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CHAPITRE XXXVl

Les 8 Pierrots

Alexandre Guyon était parvenu à faire parler de iai, dans cet emploi des Pierrots, qu'il venait de remplir pendant près de deux années, aux Théâtres des Patriotes, Lazarri, Concert Bonne- I>louveltej où son nom avait été glorieusement arboré comme vedette.

M. Billion, s*en était aperçu et avait dit un jour à Deburau :

— Il parait qu*il ne va pas mal maintenant, Alexandre ?

. — Il va môme très bien, avait répondu Charles. Et si j'étais & votre place...

— Que ferais-tu ?

— Je l'engagerais pour remplacer Paul.

— Mais... je ne veux pas renvoyer Paul. Il est très aimé.

— Depuis qu*il a été à Londres, on trouve que, dans tous ses rôles, il apporte Taccent anglais.

— Qui, On?

— Le public.

— L*accent anglais ?... C'est stupide !.. Il ne parle pas.

— Ça ne fait rien, il mime en anglais. Je vous dis que j'enga> gérais Alexandre.

— Eh ! bien, envoie-le moi un de ses jours, ton Alexandre, sans que ça ait Tair de venir de moi.

Charles s'était empressé d*aller reporter sa conversation à son ami, lequel était venu voir M. Billion. L'engagement avait été signé séance tenante, M. Billion ayant promis à Alexandre de commander une pantomime, dans laquelle il y aurait trois Pierrots.

Le 17 janvier on joua: L'écrivain public, vaudeville en i acte.

Le 12 février : La Chasse en Russie, panlomime en 2 tableaux dont voici la distribution :

Pestewich MM. Philippe.

Ou^aDof Laplace.

Pierrot Ch. Deburau.

Uu Co«aque Alexandre.

Un dao^ur Déruddtjr.

id Vauii«*r.

Oietka M*ii* Iioiénie.

Uas dauseuse M^ Latoar.

350 LES' FJJNAllBÙlÊâ

Ce fui par ce rôle de Cosaque, qu'Alexandre Guyon fit sa rentrée dans le théâtre de ses ré Tes.

Le 11 mars: Vert-Vert, vaudeville en 1 acte.

Le 13 avril, il se passa aux Funambules un fait extraordinaire.

On ne répéta pas ! ! !

Isménie, la Colombine charmeuse, s'accordait en justes noces h M. Auguste Jouhaud» auteur dramatique.

La troupe avait été conviée au festin pantagruélique, commandé pour la circonstance. M. BiUîon lui-même avait daigné, en compagnie de l'honorable M"' Billion, assi&ter à la cérémonie et au repas gargamelleux, qui en avait été la suite.

Isménie avait commencé à jouer la comédie, dte Tàge de douze ans, au Gymnasse enfantin, dirrigé par M. Monval de Saint- Hilaire, sous-chef du personnel au ministère des Finances.

Ce petit théâtre, situé dans le passage de l'Opéra, galerie du baromètre, a été détruit le 30 juillet 1843. par un incendie qui avait pris naissance dans un restaurant d*à côté.

Isménie s'en fut alors jouer au théâtre de M. Comte, passage Choiseul, puis au Spectacle-concert du sous-sol Bonne Nouvelle, directeur M. L. Henri, où elle devint la camarade d*un Pierrot, que nous reverrons par la suite, Dimier dit Kalpestri.

C'est de ce concert qu'elle était entrée aux Funambules, où elle avait débuté dans : Les Dupes ou Les deux Georgette.

La gentille Isménie, devenue femme Jouhaud, quitta les Funambules • pour jouer la comédie dans les théâtres de la banlieue ; puis, chanter au café-concert. Elle est morte le 22 février 1874.

Je trouve cette note, dans celles recueillies par Vautier : Corn (lanceuse elle n était pas de premierre force^ mais elle y supliest par sa grasse et la finnesse de son jeut.

Le 15 avril: Sébastiano le bandit, pantomime en 10 tableaux, par Charles Charton .

Pierrot MM. Ch. Deburau.

Sébastiaoo Frédéric.

MODtbiro A'exanifre.

Lonnzo Philippe.

Cyrano Aiiatnle.

Un daiipeiir VauU* r.

La C«imtesi»e M»«» Lpr<'bvrè.

Kinrcila Laioiir.

L*abl»e se ^ Liqui n.

Due ddu^euse » ....<...!.«. laoïvDiétf

LES FUNAMBULES ' 35i

Le 19 avril: Laurence^ vaudeville en 2 actes, joué par Ferdinand, Arthur, Alexis, M"" Joséphine et Emma.

Champfleury n'était pas en odeur sacrée, auprès des rédacteurs du journal VEniracte ; dans le numéro du 27 avril, je trouve cette note désobligeante :

M. Champûeury va faire sa rentrée aux Funambules par la pantomime de : Uhomme au chapeau crasseux.

Le 9 mai : La Filleule du Régent^ vaudeville en 2 actes.

Le il mai : Les Fous, pantomime en i acte, jouée par Deburau, Alexandre, Vautier, Dérudder et Anatole.

Une pantomime sans femme, le cas est assez extraordinaire. Hàtons-nous de dire que ce petit acte n'était qu'un tableau à gros effet, détaché d'une autre pantomime : Noir et blanc.

Ce même il mai : Les amoureux à la diète, vaudeville en 1 acte.

Le 16 mai, une épouvantable catastrophe, arrivée à Angers, déchira le cœur de toute la France.

Le 3"" bataillon du ii°® léger traversait le pont de la Basse- Chatne. L'on n avait pas fait rompre le pas aux soldats. Tout à coup, le pont s'effondra, entraînant, dans les eaux de la Maine, deux cents militaires de tous grades.

La douleur fut immense. L'impressionnable Paris la ressentit plus vive qu'en tous autres points de la France.

Des représentations s'organisèrent, pour soulager les douleurs et les misères des familles atteintes par cet irréparable malheur.

Les Funambules arrivèrent bon premier, en donnant le 20 mai un spectacle extraordinaire : Au bénéfice des victimes de la catastrophe du pont d'Angers,

Celte représentation se composait de la première de : Mont Mirail en i 8i4j mimodrame en 9 tableaux.

M. Billion versa 280 francs à la caisse des secours ; ayant eu le soin de retenir ses frais, dans lesquels figurait une somme de deux francs, pour cachet à la buraliste, qui je l'ai dit, n'était autre que M"** Billion.

Le 25 mai : Polichinelle Vampire, grande pantomime à grand spectacle, en 15 tableaux, dans le genre italien ; mêlée de dialogues, de métamorphoses, de travestissements et de danses, par MM. Charlet et Vautier.

Pierrot MM Ch. Deburau.

Polif*.hin»?lle , Ya*itier.

Arlequin Dé'^urltler.

CttBsoudre Laplacs.

Léandre M. Orphée,

Sataniel W^* Hinaux.

Satan Frédéric.

Le Pacha Ganachmam Alexandre.

™ôS;ri -"«PI--

Premier sabotier Alexandre.

Deuxième sabotier Anatole.

Une sabotière M»*» Lcfebvre.

Colombine Uménie.

Une fermière Latour.

Deux peUts chinois \ ^^^J'

i Joséphine.

C^était bien la pantomime classique des vieux temps, telle que pouvaient seuls la concevoir Charles Charlon et son complice Vautier.

i«r tableau : La naissance de Polichinelle L'enfer,

Le laboratoire de Cassandre, La chambre de Colombine.

La joute sur Veau.

/«a forêt magique.

L'auberge enchantée.

L'explosion du tonneau, Le voyage dans les airs.

Le harem.

Polichinelle rappelé à sa mission.

Les mines dor.

Le palais des Uimières.

Le temple de Chyménée.

Apothéose.

Au premier tableau, Polichinelle père tuait Venfant qui venait de lui venir au monde, parce que, lui chantait-on :

Air :

11 est bossu par derrière, Il est bossu par devant ; II vient de voir la lumière Cheveux, moustach* tout est blanc.

Son nez s^allonge et se courbe Gomm' le bec d'un perroquet ; Son menton n>st qu*une courbe Et son cri n'est qu'un caquet.

Nez Bourgeonné, .Membres tout disloqués, Entêté Et rusé Voilà le nouveau né.

Comme son père il est fourbe.

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Celait M"* Latour qui devait chanter ce couplet à Polichinelle. Mais M^** Latour, n'étant jamais parvenue à pouvoir prononcer un seul mot en scène, ce fut à M"" Lefebvre qu'incomba la tâche.

Bref, Satan sortait de terre et emportait l'enfant, en jetant une bourse à Polichinelle.

. Alors Sataniel apparaissait et disait au père dénaturé :

Air :

Je me nomme Sataniel, Je suis le fils du Soleil, Mon pouvoir est éternel.

Sur la terrect dans le ciel

On connaît le grand* Satanich

Je protège Tinnocence

Contre le séducteur.

Je donne la patience Au pauvre solliciteur.

Je rends un ami sincère ' * Et le pouvoir parfait.

Une femme enGn sait taire, Par mes soins, un secret.

Car je suis Saint-Aniel Je suis ce fils du Soleil !

Frappé au cœur par cette poésie qui, bien que lancée par un nis du Soleil, ne portait en elle aucune de ses flèches d'or, Polichinelle père s'empressait de mourir !

On se trouvait alors transporté chez Satan, lequel, d'une voix tonitruante, chantait à ses sujets :

Me voici donc enfin Dans mon sombre royaume ; Mais rhomme est un atome Dont je veux voir la fin !...

L'enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. La facture de ces vers en est une preuve.

Aux enfers, le petit Polichinelle grandissait tout d'un coup, sur Tordre de Satan, qui lui faisait cadeau d'une bourse inépuisable et d'une marotte, lui permettant de satisfaire tous ses souhaits.

Puis, il l'envoyait sur. la . terre, avec mission de lui ramener Colombine, dans un an, avant le dernier coup de minuit.

Polichinelle, arrivé sur notre monde, se présentait chez Cassandre, lui demandant la blanche main .de sa fille Colombine. Naturellement, celle-ci lui préférait son Arlequin bien aimé.

Les deux amoureux, protégés par Sataniel, prenaient la fuite, et la poursuite recommençait) -Gomme dans les autres pantomimes.

Je dois dire que les incidents comiques, dont cette poursuite était accidentée, sont fort amusants.

Aussi, cette élucubration des deux mimes funambulesques obtint-elle uu très grand succès.

L'éditeur Dechaume s'empressa de l'accaparer.

Le 1" juin on joua : Une Cure merveilleuse^ vaudeville en 1 acte^

Ce même 1" juin : Une Partie de plaisir, vaudeville en 2 actes.

Le B juin : Les Epoux de neuf ans, vaudeville en i acte, par Auguste Jouhaud.

Le comte MM. Ferdinand.

Bouffar Alexis.

Auibroise Victor.

Un domestique Anatole.

La baronne M»« Thierry.

Adolphe La petite Joséphine.

Cécile La petite Fanny

Catiche M»« Hinaux.

Ce vaudeville avait été spécialement fait pour les débuts d*une intelligente petite fille, M^^"* Fanny, qui obtint, dans son rôle de Cécile, un éclatant succès.

Or, sait-on ce qu'est devenu ce petit phénomène ? Une grande artiste dans un tout autre genre. Le nom de Mariquila a succédé à celui de Fanny, et l'enfant, devenue femme s'est révélée comme la plus originale des danseuses ; puis, comme maître de ballet, des plus parfaits et des plus ingénieux.

M^'* Fanny-Mariquita a abandonné Thalie pour Therpsichore. A-l-elle eu raison ? Peut-être, n'eût-elle fait qu'une comédienne ordinaire, alors, que 1 on a gagné, à cet avatar, une danseuse de premier ordre et un émérile professeur.

La pièce, faite pour M"' Fanny, servait également de début à sa sœur, M"* Joséphine, qui remplissait le rôle d'Adolphe, le mari miniature de la minuscule Cécile.

Le 16 juin : Pierrot pâtissier ou Un Bailli aux abois^ pantomime comique en 4 tableaux.

Pierrot MM. Paul Legrand.

Le BaiUi Laplace.

Nicolas Dérudder.

Jolicœur Vautier.

Sans-souci Alexandre.

Un caporal Delhomme.

La mère Simonne M»«» Lefebvre.

Claire Latour.

Annette Isméuie.

La direction distribuait à tour de rôle les Pierrots, tantôt à Paul, tantôt à Charles. Aussi quelle rivalité !.. quelle activité !.. quel déploiement de subreptices subtilités, pour que Tun ne connaisse pas les trucs nouveaux, que Tautre combinait.

Le 22 juin : Les Pirates .algériens ou Lhéroine de Malte^ pantomime en 7 changements.

Le Duc MM. Philippe.

DuDois Vautier.

Dalmath e w . . . Delbomme.

Pierrot Deburau.

NouradÎQ Frédéric.

Âlamalek Alexandre.

Yphraïm Orphée.

Beoouzu Laplace.

Moralo Dérudder.

Arinide M»«» Lefebvre.

Olga : Latour.

C'était au tour de Deburau de jouer le Pierrot.

Ce fut dans cette pantomime, que débuta, effectivement, comme mime Delhomme, V Auguste du cirque dont j*ai précédemment parlé.

Le 25 juin : Les Troupiers de V armée d'Italie^ pièce militaire en 5 tableaux.

Le 22 juillet: Pierrot et les deux Lutins^ pantomime en 4 tableaux.

Cette fois c'était Paul Legrand qui créait le rôle de Pierrot.

Le 21 août : La Fille de la Tamise ou Le Gnome infernal^ mimodrame fantastique en 9 tableaux, traduit de l'anglais, par Charles.

Cette indication « traduit de l'anglais » est un comble pour qui a connu le bon Charles Charton, lequel, comme Figaro, ne devait connaître de cet idiome que Goddam. Il est vrai que c'est le fond de la langue, prétend Figaro.

Le 7 septembre : Roland, vaudeville en 1 acte par M. Daniel.

Le 24 septembre : Un Portier comme il y en a tant, vaudeville en i acte.

Nous arrivons enfin à la réalisation de la promesse, faite par M. Billion, à Alexandre Guyon.

Le 7 novembre, se donnait la première représentation de : Les trois Pierrots ou Pierrot le rusé, Pierrot le naïf, Pierrot le dévoué, grande pantomime en 12 tableaux, précédée de : Le Directeur et l* Auteur, préface, et de : Le baptême des Pierrots, prologue, par M. Auguste Jouhaud.

DISTRIBUTION

PietToi U rusé MM. Ch. Deburau.

Pierrot le dévoué Paul Legrand.

Pierrot le natif • . . . . Alex. GuyoD.

Cassandre Laplace.

Pierrot père Philippe.

Léandre, amant d'Isabelle Orphée.

Arlequin, son valet Vautier.

Le Prince Kiki Dérudder.

Muff-tall, in lerprète Frédéric.

Le Directeur Alexis.

L'auteur Samson.

Gilles Mousseron.

Un vieux muet Victor.

Isabelle, pupille de Cassandre M^** Latour.

Colombine, sa suivante Estelle.

La princesse Kiki Lefebvre.

Gillette Lequien.

La bonne Destinée j *•"" fj||*"-

La mauvaise Destinée Jenny.

Une dame d'honneur ***

Suite du Prince, valets, insulaires, paysans.

Dans ses Masques et Bouffons^ M. Maurice Sand désigoe Kalpestri, comme le créateur de Pierrot le naïf.

Erreur, qu'il eût été facile au fils du célèbre écrivain de ne pas commettre, en consultant la brochure de la pièce, éditée par Dechaume ; ou même, en s'adressant aux interprèles de cette pantomime, existant en grand nombre, à Tépoque à laquelle a été publié ce livre, si magnifiquement illustré, pour lequel M. Maurice Sand reçut la décoration de la Légion d'honneur ; ce qui fit dire aux pointilleux d*alors, que M. Maurice Sand portait la croix de sa mère.

Voici les titres des it tableaux de cette vaste conception mimique :

Préface : Le Directeur et V Auteur,

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