ARTISTES
MM. Paul Legrand.
Charles Deburau.
Pelletier.
Ferdinand.
Philippe.
Laplace.
Yautier.
MM. Dérudder.
Alexandre.
Victor Meteau.
Etienne.
Orphée.
Sauton.
Champeaux.
Landais.
Mme» Thierry.
Lefebvre.
Rosalie.
Delphine.
Saint-Ys.
Mancini.
Thérèse. Georgina.
M"* Isménie, Tagréable Colombine devenue Madame Jouhaud, ne faisait plus partie de la compagnie qu'accidentellement.
Le 5 janvier, on joua : Pierrot el le Diable jaune , pantomime en 10 tableaux.
Paul Legrand remplissait. le. rôle de Pierrots
Le 12 janvier : La Chaumière des Cévennes, pantomime en 7 tableaux.
C'est encore Paul qui faisait le Pierrot.
Le 22 janvier : Pierrot à deux faces^ pantomime en 6 tableaux.
Cette fois, c'était le tour de Deburau, d'endosser la casaque blanche.
Le 25 janvier : Le Pacha du quartier, vaudeville en 2 tableaux.
Le 25 janvier : Pierrot maçon, pantomime comique en 5 tableaux, par M. Charles.
Dans cette pantomime, éditée par Dechaume, on trouve des indications dans le genre de celles ci-dessous :
Paul, rimprudent caisner du banquier Cassandre, est tellement amoureux, qu'il se promène la nuit dans les rues, avec Targent que Cassandre lui a confié la veille.
Puis :
Les deux voleurs, qui ne sont pas des plus honnêtes, s'éloignent en sournois.
Le manuscrit termine ainsi :
Pierrot et Tapotte se marient et la chronique raconte qu'ils furent heureux et qu'ils eurent beaucoup d'enfants.
Le 8 février : Pierrot récompensé, pantomime en 11 tableaux. Deburau : Pierrot.
Le 10 février : L Amour d'un Page, pantomime en 3 tableaux.
Paul Legrand : Pierrot.
Le 19 février : Benjamin^ vaudeville en 1 acte, par M. Daniel.
Ce môme 19 : Le Petit Enfant prodigue^ vaudeville en 6 tableaux.
Cette pièce^ intitulée vaudeville, n'élait pourtant qu*une pantomime, dont Alexandre Guyon créa le Pierrot, Vautier le Polichinelle, Dérudder TArlequin, et Antoine le Cassandre.
Les rôles parlant étaient Jocrisse père, joué par Alexis et Jocrisse fils joué par Pelletier.
Le 6 mars : La Révolte du Caire, pièce historique^ en 11 tableaux.
Muley-ben-Omar MM. Paul Legrand.
Galois, dit Tinvincible Ferdinand.
Pothin PeUetier.
Mourad-Bey Philippe.
Amilcar Frédéric.
Mohamed Victor.
Osman Samson.
Molek Orphée.
Aboul-Abbas Mousseron.
Mitto Jules Bazin.
Fatime M«« Lefebvre.
Zaphira • M>^* Hinaux.
Ce fut un succès énorme, que ce vaudeville sans couplets, intitulé pompeusement par Tauteur : Pièce historique III
Paul Legrand n'y mimait pas un seul instant; mais, par contre, n'arrêtait pas de parler. Son personnage de Muley-ben>Omar était un vieux bavard, appartenant à l'emploi des premiers comiques marqués.
Jules Bazin a fait éditer, de cette pièce, une lithographie de sa composition, fort bien dessinée, représentant Paul Legrand dans ses deux costumes, Ferdinand en Galois, et M"^' Lefebvre en Fatime.
Cette lithographie est fort rare à trouver maintenant, comme tout ce qui a rapport à ce petit théâtre.
Le 16 mars : Les deux Cuisiniers^ pantomime en 4 tableaux.
Deburau : Pierrot.
Le 27 mars : Amour et Contrainété, pantomime en 6 tableaux.
Le 22 avril : Les Pêcheurs napolitains, pantomime dialoguée, en 10 tableaux, par Charles.
Pierrot MM. Debucau.
Le Comte Frédéric.
AWaro «PhiUppe. *
Diego MM. Alexandre.
Roberto Laplace.
Un lazzarone Orphée.
Premier pêcheur Vautier.
Deuxième pécheur Dérudder.
Troisième pécheur Antoine.
Un lazzarone, parlant Benjamin.
Amanda M»" Lefebvre.
Adelioa Estelle.
Dans tous les manuscrits, conçus et écrits par Charles Cbarton, on est certain de récolter d*étonnantes révélations, qui bouleversent, de fond en comble, les notions les plus élémentaires de la Géographie, de THistoire des Nationalités, enfin, de tout ce qui, depuis des siècles, a été et est dûment établi, constaté, avéré.
Ainsi, dans ces Pêcheurs napolitains, je relève cette merveilleuse indication de décor :
La scène se passe à Naplbs. Au fond on voit Vbnisb et au bas le Danube.
Jusqu'à présent, sans parler de Venise que Ton aperçoit de Naples, dans le lointain, les géographes nous avaient classiquement indiqué le beau Danube bleu, comme prenant sa source dans la Forél^ plus ou moins Noire, traversant TÂllemagne, la Hongrie et la Turquie, pour aller se perdre dans la mer, aussi Noire que la Forél^ témoin de sa naissance.
Eh I bien, Charles Charton a changé le cours de ce fleuve. Il Ta détourné de ses devoirs. Il Ta arraché de son lit, et Venise la Belle le regarde, avec stupéfaction, lui donner un bain de pied et se jeter dans les bras de TAdrialique.
Et, quel merveilleux panorama ensoleillé s*étend sous Tœil dilaté du spectateur abasourdi : Naples au premier plan et Venise dans le fond !
Les lagunes et le Vésuve en présence... C'est prodigieux d'inouisme.
L'indication du décor du cinquième tableau porte ceci : « Les ruines évidentes de la ville de Naples ».
D'après cet étonnant Charles Charton, Naples est entièrement détruite et ne nous présente plus qu'un amoncellement de ruines I. et évidentes, encore !..
Le décor du septième tableau n'est pas moins curieux à définir que les précédents : « Un mur de prison où il y a des cachots ».
Voilà, certes, un mur qui doit, en épaisseur, laisser de beaucoup en arrière, celui que Jules César avait fait élever pour
empêcher les Helvètes de pénétrer dans les provinces Romaines.
Habituellement ce sont les murs qui forment les cachots. Charles Gharton ne l'entend pas ainsi ; il lui faut un mur pour fourrer des cachots dedans.
H rénove Tarchitecture L. Â côté des ordres Dorique, Ionique, Corinthien^ Romain et Toscan, Charton crée Tordre Char [etv tonnesque. Et, ce n'est pas fmi !.. comme dit mon ami Plessis.
a Dixième tableau : Naples avec le Danube dans le fond, (Toujours). Sur Cun des côtés ^ une tour baignée par les eaux. (Les eaux du Danube qui est dans le fond ?) avec une fenêtre et un pont traversant le théâtre.
Savez-vous à quoi doit servir ee pont? A sauver une victime digne de sympathie, poursuivie par un abominable traître.
La victime a traversé le pont. Le traître va s'élancer sur ses traces, lorsqu^un pécheur scie sans bruit , un des poteaux qui soutiennent le pont.
Vous avez bien lu?... sans bruit.., c'est écrit tout au long sur le manuscrit.
— Scier sans bruit, fit-on remarquer à Charles, cela paraît bien invraisemblable.
— Pas plus qu'autre chose, répondit Tauteur qui n'admettait aucune observation. Dans la pantomime, tout doit se faire sans bruit. Le spectateur n'a que des yeux et pas d'oreilles.
L'AmbigU'Comique avait donné, le 1" avril, la première représentation du Comte de Morcerf, drame en 5 actes et 10 tableaux, de MM. Alexandre Dumas et Auguste Maquet. C'était la première des suites, du célèbre drame en deux soirées Monte- Cristo. La seconde fut Villefort.
Le 16 mai les Funambules donnèrent : Le Comte de Morbiche, parodie en 8 tableaux, par Auguste Jouhaud.
L'affiche portait comme indication : Troisième fournée de Montecrie-trop, en 7 tableaux ; suivie de Fort-Ville^ quatrième et dernière fournée et précédée d'un prologue,
La scène se passait à Gonesse.
La quatrième partie. Fort-ville, n'était qu'un rondeau fort long, chanté sur l'air de Vert-Vert^ par Albert de Morbiche, l'un des personnages de la parodie.
Alexandre Dumas était allé, sur l'invitation d'Auguste Jouhaud, voir jouer la parodie de son drame.
A la On de la représentation, Jouhaud lui dit :
— Eh I bien, croyez-vous que j'ai mis le nez dedans ?
LES Ft'NÂMBLLES 'i65
— Absolument comme dans une truffière, lui répondit le grand homme.
Je tiens le mot de Jouhaud lui-même, qui ne le pardonna jamais au grand homme.
Le 23 mai : Les Amours de Pierrot , ballet-pantomime en 3 tableaux (reprise).
Pierrot : Deburau.
Le 5 juillet : Le ûémon, pantomime en 7 tableaux.
Dans cette pantomime pas de Pierrot.
Le 4 août : La Veuve du Soldat^ pantomime en 6 tableaux par Charles.
Pierrot: Deburau.
Le 14 août : Maihilde, pantomime chevaleresque en 9 tableaux, par M. Laurent.
Pierrot : Deburau.
Dans cette pantomime chevaleresque, il n'y avait pas un chevalier et pas un cheval.
Le 23 août : Barbe-Bleue, féerie en 16 tableaux par M. Daniel.
M''* Isménie, dame Jouhaud, fut spécialement réengagée pour celte pièce.
Paul Legrand jouait Barbe-Bleue, vieux seigneur ridicule^ selon rindication du manuscrit.
Il parlait, il chantait, il était vieux, il était bête, il était bafoué, il était maladroit, enfin il était tout, excepté Pierrot.
La prédiction de défunt Bertrand s'accomplissait : Je vous vois dans les grimes ! avait dit le fondateur des Funambules.
Paul Legrand unissait par les jouer, et, paralt-il, y était parfait.
Dans ce personnage de Barbe-Bleue, il obtint un très grand succès.
— Il a renoncé à la farine, disait un journaliste, dans son compte-rendu de la pièce.
Et, à ce propos, j'interviens pour démontrer combien estimpropre ce mot de farine, qu'ont employé tous les appréciateurs du passé, grands et petits, quand ils ont voulu qualifier la figure blanche de Pierrot.
Jamais, au grand jamais, une pincée de farine n'a touché la face blême des Deburau de tous les temps.
Le blanc qu'ils se mettent sur le visage, est composé d'une façon spéciale pour résister à la transpiration.
Au fait, pourquoi ne donnerais-je pas ici la recette du père
366 LES FUNAMBULKS
Deburau, recelte qu emploient du reste tous les Pierrots de profession.
Les amateurs en feront leur profit.
Voici la note, qu*à ce sujet, me communique Alexandre Guyon.
Deburau père, ainsi que Charles, n'ont jamais mis que du blanc d'Espagne, avec une légère couche de suif sur la peau, pour éviter la sueur. Seulement, Deburau père faisait d*abord bouillir son blanc dans de Teau, qull changeait plusieurs fois ; ensuite, il en faisait uoe pâte, puis des petits pains qu'il faisait sécher sur une planche. 11 ne s'en servait que quinze jours après.
Le 4 septembre : La Lisette de Déranger^ vaudeville en i acte par A. Jouhaud.
Le 8 septembre : L Enfant révélateur, pantomime en 5 tableaux.
Pierrot : Deburau.
Le 4 octobre : Les enchantements d'Orimane, pantomime fantastique en 10 tableaux.
Pierrot: Deburau.
Le 3 novembre : Le Tonnelier et la Somnambule, pantomime en 4 tableaux.
Pierrot : Deburau.
Le théâtre des Funambules manquait d'un premier rôle, pour ses pantomimes. Et, dans celle que Ton allait monter^ il en fallait absolument un.
— Pourquoi n'engagez-vous pas Amable, dit Deburau à M. Billion.
— Un homme qui m'a envoyé un huissier.
— Parce que vous vouliez lui retenir une amende qu'il ne méritait pas.
— nia méritait.
— Non ! puisque le pont était tourné.
— Le pont ne Tétait pas.
— Moi, je vous dis qu'il Tétait. Il y a des témoins. Vous n'avez qu'à demander à tout le monde. Et puis... dame... vous en avez besoin.
— C'est vrai, j'en ai besoin.
— Eh ! bien alors ?
— Dis-lui de venir.
Amable, qui regrettait amèrement son coup de tète, se présenta dans le cabinet de M. Billion, en lui disant : M. Billion, je vous fais mes excuses. Le pont n'était pas tourné.
— Et moi, je vous dis qu'il était tourné. Je le sais, j'ai pris mes informations. J'ai eu tort. Je vous reprends.
LKS FUNAMBULES 367
Voilà comment fut rengagé Amable, qui débuta le i7 novembre dans L Homme des Tombeaux, pantomime en 8 tableaux.
Pierrot MM. Deburau.
Osselbourg PhUippe.
LoveinsteÎD Âmable.
LéODello Alexandre.
Birmann Alphonse.
Premier officier Vautier.
Deuxième officier Dérudder.
Elfrida M»«« Lefebvre,
Helmia Georgioa.
Brigitte Thérèse.
Le 27 novembre : Le Prisonnier de Plymouth, vaudeville en â actes.
Le 2 décembre, les Funambules avaient, comme d*habitude, affîché leur spectacle ; mais, le coup d'Etat exécuté dans la nuit, par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, avait ameuté et émeute la foule sur les boulevards.
Les théâtres ne Jouèrent pas ; toutes les rues étaient occupées militairement.
Ce fut le 6, seulement, que se rouvrirent les portes du théâtre de M. Billion. Quelques autres directeurs osèrent agir de même, bien que la confiance ne fût rien moins que revenue. Paris était terrorisé. Chose étonnante, après ces barricades, ces arrestations, ces perquisitions, ces fusillades, ces tueries, cette monstrueuse guerre civile, les quelques théâtres ouverts firent tous salle comble.
Le 8 décembre, on donna la première représentation de : Les mille et une Tribulations de Pierrot^ grande pantomime féerique en 15 tableaux, précédée de : Le Pacte infernal^ prologue en 2 tableaux, par M. Charles.
PRI!TCIPALX ROLKë
Pierrot, Gis de Cassandre MM. Deburau.
Gillot, » » Alexandre.
Cassandre Laplace.
Hourca, vieux turc comique Dérudder.
Mufta, vieux turc comique Vautier.
Pandolphe Antoine
L'Esprit du mal Amable.
Un vieux propriétaire Motard.
L'amour M«»*« Marie.
Irma i t M»«« Lefebvre.
Zéphirioe. > ses trois filles | Thérèse.
Anais . . . . ) ( Georgina.
etc., etc., etc.
Cassandre et ses deux fits sont dans une grande misère. De plus Cassandre est malade. Gillot, le plus jeune des deux enfants, vend son âme au diable, pour sortir de cette affreuse situation. Pierrot également. L'esprit du mal leur fait signer un pacte ainsi conçu : u Je livre mon àme à TEsprit des Enfers, à la condition d'être (( riche, d'être aimé et de rendre la santé à notre père, vieillard infirme et goutteux. »
Alors, la chaumière se change en un. palais resplendissant, et leurs vêtements sordides se transforment en riches» habits.
Les trois hommes deviennent amoureux des trois filles de Pandolphe : Irma, Zéphirine et Ânaïs.
Mais, Pandolphe leur préfère Ilourca et Mufta, les deux vieux turcs ridicules. Il n'en pouvait être autrement.
De là, jalousies, querelles, poursuites, transformations.... pas toujours do meilleur goût; mais, aux Funambules tout passait, même Todeur.
Je cite la onzième tableau :
Une rue avec boutique de chocolatier. Un garçon est en train de piler du cacao. Pierrot poursuivi, lui demande sa place et agite son pilon avec fr6> nésie. Pandolphe et ses amis arrivent en le cherchant. Tout à coup, la boutique se change en magasin d'un vidangeur. Le mortier de Pierrot se métamorphose en tinetle, dans laquelle ses ennemis le plongent. L*Amour parait, fait un signe et la boutique se transforme en café restaurant, où Pierrot est à table jusqu'au menton. Les poursuivants s'élancent dans le cafô, qui, alors, devient un hôpital de chiens malades. Pandolphe, Hourca et Mufla sont attachés par le cou. Des vétérinaires viennent leur administrer des lavements, encore plus fréquents qu'émollients. Puis, par suite de combinaisons symboliques, dont nous comprenons trop la haute portée (j'avoue pour ma part ne pas la comprendre, cette haute portée) Thôpital se change en Temple de la Mort.
Enfin, après une foule de péripéties, Tamour finit par dire aux amants réunis :
Maintenant, mes amis, soyez heureux et venez célébrer vos unions fortunées au Temple de TAmour.
Tout le monde s'agenouille, éclairé par un soleil tournant ; et les amanls sont unis, à la lueur d'un feu brillant et vif, symbole de leur passion.
J'ai tenu, pour clôturer joyeusement Tannée, à citer ces dernières lignes de Theureùx auteur, Charles Cbarton, dont on ne saurait trop proclamer le nom.