‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 123 sur 160 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Dégringolade.

Chaque fois que j'ai trouvé une occasion de' citer, à propos du petit monument que je reconstruis, ou, Th. Gautier^ ou, Jules Janin, ou, Gérard de Nerval, ou, George Sand, ou, Baudelaire, ou tout autre sommité littéraire^ je me suis empressé de le faire, persuadé que le lecteur me saurait gré de lui procurer le plaisir de cette incursion, dans un passé tant oublié^ inconnu même pour certains.

C'est George Sand qui, cette fois, va tenir la plume :

Qu'y a-t-il de plus artiste que le peuple de Paris ? Allez voir avec quel sérieux tous ces gamins du faubourg regardent la pantomime inimitable de leur Pierrot bien-aimé ! Ils ne rient pas beaucoup; ils examinent, ils étudient, ils sentent la finesse, la grâce, Télégance, la sobriété et la justesse d'effet de tous ses gestes et du moindre jeu de cette physionomie si délicatement dessinée sous son masque de plâtre, qu'on la prendrait pour un de ces charmants camées grotesques» retrouvés à Herculanum.

Vous connaissez cette race particulière aux faubourgs de notre grande ville, race intelligente, active, railleuse; à la fois, débile et forte, frivole et terrible ; faible d'organisation, pâle, fiévreuse ; des têtes prématurément dépourvues de la fraîcheur de Tenfaoce et prématurément pourvues de barbes et de longs cheveux noirs, avec des corps grêles, souples et petits. Là, il n'y a pas de santé. La misère, les privations, le travail ou l'oisiveté forcés, également destructifs pour la jeunesse ; un climat malsain, des habitations méphitiques, de père en fils un étiolement marqué, des conditions d'existence déplorables, c'en est bien assez pour ruiner la sève la plus généreuse.

Et pourtant, il y a là aussi une énergie fébrile, une habitude de souffrir, une insouciance moqueuse, une perpétuelle excitation des nerfs, qui font que ces pauvres enfants résistent à la maladie et à la mort, mieux que l'épais John Bull, gorgé de viande et de vin. Irritez cette population et vous la voyez héroïque jusqu'à la folie sur les barricades: idéalisez-la un peu et vous aurez le gamin de Paris, l'admirable création de Bouffé. Mais voulez-vous la voir dans le calme de la réaUté 7 Allez aux petits théâtres du Boulevard, ailes

la voir en face de son maître de grâces, de son professeur dé belles manié res plaisantes, de son insouciance dégagée, de perspicacité soudaine et de sang-froid, superbe en face de son idéal, enfin, PierrotDeburau !...

Dans une étroite enceinte, où la scène est à peine séparée de l'auditoire, où aucun des linéaments de la physionomie délicate d'un mime n'échappe aux regards avides de ses élèves, où tout est homogène, artistes et spectateurc, où alternativement ils s'étudient et s'inspirent les uns des autres, à force de se lire mutuellement dans les yeux; allez voir, d'un côté ces milliers de tètes crépues qui se pressent, l'œil fixe et la bouche béante, le long des balustrades en fer; de l'autre, ces joyeux saltimbanques qui s'amusent pour leur compte et s'entassent jusque dans la coulisse, tous fascinés et électrisés par l'activité calme et l'entrain majestueux de Pierrot.

L'entr*acte a été orageux. Malheur à qui ose promener un lorgnon impertinent sur ces groupes pittoresques, entassés et suspendus d'une manière effrayante aux grilles du pourtour. Malheur aux toilettes ridicules qui se risqueraient à l'avant-scène, ou aux gens délicats qui porteraient trop visiblement un flacon à leurs narines! Mille quolibets inouïs, un hourra impétueux, des cris d'animaux, un luxe incroyable d'imagination, de tapage et de sonorité imitative, auraient bientôt fait justice de la moindre inconvenance. Mais que Deburau paraisse et aux premières acclamations d'enthousiasme, succède le silence du recueillement. Lui aussi semble recueilli, le Maître! Sa face blafarde est impassible. II est enfermé dans la majesté de son rôle, et il semble en méditer toute la profondeur.

Je m'arrête. Quelque délicieuses, quelque délicates que soient ces observations si exactes, cette si fine étude de George Sand, j'ai peur que le lecteur ne me reproche de m'écarter par trop de Thistoire des Funambules.

Cependant tout ce que je viens de citer du brillant auteur de Maupral^ se rattache à cette histoire, on ne peut le contester.

Le 18 janvier on joue : L'Automate de Pantin^ vaudeville en 1 acte.

Le 8 février : Pierrot en Orient, pantomime en 6 tableaux.

Pierrot : Deburau.

A cette époque, on remarqua qu'une loge d'avant-scène avait été grillée par ordre de la Direction. Tous les soirs, la grille était levée, de façon à cacher au reste de la salle, la personne qui venait occuper cette loge. 11 n*en fallut pas plus pour éveiller la curiosité des titis curieux. Ils se postèrent à la sortie du théâtre, guettèrent le spectateur de la loge mystérieuse et découvrirent que ce spectateur était une spectatrice. Mais quelle spectatrice ?. . son nom?., son âge?... C'est ce qu'aucun ne parvenait à savoir.

En effet, la dame ne se montrait jamais que la tête entourée d'un voile épais. Elle traversait le boulevard, gagnait la chaussée et montait dans une élégante voiture, qui l'entraînait rapidement au galop de deux superbes trotteurs.

Un soir, un gamin, plus avisé, ou plus intrépide, dans les deux

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cas plus curieux que les autres, sauta sur les ressorts du derrière de la belle voiture, désireux de savoir où petxhait là dame voilée.

Le lendemaiD il revint dire aux habitués de Tendroit, que la mystérieuse spectatrice était une chanteuse de l'Opéra : Rosine Stoltz.

Le rossignol venait là pour le Pierrot. M"^* Stoltz s'était follement éprise de Charles Deburau.

Ce duo d'amour eut une inQuence grande sur les destinées du petit théâtre. Charles n'arrivait plus à Theure ; Charles négligeait son travail. Charles, grisé par Téquipage, les valets, l'hôtel les toilettes^ les diamants, l'autorité, la notoriété et la beauté superbe de la cantatrice, se mit k devenir, sans s*en apercevoir, le pensionnaire le plus inexact, en même temps que le plus insupportable, de M. Billion.

Les amendes succédèrent aux amendes.

Charles les paya, sans que cela le fil revenir à de meilleurs principes de régularité. C'est alors que Kalpestri commença à percer sous Deburau.

Percer ! comme une image d*Epinal peut ressortir à côté d'une délicate esquisse, ou d'une virulente eau-forte.

Le jeu de la pantomime doit être tout de finesse et de légèreté Celui de Kalpestri était lourd, voire ordurier. Là où il fallait effleurer, il écrasait.

Il marchait en hippopotame dans des dentelles d'araignées.

Kalpestri fut le commencement de la fin des Pierrots.

Le 6 avril, on donna : Les Tourtereaux^ vaudeville en 1 acte.

Le 5 mai : Le Général de l'Empire, vaudeville en 2 actes.

Le 22 mai : La Veuve du Soldat^ pantomime en 6 tableaux.

Le 5 juin : La Chasse au Succès, pantomime en 5 tableaux.

Je relève dans la Gazette des Tribunaux du il juin, nn fait amusant, qui appartient à Thistoire de la pantomime, parce qu'il prend naissance aux Folies-Nouvelles, à propos de Paul Legrand.

L'Exposition universelle battait son plein. Un sieur Bossier, venu de Picardie, pour admirer les splendeurs de cette première grande Exposition, dont le Palais deTIndustrie est resté le monument, s'en va le soir aux Folies-Nouvelles.

Il n'a, sans doute, jamais vu de pantomime, le brave homme. Aussi, quand Paul Legrand apparaît, muet éloquent, ne comprenant rien aux gestes de Pierrot, M. Bossier se met-il à crier : Plus haut I... Un éclat de rire part de tous les points de la salle.

Ce qui n'empêche nullement le spectacle de continuer* Au

bout d'un instant, impatienté de ne pas entendre dayanlage, le bon Picard renouvelle son interpellation : Plus haut I... crie-t-il de nouveau.

On rit encore, mais moins.

Une minute s^écoule, quand un troisième Plus haut ! se fait entendre.

Cette fois, le public se fâche. On crie : A la porte I. . Le Bossier riposte !... On le bafoue, on le plaisante, on Tobjurgue. 11 se fÀche. Alors, sergents de ville s'en mêlent et veulent expulser lo fâché fâcheux.

Mais, le Picard a la tête près du bonnet. Il résiste aux bicornes Il les injurie !.. On Temmène au violon.

Conclusion : Le il juin 1855, le sieur Bossier s'entend condamner par la police correctionnelle, à huit jours de prison et à cinquante francs d'amende.

Le 30 juillet : Tout à Paris^ parodie sans nom, en 6 tableaux.

On jouait au Cirque-Impérial : l'Histoire de Paris, drame, de Théodore de Barrière et Henri de Kock.

On jouait à la porte Saint-Martin : Paris I drame, par X...

L'affiche, pendant trois jours, ne porta comme nom d auteur, que cet X algébrique.

Tout-à-coup, le quatrième jour, laffiche s'illumina du nom de Paul Meurice, remplaçant TX mystérieux.

M. Paul Meurice avait fait finir sa pièce en 1799, immédiatement après la merveilleuse épopée de Bonaparte, général républicain.

Dans un épilogue en vers, Tâme de la France apparaissait et disait à l'âme de Paris :

ArrètoD8-Dou8 au seuil du siècle, jour de gloire. A présent c'est la vie et ce n'est plus Thistoire.

La censure impériale n'autorisa la représentation, qu*â la condition de voir au moins figurer & la scène, la victoire de Marengo.

Paul Meurice, sincère républicain de combat, refusa.

Marc Fournier^ directeur de la Porte-Sain t-Martin, qui avait fait de grosses dépenses, écrivit lui-même le tableau exigé par la courtisanerie Napoléonienne, et la pièce fut jouée.

Dés lors, Paul Meurice déclara ne pas en être le père et refusa d'y laisser accoler son nom.

Le quatrième jour, comme je l'ai dit, Marc Fournier ayant passé outre et mis, en toutes lettres, le non) de Tauteur, sur s^s

affiches, Paul Meurice traduisit le Directeur devant le tribunal, lequel donna tort à Tanti-Napoléonien Paul Meurice.

De là, aux Funambules, cette désignation de Parodie sans nom.

Cependant, Charles Deburau manquait de plus en plus ses répétitions, se moquant des amendes que lui infligeait un inflexible régisseur.

M. Billion commença à se fâcher de la négligence de son pensionnaire, occupé à gazouiller des mots d*amour, en filant au pied d'une Omphate qui n'avait pas de trône en Lydie, mais en possédait un sur la scène de TOpéra.

Quelques paroles aigres avaient été échangées entre le Directeur et le Pierrot.

Un soir, la querelle s'envenima à ce point, que Charles envoya brusquement et lestement promener son ancien tuteur, lui déclarant, haut et ferme, qu'il ne remettrait jamais les pieds dans sa boite.

M. Billion envoya du papier timbré à son pensionnaire.

Celui-ci répondit par le paiement de son dédit ; soit : 10«S00fr.

Le Directeur, empochant la forte somme, convenue entre les parties, n*avait plus rien à dire. La vue des bons billets de banque qu'il palpait, le fit même enchanté de la perte de son Pierrot.

Deburau parti, Paul Legrand en face aux Folies-Nouvelles — nouveau nom des Folies-Concerlanles — cela désagrégea complètement cette unique troupe des Funambules, qui avait mis vingt années à se former et à se perfectionner dans ce genre spécial.

Le 5 juillet, Offenbach inaugurait aux Champs Elysées la salie des ûou/fes-Parisiens^ par un prologue de Méry, s'il vous plaît : EntreZy Messieurs^ Afesdames, dans lequel paraissaient MM. Pradeau et Dcrudder^ en compagnie de M*'' Mariquita.

Déruder avait, comme Paul Legrand, comme Charles, abandonné le théâtre de M, Billion, pour venir créer le rôle de Polichinelle dans la fantaisie du poète des Nuits dOrient.

Qui l'avait remplacé aux Funambules?... Dastrovigne. Mais, Dastrovignc n'était pas plus capable de remplacer l'inimitable .\rlequin, que Kalpestri ne Tétait de remplacer Charles Deburau.

Quelque temps après, ce même théâtre des Bouffes donnait comme nouvelle pantomime : Pierrot-Clown.

Cette pièce était jouée par Dérudder, Laplace et Antoine Négrier. En perdant ces trois mimes de premier ordre, les Funambules étaient fortement atteints.

Il y avait, comme personnage accessoire dans celte pantomime, un garde écossais, joueur de cornemuse.

Or, savez-vous qui jouait ce cornemusiste aux Bouffes?....

Albert Glatigny, le poète des Vignes folles^ des Flèches d'or et du Fer rouge .

Glatigny faisait, du reste, partie des artistes jouant dans le spectacle d'ouverture, du théâtre Offenbachique.

Bien des fois, le pauvre Barde ma dit : Les populations n*oublieront jamais, je l'espère, que j'ai eu Thonneur de créer entre Berthelier et Pradeau, le passant des Deux Aveugle*] c'est moi qui étais chargé de leur jeter un sou, pour amener le dénouement de rintrigue I...

Pendant ce temps, M. Billion ne décolérait plus de labandon de ses plus illustres mimes.

Ce fut bien autre chose quand Àmable s en alla, lui aussi, aux Bouffes-Parisiens d'hiver (salle Choiseul) rejoindre ses camarades et débuter dans Les Statues de F Alcade, pantomime en i acte.

Dame, plus les artistes aimés disparaissaient, plus le public abandonnait le petit théâtre.

M. Billion, qui avait souvent recours à ia caisse des Funambules pour combler le déficit du Théâtre Impérial du Cirque, dont il était devenu directeur, voyait avec désespoir ses recettes maigrir au point de devenir étiques.

Abandonné par ses acteurs français, il fit ce que M. Bertrand n'eût certes jamais fait, avec sa haine profonde des tueurs de Napoléon 1"^, M. Billion engagea des mimes anglais, M. Forrest, un clown-pierrot de première force, et miss Sanger, danseuse et Colombiue fort appréciable, secondés par M. Johnston et Allen.

Ils débutèrent le o juillet, par : Dancing scotchman, pantomime en i acte, et produisirent beaucoup d'effet.

Mais, ce Pierrot sauteur, ce Pierrot-Clown, ce Pierrot nouveau, que présentait aux titis Mister Forrest, les déroutait complètement .

Tous les soirs, le public réclamait Deburau, ce qui redoublait les rages de l'infortuné directeur.

Ces rages augmentèrent d'intensité, quand le bruit se répandit sur le boulevard, que Deburau était en pourparler avec M. Hiltbrumer, directeur des Délassements Comiques pour l'achat de son théâtre.

Concurrence devant, concurrence à cùté !... Et quelles concurrences!... Les deux noms les plus puissants dans le genre :

Deburau et Paul Legrand !... Cétaii à concevoir l'hydrophobie.

M. Billion se garda bien de s'bydrophobiser, se contentant d opposer ses fils d*Albion à ses redoutables antagonistes, et de construire un piédestal, pour y jucher son infinitésimal Kalpestri.

Malheureusement, le piédestal était de papier mâché et la statue qu'il y voulait élever de cire molle, prête à fondre sous les rayons ardents des deux soleils d'en face et d'à côté.

Le 17 juillet, les mêmes Mister Forrest et Miss Sanger donnèrent la première représentation de Mother Goose, pantomime en là tableaux.

Le 3 août : Une Femme entêtée, vaudeville en 1 acte.

Le 10 août : Le Génie des Eaux, pantomime dialoguée en 11 tableaux, par Ch. Charton.

Pierrot Kalpestri

Le Génie des Eaux Âmable (1)

Pantalonèse Frédéric

Jobardini Vautier.

Arlequin Gastave.

Léandre Desmares.

Un garde ...» Bertotto.

id Vallier.,

id Bardou.

id Alexandre.

M. Billion se vengeait de Tamitié d'Alexandre pour Charles, en le mettant bon dernier sur ses programmes.

La fée Zimmeline M™«* Lefebre .

Finette Thérèse

Babillarde Augustina.

Nouchaiante Georgina.

En 1844, Ch. Charton avait ÎB,ii}o\ier\es Trois Quenouilles. Cette pantomime n'ayant obtenu aucun succès, son auteur têtu, persistant à, croire qu'il avait fécondé un chef-d'œuvre, avait retouché quelque peu sa vieille pièce, et la servait de nouveau au public sous le titre du Génie des Eaux.

Voici l'analyse de celte pièce rapiécée, telle que la donnait le programme vendu dans la salle.

premier tableau : Salon gothique. — Au lever du rideau, trois Jeunes filles attendent leur papa, qui part pour aller à la guerre. Il arrive et toute la famille implore la fée, qui descend et donne aux trois filles, trois quenouilles

f, Amable ne débuti^ aux Bouffes- Parisiens que le 29 décembre 1855.

de verre qui se casseront si elles filent mal. Mais, pour plus de sûreté, le papa les enferme dans une tour.

Deuxième tableau : Jardin pittoresque. — Arlequin et Léandre au désespoir vont se noyer ; mais, le Génie des Eaux qui louvoyait par là, sort de son élément dans une gracieuse coquille, et leur dit d*un air aimable (1) : Je vous prends sous ma protection, vous serez heureux.

Troisième tableau : Intérieur de la tour. — Pierrot, Arlequin et Léandre, qui sont montés dans la tour, offrent un grand diner. Le Champagne tape les têtes et les quenouilles se cassent. Le père revient de la guerre plus tôt qu*on ne l'attendait et demande à voir les quenouilles ; mais, bernique, il y en a déjà deux de cassées.

Quatrième tableau : Chalet rustique. — Le père court après les ravisseurs ; mais ceux-ci sont entrés dans une maison qui s'affaisse, et découvre le plus beau paysage du monde.

Cinquième tableau : Une campagne. — Le père continue à courir après les amoureux. Pierrot se retourne, donne des claques à toute Tarmée, même à son futur beau-père

Sixième tableau : Une mansarde. — Pierrot veut casser la quenouille à Finette ; celle-ci va céder, au moment où son père arrive avec son armée pour tuer les amoureux. Mais le Génie des Eaux, d'un coup de baguette, coupe les têtes et les bras de tous les soldats. Pierrot, voyant ce sanglant spectacle, ramasse les têtes et les bras des soldats et les racommodent (sic).

Septième tableau : Salon riche. Le mur du fond s'ouvre et on voit les amoureux qui font dodo. Le Génie des Eaux referme le mur et déclare une guerre à mort à la fée.

Huitième tableau : Salon bleu. Pour Finette promettre et tenir, c'est deux. Les trois amoureux se cachent, assomment les deux Cassandre, et Pierrot sort de la cheminée, blanc comme neige.

Neuvième tableau : Porte et mur de jardin, gardés par des élèves génies, — C'est-à-dire qu'ils sont mal gardés.

Dixième tableau : Paysage. — Les deux grands Génies se rencontrent et se battent d'estoc et de taille, et Ton reconnaît que les trois filles n'ont rien de cassé du tout, du tout, du tout.

Onzième tableau : Le Génie des Eaux amène tout le monde dans son magnifique palais sous-mario, éclairé par des flammes de Bengale. Union des trois filles qui ont leurs quenouilles intactes, eu guise de fleurs d'oranger.

Le 15 août : Les Ruses d^un Merlan, vaudeville, joué par Pelletier, Adolphe, Victor, Lenfant, Auger, M"" Mancini, Léontine, Herminie.

Le 23 août : 7'he white statue, pantomime anglaise en 3 tableaux.

Le 16 septembre : La Corne du Diable^ pantomime arlequinade, en 13 tableaux, précédés d'un prologue.

Vulcain, vieille caricature MM. Alexandre.

Pied d'acier, maître de danse comique, Bardou.

Léandre, seigneur Vénitien Vautier.

Arlequin Saqui.

Cassandre, vieux Vénitien Paul (2).

i. Le mot Aimable est en capitales, parce que c'est d'Amable qu'il s'agissait. 2. Ne pas confondre ce nouveau Paul, avec Paul Legrand.

Pierrot, son valet M. Ralpestri .

Vénus, épouse de Vulcain M">«» Lefebvre.

Flamme-d*Amour, sa fille Thérèse.

Colombine, fille de Cassandre Georgina.

Valets^ cuisiniers^ femmes de chambre, cyclopes^ gardes^ nymphes, tailleurs, garçons de cafés, boulangers.

Le Pierrot de cette pantomime fut la première graode créaiioo de Kalpestri.

Deux débuts assez importants s'y produisirent: celui de Saqui, petit-fils de la célèbre danseuse de corde ; et celui de Bardou, un clown-mime des plus lestes et des plus adroits.

Voici la banale donnée de cette pantomime aphrodisiaque :

Vénus a abandonné son époux Vulcain pour aller, sur la terre, chercher l'amour, chez les pauvres mortels.

Sa, fille, Flamme-d'Amour, s'ennuie très fort dans les forges de son grotesque père, Vulcain. Le boiteux a beau lui faire donner des leçons de danse par maître Pied-d' Acier, la pauvre petite ne désire qu'aller retrouver madame sa mère.

Pendant que Vulcain sommeille, celle-ci apparaît. Flammed'Amour se jette dans ses bras. Vulcain se réveille. Les deux femmes s'enfuient. Le frère cadet de Jupiter — fauteur ne le désigne pas autrement — s'élance à leur poursuite, accompagné de son sautriot de confident, Pied-d'Acier.

Sur terre, nous sommes à Venise, dit le manuscrit. Nous pourrions être aussi bien en tout autre endroit ; car^ pas une gondole ne vient envenisionner le tableau.

Arlequin aime (naturellement) Colombine, à la main de laquelle aspire certain seigneur Léandre, soutenu par Cassandre et son valet Pierrot.

Arlequin, repoussé, va se tuer, quand apparaissent Flammed'Amour et Vénus, qui font de sa batte un talisman et le persuadent qu'il ne faut plus aimer Colombine. mais bien Flamme-d'Amour, laquelle soudainement s'est voluptueusement éprise de lui.

Il est fait ainsi qu'elles le désirent. Colombine, de son cùtè^ inspirée par Vénus, se met à aimer Léandre.

Alors, commence Tinévilable combat entre la batte enchantée d'Arlequin et la corne, sublime talisman, que le Destin a plantée sur le front du bon Vulcain.

Pierrot, soudoyé par Vénus, a scié la corne du forgeron. Celui-ci, dépossédé, de son pouvoir magique, se trouve forcé, après maintes péripéties, d'accepter les conditions que sa femme lui

impose, c'est-à*dire Tuaion de Flamme-d'Amour avec Arlequin et celle de Colombine avec Léandre.

Cette pantomime obtint un grand succès.

L'engagement de Deburau aux Délassements-Comiques était officiellement connu.

La participation de M'°'' Stoltz, à la direction du théâtre rival des Funambules, était effective.

La chanteuse apportait à M. HiltbrumerlasommedeliO.OOOfr., dont 30.000 étaient réservés à la réfection complète de la salle.

Charles Deburau était engagé comme artiste et directeur de la scène, pendant les huit années de rengagement, qui commençait le 1" novembre 1855. Il avait 6,000 francs par an, comme Pier-rot en chef et sans partage, et 2.000 francs comme directeur de la scène ; ce qui lui faisait des appointements de 8.000 francs, chifi're très fort pour Tépoque.

Les Délassements avaient été fermés pour cau^e de réparations. M. Billion attendait leur réouverture avec terreur.

Le ai septembre, il donna la première représentation de : Pierrot et le Revenant^ pantomime en 15 tableaux.

Voici la distribution de cette pièce :

Pierrot MM. Kalpestri.

Calouche^ paysan Saqui.

Olibrius, enchanteur malfaisant , Alexandre.

Cassandre Antonio.

Crampon» jeune marié Vautier.

Saulriot, cousin de Crampon Bardou.

La fée Tartelette M»" Lefebvre.

Baraste, fermière Thérèse.

Rosette, sa fille Georgina.

Madelon, jeune mariée Valentine.

Madame Grenadier Thierry.

Une grand'mëre X.

Cette pantomime obtint un joli succès.

Le 23 octobre : Les Prisonniers de la 7'chernaia, pantomime en 8 tableaux, par Ch. Cbarton.

Le général français MM. X.

Le comte Corniloff Vautier

Olga, sa fille. M»« Georgina.

Williams, capitaine anglais .... MM. Alexandre.

Pierrot, son domestique Kalpestri.

Darcourt, officier français Saqui.

BourcanofT, intendant du comte, Antonio.

Deux prisonniers français X.

Deux id. anglais X.

Deux cosaques X.

Un officier russe X. •

104 LBS FUNAMBULES

La Pranee éiait en pleine guerre ftvee la Ru«6ie. Charles Cbarlon saisissant Toccasion au vol, s*étaît empressé de déiDarquer quelq^ie vieux mélodrame, bien oublié, de Taffubler de costum^a et da noms russes, de faire battre à plate couture les uniformes mos<sovites par les uniformes français, ce qui dégageait auK Funambules une poussière patriotique des plus absorbantes, et permettait de servir ce plat indigeste, bien chaud, bien bouillant à un public, qui ne demandait qu*à Tavaler.

Je dis u indigeste », parce que le Ministère ne put recevoir sans protester ce coup de pied du pauvre Ch. Charton, porté à une nation ennemie, il est vrai, mais, malgré tout, sympathique et courageuse.

L'ordre officiel arriva d'avoir à suspendre les représentations des Prisonniers de la Tchemaïa,

Tout autre que M. Billion eût été au désespoir ; notre impressario ne se démonta pas pour si peu. Il appela Charles et lui dit :

— Demain Ton jouera votre pièce quand même.

— Malgré la défense impériale ?

— Malgré cette défense. Seulement vous changerez le titre et vous l'appellerez : Les Pirates du Calvados,

— Mais... les costumes?

— Nous changerons les costumes. Les Russes seront vêtus en pirates, et les soldats français en garde-côtes.

— Mais les noms des personnages ?

— Nous changerons les noms des personnages. J ai pensé à tout. Ainsi le Comte Corniloff s'appellera le Pirate Bazanino,

— Et sa fille Olga ?

— Olga devient Lucilia. Pierrot restera Pierrot ; parce qu'il est Pierrot dans tous les pays et dans toutes les langues ; le vieil intendant Bourcanoffy je le baptise Bouracanio. Quant à lofllcier français Darcourt^ nous en faisons un jeune sous-chef de gardecôtes, sous le nom de Marcelie,

— Mais l'époque?., insista M. Charles. Quelle époque?...

— Le magasin regorge de costumes Louis XIV. L'action se passera sous le règne du grand Roy !...

Charles Charton était stupéfait.

L'affiche fut, en effet, changée le lendemain 22 novembre, et porta en grosses lettres : Les Pirates du Calvados ou Pierrot libérateur, pantomime comique en 8 tableaux.

Pas un geste changé, pas une scène remaniée ; même intrigue, aussi édifiante que remplie de simplicité.

LKS FUNAMBULES 405

La fille du chef des pirates, (ancien comte Cornilo£f] aime un jeune homme, sous-chef de garde-côtes, ayant déjà servi, (la veille surtout) en Crimée, dans l'armée française.

De là, combats, scènes d'amrour et tout le bagage constituant une pièce de théâtre Funambulesque.

Le manuscrit de cette pantomime contient des indications, comme seul^ Charles Charton les savait concevoir.

J*extrais les titres de tableaux qui suivent :

2« tableau : Un riche vestibule arcade.

5« id. Une prison aux épais verroux,

6« id. Une phce darmes fermée <Vun mur.

V id. Un bois touffu semé d'arbres antiques et séculaires.

8* id. Les côtes du Calvados^ au bas desquelles coule une petite rivière

et ça et là, quelques habitations pleines des charmes de lu

soûtude.

Ce même décor, dans le manuscrit des Prisonniers de la Tchernaïa, est ainsi décrit :

Huitième tableau : Les ravins de la Tchemaia^ entourés d'eau^ et le camp des Français sur les collines, semées ça et là de petites villas et de chaumières.

Le 2 décembre : Ma Politique, vaudeville e» I acte.

Tous les revuistes des petits théâtres apportèrent à M. Billion des Revues de fia d'année, sans frais, connaissant la parcimonie du bonhomme II répondit à tous : J'ai juré que je ne monterais plus de revue.

— Pourquoi ?... lui demandèrent les évincés.

— J'ai juré 1 se contenta-t-il de répondre \ se renfermant dans un majestueux silence, de même que les Hellanodices, quand ils , juraient sur Tautel de Zeus Herkéios, de ne pas révéler pourquoi ils avaient condamné tel ou tel gladiateur.

M. Billion, parfaitement découragé, pensa, pour la première fois, à abandonner les Funambules.

4Ô6 Les I^rNAMBlîLES

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