CHAPITRE XLfl
Union de Fauvette et de Pierrot
Rosine StoUz avait, à celle époque, 43 ans. Charles n*en complail que 27. On sait ce que peut être la passion d^une femme de cet &ge de grand*garde, qui n'est pas encore tout à fait la vieille, pour un jeune homme vigoureux et beau.
Elle s*accroche àlamour, sentant queVamour va Tabandonner.
Elle y use ses ongles, ses lèvres à retenir sa proie ; car elle sait qu'elle sortira vaincue de cette lutte suprême, dans laquelle sa chair devient glu et ses bras tentacules.
Rosine Stoltz rompait en visière avec tous les préjugés, pour arriver à la conservalion de cet amour effréné, le dernier peutêtre dont elle pourrait embraser sa vie.
Et défait, Charles Deburau méritait à tous égards d'être la cible de ces dernières flèches, lancées d'une main fiévreuse, par la plus belle des Favorites,
Il était charmant ce Deburau, dont s'éprenaient à première vue les dames entlammables de l'époque. Et l'Empire en fournissait beaucoup. Jamais le règne de la cocotterie ne s'était vu élever un tel trône. Cela avait une raison d'être. Paris transformé, était devenu la ville soleil, la ville aimant, attirant par l'éclat de ses .feux et de ses plaisirs, tout ce que l'Europe avait de jolies filles, qui ne demandent qu'à se perdre pour se faire retrouver.
Et Charles Deburau était un appât fort séduisant pour ces entrepreneuses de détails voluptueux.
Voici le rapide portrait qu'en fait Maurice Sand, dans ses Masques et Bouffions :
Le fils de Deburau est peut-être le plus joli et le plus élégant Pierrot qui ait existé. C*est par la souplesse, la grâce et la fantaisie charmante, qu'il s*est acquis, a bon droit, une grande vogue.
La nature semblait s'être donné à tâche de rectifier en lui l'irrégularité des traits allongés de son père, auquel cependant il ressemblait d'une étonnante façon ; mais, comme un portrait ressemble à sa charge.
A ce point que Jules Janîn, lors des débuts de Charles, avait écrit :
C'eut été une épreuve à tenter de cacher la mort du père et de produire le fils sans en rien dire à personne. On n*eût jamais su que Deburau était mort.
Les Délassemeuts-Comiques rouvrirent le 21 février par une revue en 16 tableaux intitulée : Vous allez voir ce que vous allez voir /... Auteurs : Guénée et Ch. Potier.
Au troisième acte, c'est-à-dire au cœur de la soirée, une pantomime avait été introduite, formant corps avec la revue. Cette pantomime portait comme titre : Petit Pierrot vit encore. Elle était jouée par Deburau-Pierrot, Antoine Négrier-Arlequin, (Négrier avait suivi Charles aux Délassements], Dinaux-Cassandre et M>'« Cèbe-Colombine.
Cela porta le coup de grâce aux agonisants Funambulef .
L'année avait commencé, dans Tabandonné théâtre de M. Billion, par :
Au Diable le jour de Tar?, vaudeville en un acte, donné le 1" janvier.
Puis, était venue toute une cargaison de reprises.
Le 5 mars : Parapharagaramus ou les Statues vivantes^ pantomime-arlequinade en 4 tableaux.
Le théâtre représente un laboratoire d'alchimiste.