des lois.
Dbburau
Elle le peut I Oui rendons-lui justice : Mais bien souvent on enchaîne son bras. Chut ! Cerbère est un limier de police, Parlons, parlons plus bas {bis),
Talma
Avec la paix doit régner l'abondance ;
Le peuple est donc aussi riche qu'heureux ?
Dbburau
Le pain est cher et le budget immense ; Nous payous l'air, ce don gratuit des cieux. Je crois qu a bien couler le bénéfice, Il vaudrait mieux guerre et brillants combats. Mais Cerbère est un limier de police.
Parlons, parlons plus bas {bis).
Talva
Pour commander n'est-il dnuc plus personne ?... Le peuple est-il veuf de tous ses héros ?...
Deburau
Le premier rang, chacun Tambitionne, Et la tribune a ses deux grands rivaux. Le plus petit, tout gonflé de malice, Dit ; Le Roi règne et ne gouverne pas !
Talma Et l'autre ?
Dbbubau
Chut ! redoutons la police, Pensons haut, parlons bas (bis).
Talma]
En France au moins, il n'est plus de Jésuites ?..
Dbburatj
Comme toujours, encore plus que jamais.
Partout on voit le froc noir des lévites ; Il envahit et chaumière et palais.
De Loyola Téternelle milice Montre au grand jour et soutane et rabats ; Mais Cerbère est un limier de police.
Parions, parlons plus bas {bis),
Talma
Jusque chez nous d» la brave Pologne A retenti le cri de liberté :
On n'aurait pu sans honte, sans vergogne, L'abandonner à son joug détesté.
Deburau
De pes héros chacun marche au supplice, La Krance en pleurs^ demeure l'arme au bras ! ChutI Cerbère est un limier de police, Parlons, parlons plus bas {bis),
VU
Talma
Ainsi j'étais dans une erreur profonde Quand je rAvai» notrt* gloire d'autrefois. De c lûte en chute, il croule ce vieux monde Où de l'Empire a ré:<ouné la voix.
Deburau, alarmé.
Parlons plus bas si tu veux que je puisse Te raconter ce que l'on f.iit là- bas.
On dit Cerbère un limier de police
Pensoni haut, parlons bas t {bis)
363 LES wnjiaBviM
La nouvelle chanson se vendit plus encore peut-être que la première. M. Billion en faillit devenir enragé.
Ce nom de Deburau lancé à tous les échos du boulevard, alors qu'il tentait de Tétouffer, mettait le bon directeur dans une surexcitation telle, que, de sa chaise curule, il lançait dans spn théâtre et sur la tète de ses comédiens des ukases foudroyants.
Un soir, on voyait afBchë, à la glace du foyer, une note dans le genre de celle-ci :
AVIS
Celui qui »er& vit^ tmvant chex le marchand de vin, avec les crieurs de» chansons sur défunt Deburau, sera consigné & la porte du théâtre.
Le Directeur,
Billion.
Un autre soir, c'était :
AVIS
M. Alexandre, ayant chanté dans Tiotérieur du f)Ht4lM« ia chanson de Taltna el Deburau, est à Taoïende de dix tous. Ceux qui itnouveileraient cette incartade, seraient à l'amende de vingt sous. Une trotfità— fois, ils seraient renvoyés de mon théâtre.
Le Directeur,
Billion.
Les artistes se faisaient des gorges chaudes, comme bien Ton pense, de ces étranges proclamations.
Un jour, M. Billion arriva à son théâtre, la figure illuminée, un rayon de soleil dans les yeux, jubilaqt, souriant, distribuant des poignées de main à qui les voulait.
Une idée lumineuse, grandiose, colossale, était, paralt-il, éclose dans sa boite encéphalique. Telle, la manne divine vint dans le désert ranimer les Hébreux affamés.
Les crieurs de chansons furent invité^ à comparoir dans le cabinet directorial de M. Billion, afin d'entendre une proposition que celui-ci avait à leur communiquer.
Tous s*y rendirent avec une certaine défiance; mais s'y rendirent.
M. Billion leur tint à peu près ce discours, qui lui avait été préparé par Charles Charton, son régisseur littéraire :
0 Messieurs, vous êtes exposés tous les soirs aux intempéries des saisons. La pluie, le vent, la grêle vous préparent pour l'avenir des rhumatismes et des fiuxions de poitrine. Je m'intéresse a vous. Ce n'est pas sur le boulevard, c'est dans ma salle que je veux vous voir exercer votre péuiblç commerce. Moyennant une
LES FUVAMBULES 303
rétribution de cinquante centimes chacun, que yqub aorez à me verser chaque soir, avant le commencement des deux ou trois représentations que je donne, je vous accorde le droit de vendre vos élucubrations dans le Temple même où le grand Deburau, celui que nous regrettons tous, a exercé son sacerdoce. »
Les aboyeurs se regardèrent, se consultèrent et finalement acceptèrent. Ils étaient six.
M. Billion se vit ainsi débarrassé de ceux qui, coram populo, gênaient ses réclames sur Paul Legrand, lequel n'en pouvait mais; et empocha du coup, trois francs de plus par représentation.
Cent quatre-vingts francs par mois, pour le moins! les appointements de plusieurs artistes!...
Le 26 septembre^ on joua : Lœuf rouge et l'œuf blanc^ ou Le pouvoir des Génies, grande pantomime arlequinade, féerie en i 6 changements, danses, combats, etc, . .
C'est dire que Pierrot, valet de la Mort, n'avait pas fait d'argent.
Pour donner une idée du tour de la nouvelle pantomime, je vais citer le commencement du premier tableau. Il édifiera le lecteur sur le reste de Touvrage :