‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 40 sur 160 · Scène et cascades du tailleur · texte numérisé non relu

Scène et cascades du tailleur

Sortie générale.

Colombine revient, appelle Arlequin, qui lui fait jurer de Taimer toujours.

La toux de Cassandre se fait entendre de nouveau. Arlequin se cache dans Tarmoire du fond.

Retour de Pierrot. Il est vêtu d'un grand habit de livrée et coiffé d'un chapeau à cornes de deux mètres de hauteur.

Arlequin montre sa tête à la porte de Tarmoire. Pierrot, qui Ta vu, le désigne à Cassandre.

On ouvre Tarmoire. Arlequin a disparu.

Ce jeu se renouvelle avec cascades.

A la fin un diable sort de Tarmoire, et les poursuit avec une vessie. Pendant ce temps, Arlequin enlève Colombine.

{Changemenl),

7°»« Tableau

Une chambre de malade avec alcôve.

Arlequin et Colombine arrivent. Ils se cachent derrière les rideaux de Talcôve. Pierrot, qui les a aperçus, appelle Cassandre, lequel voyant la tête d'Arlequin, court afin de lui donner un coup de canne ; c'est Pierrot qui le reçoit sur le dos.

En se retournant, il voit un grand cadre, renfermant le portrait d'une femme.

Pierrot propose à Cassandre de tracer son croquis vis-à-vis de celui de la dame. Cassandre accepte.

Pierrot le crayonne en caricature, et Arlequin qui est là, agite sa batte et aussitôt la silhouette de Cassandre remue et gambade devant le portrait, ce qui les fait fuir.

1. C'est dans ces scènes sommairement indiquées par l'auteur, que la fantaisie de Deburau atteignait ses plus hautes limites. Ce qu'il faisait subir à ce tailleur est imaginable ; se baissant avec lui quand celui-ci lui prenait mesure, se relevant de même, lui coupant les basques de son habit. Cette scène est assurément l'une des plus drôles que la fantaisie mimique ait produite. Elle était entièrement de Deburau, comme tant d'autres dont l'argent et la gloire sont restés aux signataires. Ch. Nodier n'était pas dans ce cas. 11 ne touchait pas plus qu'il ne signait.

LES FUNAMBULES 8i>

Le malade ouvre seif rideaux et sonne. Ses valetsarrivent.il leur demande à manger.

On lui apporte du vin, de ia p&tisserie. Il ne peut y goûter et fait remporter le tout ; puis, prenant ses béquilles, il sort en boitant et eu toussant.

Pierrot qui s^était caché voit ce qui se passe et entre dans Talcôve. 11 s*y affuble c«mme le malade, et prend sa place. Il sonne ensuite à coups redoublés et len valets accourent.

— A manger !... fait Pierrot.

%0n lui apporte ce qu'il demande. Il dévore tout, puis il renvoie les valets.

Prenant ensuite des béquilles, il veut marcher ; mais il tombe et crie.

Les valets reviennent, s'aperçoivent de la ruse, et s'en vont chercher de3 bâtons pour rosser Pierrot.

Celui-ci se relève et va s'enfuir, mais il se trouve face à face avec le malade qui reparaît en toussant. Pierrot l'imite.

Le maJade furieux lève sa béquille. Pierrot lui passe la jambe, l'envoie rouler à terre et se sauve. ,

Les valets accourent et rondinent leur maître, jusqu'à ce que, s'apercevant de leur méprise, ils le relèvent et courent après Pierrot.

S"» Tableau

Un paysage.

Pierrot est poursuivi par les valets qui le saissisent et lui font rendre les vêtements de leur maître.

Pierrot, en tirant ses grands bas, prend les deux valets par les jambes, les fait tomber et se sauve. Les valets courent après lui.

Arlequin et Colombine arrivent en valsant.

Pas de deux.

Pierrot reparaît et se trouve en face d'Arlequin, qui lui fait plusieurs poses, que Pierrot cherche à imiter. Mais la batte faisant son jeu, Pierrot se sauve en promettant d'avertir Cassandre.

Au moyen de son talisman, Arlequin fait paraître un ballon dans lequel il monte avec Colombine. Ils disparaissent dans les airs.

Pierrot et Cassandre accourent. Pierrot veut s'accrocher à la nacelle ; mais elle l'enlève et il se laisse retomber.

Un domestique passe avec un parapluie et un soufflet sous le bras.

Pierrot, de force, lui enlève ces objets ; puis va chercher un baquet dans lequel il se place. Après avoir ouvert son parapluie, il dit à Cassandre de souffler et le baquet, et le parapluie emportent Pierrot, dont les jambes passent au travers de son ballon improvisé.

9"' Tableau

Une salle d^ auberge. Une table vient au changement.

L'aubergiste paraît, suivie d'Arlequin et de Colombine, qui demandent une chambre pour se reposer. Elle leur désigne un cabinet à gauche.

Cassandre arrive et demande à l'aubergiste si elle n'a pas vu Arlequin. L'aubergiste répond: non.

Cassandre va pour sortir, lorsque Pierrot, tout éclopé, parait et raconte qu'il a fait une dégringolade. Cassandre le fait asseoir à une table servie par l'aubergiste qui sort un instant.

Ils se réjouissent à la vue des mets qui sont sur la table ; cependant ils ne peuvent se rendre compte d'une certaine odeur qui s*en dégage.

EnGa Us vont mettre la main aux plats, lorsque Ismaël parait au fond et étend sa baguette.

Aussitôt la table se change en chaise percée.

Pierrot et Cassandre sont furieux et appellent Taubergiste. La table, sur l'ordre d'Ismaël a disparu, et lorsque Tbôtesse demande ce qu'il y a, Pierrot, après lui avoir raconté la chose, veut la conduire à la table, mais, 0 ! surprise ! il n*y a plus rien.

L*aubergiste se moque de Pierrot, tandis que Cassandre qui trouve la jeune fille de son goût, lui demande un baiser qu'elle refuse.

11 lui montre de l'argent, ce qui la décide à accepter. Mais Pierrot reçoit le baiser destiné à Cassandre. La jeune fille se sauve. Pierrot fait la nique à son maître et s'approche du cabinet.

La tète d'Arlequin s'y montre et mord le doigt de Pierrot. Il jette un cri et dit à Cassandre qu'Arlequin est là. Ils approchent, mais une fusée les empêche d'aller plus avant.

Cascades.

Arlequin sort et administre des coups de batte ù Cassandre, tandis que Pierrot s'arme d'une poêle à frire, dont il essaie de porter un coup à Arlequin, qui l'esquive, et c'est la tète de Cassandre qui passe à travers.

Us sortent de cette manière et les amants s'enfuient.

10"« Tableau

Une place publique^ avec une boutique de marchand de vin à gauche.

Une vieille laitière et une décrotteuse s'installent. Uo marchand de marrons dispose sa boutique près du marchand de vin. Celui-ci place une table au de hors.

Arrivent deux porte-faix. Us déposent un grand coffre au milieu du théâtre. Puis ils entrent chez le marchand de vin.

Arlequin et Colombine paraissent, semblent chercher un refuge et disparaissent dans la boutique où sont entrés les porte-faix.

Arrivent plusieurs personnes. Les unes viennent acheter du lait ; les autres se font décrotter, ou vont acheter des marrons.

Cassandre, Léandre et Pierrot accourent et demandent si l'on n'a pas vu les fugitifs?

On ne les écoute pas. Léandre veut se faire cirer la chaussure ; Pierrot le repousse et Cassandre prend sa place.

Cascades. Le cireur cire les bas blancs de Léandre (1).

Deux ivrognes arrivent bras dessus bras dessous. Us reconnaissent Cassandre et Léandre pour des amis ; ils les saluent et leur donnent une prise de tabac. Pierrot fait sauter la tabatière en l'air. Tout le monde éternue. Les deux ivrognes vont se jeter sur lui ; mais Pierrot s'est amusé à attacher ensemble la queue de leurs perruques, ce qui amène plusieurs cascades, à la fin desquelles l'un entraîne l'autre par la queue, au rire des assistants.

Cassandre et Léandre entrent chez le marchand de vin.

Pierrot rit tant et tant qu'il enlève de sa sellette la décrotteuse. Celle-ci est furieuse. Pour l'apaiser. Pierrot lui paye des marrons et du vin.

Arlequin parait, agite sa batte et la poole saute en l'air, en même temps que les marrons éclatent. Le marchand s'en prend à Pierrot; mais tout le monde lui dit que c'est parce qu'il, n'a pas fendu ses marrons, et il est chassé avec force bourrades.

Pierrot, que les marrons ont altéré, va à la laitière et demande à boire. Dans

1. M. Cot d'Ordan fit, par la suite, supprimer ce jeu de scène, parce que, chaque soir, cela exigeait le blanchissage d'une paire de bas.

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quoi ?... lui demande la laitière. Pierrot cherche partout et entre dans une maison, d*où il rapporte un vase (1) dans lequel il se fait servir du lait.

Celle-ci ne le sert qu'à contre -cœur. Pierrot demande la petite goutte de rigueur. La laitière ne veut pas la lui donner, Pierrot furieux rejette le contenu de son pot dans la botte au lait.

Rire général. Colère de la laitière. Elle poursuit Pierrot qui àe réfugie derrière la décrotteuse. La laitière, croyant saisir Pierrot, saisit la décrotteuse.

Celle-ci, se défendant, arrache le bonnet de la laitière. Une lutte s'engage. Les deux femmes s'enfuient, poursuivies par la foule.

Arlequin sort de chez le marchand de vin et donne deux coups de batte sur le dos de Pierrot ; puis il se cache dans le coffre.

Pierrot se retourne furieux ; mais c'est Cassandre et Léandre qui reçoivent de Pierrot les coups destinés à Arlequin.

Celui-ci soulève le couvercle du coffre et se montre à eux. Pierrot s'empare de la canne de Cassandre, et, avec l'aide de Léandre, il ouvre le coffre. Désappointement. 11 n'y a plus personne.

Tous deux redescendent la scène, en fureur. Arlequin se montre de nouveau. Même jeu.

Cassandre et Léandre vont chercher un bAton pour en finir.

Pendant ce temps. Arlequin sort du coffre y flanque Pierrot, et lorsque ses ennemis reviennent, c'est Pierrot qu'ils assomment, i

Arlequin reparait avec sa Colombine. Nos trois personnages veulent se jeter sur lui ; mais une distribution de soufflets les arrête.

Les Génies paraissent au milieu d'éclairs et de coups de tonnerre.

Morphée dit, en montrant le sac que Cassandre croit encore dans le coffre :

— Cassandre, voici le trésor que je Cavais confié. Uemploi que lu en voulais faire ne me permet pas de te le laisser. Consens au mariage de ta fille avec Arlequin et je me laisserai attendrir.

Cassandre et Léandre refusent. Colombine, Pierrot et Arlequin supplient le barbon, qui finit par céder.

Tout aussitôt, Ismaél étend sa baguette vers le fond, qui disparait et laisse voir le temple de l'Amour.

Il»* Tableau

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