‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 71 sur 160 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

La Censure La charte de 1830 disait : La censure ne pourra jamais être

rétablie en France,

La loi du 9 septembre 1835 dit à son tour : La censure pour les ouvrages dramatiques^ Vexposition et la mise en vente des dessins, des gravures et des lithographies, est rétablie.

Le mot jamais n*a donc pas le droit d'exister.

C'est à cette mesure vexatoire, que je dois d'avoir pu retrouver les manuscrits des pièces, paotomimes, drames et vaudevilles, joués depuis cette époque sur le théâtre des Funambules.

Ces vaudevilles, ces drames valaient>ils la peine d'être exhumés?

Je laisserai Théophile Gautier, te parfait magicien ès-lettres françaises, ainsi que le dénomme Baudelaire, répondre en mon lieu et place :

« On joue maintenant aux Funambules, des vaudevilles identiquement « pareils à ceux des Variétés, du Vaudeville, du Gymnase et du Palais « Royal. La seule différence qu'on y pourrait trouver, c'est qu^ils sont « meilleurs, étant faits par de jeunes auteurs, pleins de poésie et de verve « adolescentes ».

En admettant qu'il y ait exagération dans ce qu'écrit le grand Théo, protecteur des humbles, quelques-uns de ces vaudevilles ne sont peut-être pas indignes d*être cités.

Aucun, peut-être, n'a été imprimé ; Messieurs les éditeurs se fussent crus déshonorés, en publiant les calembredaines d'un théâtre de paillasses.

Tous dorment donc paisiblement -r je parle des manuscrits — dans les verts catafalques du ministère des Beaux-Arts, enfouis sous leur vénérable couche de poussière, jaunis par la palette inexorable du temps.

Que d'idées ingénieuses, gracieuses, fantasques, que de couplets verveux, originaux sont ensevelis dans ce cimetière de carton, dont les croix absentes, sont allées se planter sur

quelques-unes des poitrines de ceux qui avaient conçu ces couplets.

Eugène Grange disait un jour à Lambert Thiboust, lui montrant le ruban rouge de sa boutonnière :

— Si j'avais signé mes vaudevilles des Funambules, j'aurais attendu dix ans de plus pour l'obtenir.

" Qu'est-ce que cela t'aurait fait, lui répondit Thiboust, puisqu'avant de l'avoir sur le cœur, tu le portais au bout de ton nez.

Grange avait l'extrémité de l'appendice nasal tellement coloré qu'un myope célèbre, Hippolyte Lucas, disait :

— Quand, dans la rue, le soir, Grange vient à ma rencontre, je me gare toujours, croyant que j'ai devant moi la lanterne d*un omnibus.

Un jour, Léontine, de la Gaieté, autre myope de première longueur, apercevant dans les coulisses le nez du brave auteur, s'approcha de lui et lui dit : On ne fume pas ici. Monsieur I...

La calvitie de Siraudin et le nez de Grange ont, pendant vingt ans^ fourni de la copie aux journalistes à court.

Les auteurs avaient honte d'être représentés aux Funambules, et ne signaient que de leur nom de baptême, ou de pseudonymes, les petites pièces qu'ils y apportaient.

Gela froissa M. Bertrand. Aussi ne tarda-t-il pas à s'en aller exprès clabauder sur le boulevard : Vous savez, Louis-François, c'est Clairville; de même que Victor, c'est Varin.

D'après les distributions des rôles que je retrouve sur divers manuscrits, je parviens à reconstituer la troupe complète de cette année 1835 ;

HoMBiBS Emplois

MM. Deburau Pierrot.

Laplace Cassandre.

Laurent aîné Arlequin.

Charles Colin.

Louis Léandre et !«■' comique.

Paul Jeune amoureux.

Gustave 2n« comique.

Adolphe !«<* comique.

Robillard Comique grime.

Meignan Régisseur et flnancier.

Philippe Comique rondeur et 3b« rôle.

Sainl-Eugène i*'* rôle.

Alphonse Jeune l'^ amoureux.

Coté des Dames

M««» Justine Jeune première.

Clara lr« ingénuité.

M™« Rébard (I) Soubrette, danseuse.

Félicité Amoureuse.

Désirée 2«« ingénuité.

Lydie Amoureuse, coquette.

Emilie 2n»e soubrette.

Mme Hinaux Grande coquette.

M"e Julia Soubrette.

Ces artistes étaient tenus de Jouer tous les genres, Pantomime, drame et vaudeville.

Le 12 mai, fut représentée une comédie en i acte intitulée : Une vieille fille.

Le 1" septembre les Funambules donnèrent la première représentation de : On n'en meurt pas^ vaudeville en i acte.

Le 18 septembre, on joua : Le Colin-Maillard, folie-vaudeville en 1 acte.

Le 22 septembre : L Amant de l'actrice ou Un moment de jalousie^ comédie- vaudeville en 1 acte.

— Même date : Monsieur Boniface ou L'héritier malgré lut, comédie-vaudeville en 1 acle.

Le 26 septembre :

LE SOUTERRAIN Pantomime à êpectacle, en 2 tableaux ^ avec dialogue explicatif,

PERS0NNA0E8

Adolphe d'Isterbourg, prince souverain.

Albertioe son épouse.

Ruiuuaid, parent d'Adolphe et usurpateur de ses domaines.

Walter, confident de Romuald.

Fritz, concierge du ch&teau d'Isterbourg.

Miller, fermier.

Nella, sa fille.

Un officier, parlant.

Un héraut d'armes, parlant.

Vassaux du prince. Gardes de Romuald.

La scène se passe en Allemagne, en 1600.

Au manuscrit de cette pantomime se trouve jointe la note suivante émanant de l'administration du Théâtre :

« La pantomime le Souterrain est la même que celle portée t par le répertoire sous le titre de : V Epouse courageuse, qui a été

1. Ce fut la dernière année de M^e Rébart ; son mari la fit quitter le théâtre.

«représentée en 1819, et qui a obtenu alors plus de cent repré- « sentations. Elle a eu plusieurs reprises ; et par cette raison tf Tadminislration a cru qu'il ét^it dans ses intérêts de changer t le titre de la pièce. En agissant ainsi, elle a dû soumettre de « nouveau cette pantomime à l'approbation de M. le Ministre de « rintérieur. »

G*était, à cette époque, du Ministre de l'Intérieur que dépendait la réglementation des théâtres.

Tl septenobre : Esther la voleuse^ drame-vaudeville en 3 actes et 5 parties.

7 octobre : La chambre jaune^ vaudeville en 1 acte.

iO octobre : Le promeneur de nuit, vaud. -anecdote en 3 actes.

22 octobre : Les deux conditions, vaudeville en 1 acte.

3 novembre : Une visite à Charenton^ vaudeville en 1 acte.

Tous ces vaudevilles et ceux qui suivent, ne mentionnent, sur leurs manuscrits, aucun nom d*auteur.

21 novembre : La Débutante ou Une première représentation^ pièce mêlée de chant, en 2 actes.

Ce vaudeville contenait une tragédie burlesque, sorte de parodie, dans laquelle les auteurs des Folies dramatiques, pièce en 5 actes du Palais-royal, ont peut-être trouvé Tidée de leur amusante fantaisie.

Dans la Débutante^ il y avait un mari trompé qui s'appelait Cagnard et qui était huissier. C'était lui qui chantait le couplet au Public, sur Tair de : La Sentinelle.

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