‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 102 sur 160 · TALMA ET DEBURAU · texte numérisé non relu

TALMA ET DEBURAU

DIALOOUB DBS HOBTS A PROPOS DES VIVANTS

Air : du Dieu des bonnes gens.

Ta LU A, tendant la main à Deburau

Ami, c^est toi, parle-moi de la FraDce,

De soD beau ciel, à me? yeux éclipsé.

Parle : Apprends-moi, depuis ma longue absence,

De glorieux tout ce qui s'est passé.

Dbbcrau, regas'dant autour de lui.

Parlons plus bas, si tu veux que je puisse Te racoDter ce que Ton fait là- bas On dit Cerbère un limier de police.

Cher Talma, parlons bas {bis).

Talma

Je me souviens de ces beaux Jours de gloire Où nous avions un parterre de roi» ; La France encore, oh ! laisse-moi le croire A l'univers pourrait dicter des lois.

Dbburau

Elle le peut I Oui rendons-lui justice : Mais bien souvent on enchaîne son bras. Chut ! Cerbère est un limier de police, Parlons, parlons plus bas {bis),

Talma

Avec la paix doit régner l'abondance ;

Le peuple est donc aussi riche qu'heureux ?

Dbburau

Le pain est cher et le budget immense ; Nous payous l'air, ce don gratuit des cieux. Je crois qu a bien couler le bénéfice, Il vaudrait mieux guerre et brillants combats. Mais Cerbère est un limier de police.

Parlons, parlons plus bas {bis).

Talva

Pour commander n'est-il dnuc plus personne ?... Le peuple est-il veuf de tous ses héros ?...

Deburau

Le premier rang, chacun Tambitionne, Et la tribune a ses deux grands rivaux. Le plus petit, tout gonflé de malice, Dit ; Le Roi règne et ne gouverne pas !

Talma Et l'autre ?

Dbbubau

Chut ! redoutons la police, Pensons haut, parlons bas (bis).

Talma]

En France au moins, il n'est plus de Jésuites ?..

Dbburatj

Comme toujours, encore plus que jamais.

Partout on voit le froc noir des lévites ; Il envahit et chaumière et palais.

De Loyola Téternelle milice Montre au grand jour et soutane et rabats ; Mais Cerbère est un limier de police.

Parions, parlons plus bas {bis),

Talma

Jusque chez nous d» la brave Pologne A retenti le cri de liberté :

On n'aurait pu sans honte, sans vergogne, L'abandonner à son joug détesté.

Deburau

De pes héros chacun marche au supplice, La Krance en pleurs^ demeure l'arme au bras ! ChutI Cerbère est un limier de police, Parlons, parlons plus bas {bis),

VU

Talma

Ainsi j'étais dans une erreur profonde Quand je rAvai» notrt* gloire d'autrefois. De c lûte en chute, il croule ce vieux monde Où de l'Empire a ré:<ouné la voix.

Deburau, alarmé.

Parlons plus bas si tu veux que je puisse Te raconter ce que l'on f.iit là- bas.

On dit Cerbère un limier de police

Pensoni haut, parlons bas t {bis)

363 LES wnjiaBviM

La nouvelle chanson se vendit plus encore peut-être que la première. M. Billion en faillit devenir enragé.

Ce nom de Deburau lancé à tous les échos du boulevard, alors qu'il tentait de Tétouffer, mettait le bon directeur dans une surexcitation telle, que, de sa chaise curule, il lançait dans spn théâtre et sur la tète de ses comédiens des ukases foudroyants.

Un soir, on voyait afBchë, à la glace du foyer, une note dans le genre de celle-ci :

AVIS

Celui qui »er& vit^ tmvant chex le marchand de vin, avec les crieurs de» chansons sur défunt Deburau, sera consigné & la porte du théâtre.

Le Directeur,

Billion.

Un autre soir, c'était :

AVIS

M. Alexandre, ayant chanté dans Tiotérieur du f)Ht4lM« ia chanson de Taltna el Deburau, est à Taoïende de dix tous. Ceux qui itnouveileraient cette incartade, seraient à l'amende de vingt sous. Une trotfità— fois, ils seraient renvoyés de mon théâtre.

Le Directeur,

Billion.

Les artistes se faisaient des gorges chaudes, comme bien Ton pense, de ces étranges proclamations.

Un jour, M. Billion arriva à son théâtre, la figure illuminée, un rayon de soleil dans les yeux, jubilaqt, souriant, distribuant des poignées de main à qui les voulait.

Une idée lumineuse, grandiose, colossale, était, paralt-il, éclose dans sa boite encéphalique. Telle, la manne divine vint dans le désert ranimer les Hébreux affamés.

Les crieurs de chansons furent invité^ à comparoir dans le cabinet directorial de M. Billion, afin d'entendre une proposition que celui-ci avait à leur communiquer.

Tous s*y rendirent avec une certaine défiance; mais s'y rendirent.

M. Billion leur tint à peu près ce discours, qui lui avait été préparé par Charles Charton, son régisseur littéraire :

0 Messieurs, vous êtes exposés tous les soirs aux intempéries des saisons. La pluie, le vent, la grêle vous préparent pour l'avenir des rhumatismes et des fiuxions de poitrine. Je m'intéresse a vous. Ce n'est pas sur le boulevard, c'est dans ma salle que je veux vous voir exercer votre péuiblç commerce. Moyennant une

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rétribution de cinquante centimes chacun, que yqub aorez à me verser chaque soir, avant le commencement des deux ou trois représentations que je donne, je vous accorde le droit de vendre vos élucubrations dans le Temple même où le grand Deburau, celui que nous regrettons tous, a exercé son sacerdoce. »

Les aboyeurs se regardèrent, se consultèrent et finalement acceptèrent. Ils étaient six.

M. Billion se vit ainsi débarrassé de ceux qui, coram populo, gênaient ses réclames sur Paul Legrand, lequel n'en pouvait mais; et empocha du coup, trois francs de plus par représentation.

Cent quatre-vingts francs par mois, pour le moins! les appointements de plusieurs artistes!...

Le 26 septembre^ on joua : Lœuf rouge et l'œuf blanc^ ou Le pouvoir des Génies, grande pantomime arlequinade, féerie en i 6 changements, danses, combats, etc, . .

C'est dire que Pierrot, valet de la Mort, n'avait pas fait d'argent.

Pour donner une idée du tour de la nouvelle pantomime, je vais citer le commencement du premier tableau. Il édifiera le lecteur sur le reste de Touvrage :

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