‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 8 sur 160 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Tableaux de troupe.

Pour remplacer les acrobates partis, MM. Bertrand et Fabien cherchèrent pendant quelque temps. Beaucoup se présentaient, débutaient et disparaissaient, n'étant pas à la hauteur des pyramides qu*avaient inaugurées les Charigni et les Déburau.

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Enfin, deux compagnies nouvelles parvinrent à capter la confiance du public :

La famille Blondin et la famille Loyal.

Le théâtre des Funambules put encore tenir tête à celui de M""* Saqui, dont la troupe était alors remarquablement composée.

Outre la célèbre danseuse de corde qui, presque à chaque représentation, daignait paraître aux yeux d*un public enthousiaste, la troupe comptait au nombre de ses mimes Baptiste Lalanne, père de M"* Saqui ; Pierre Saqui, qui partageait avec Dinot remploi des Pierrots ; Louguemard, Joseph Plutieau, Julie Dubouchet, Caroline Soissons, Mangelair» etc., etc.. qui tous, chacun dans son genre, avaient acquis une grande notoriété auprès des Parisiens boulevardinant de Tépoque.

Par la suite, quelques-uns passèrent du thé&tre des Acrobates à celui des Funambules ; mais en 1820, ils étaient encore pensionnaires de M™^ Saqui, par conséquent ennemis jurés de MM. Bertrand et Fabien.

Sur ces entrefaites, le père Déburau en courant la province rendit sa belle àme d'artiste au seigneur. La petite troupe ne tarda pas à se débander. Nieumensek entra au cirque Olympique ; Etienne et ses deux sœurs continuèrent à l'étranger leurs courses nomades.

Etienne s'était fait directeur.

11 avait monté un cirque qui ne tarda pas à acquérir une haute réputation.

Mais laissons ces dévorants d'espace vagabonder à travers les mondes. Ils ne doivent plus nous intéresser ne faisant plus partie du théâtre dont nous écrivons l'histoire.

Le troisième rôle de Pierrot que joua Déburau fut celui de :

PÈRE BARBARE ou Ablbquin au tombeau Pantomime en un acte

Puis vint :

ARLEQUIN STATUE Pantomime en 1 tableau

La foule avait définitivement adopté le petit théâtre. M. Bertrand était vengé de M*"' Saqui dont les spectacles étaient peu à peu délaissés au profit de ceux de son redoutable concurrent.

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Daos les ateliers on ne pariait qae de Baptiste, de ses longues jambes, de son imperturbable sang-froid, de l'expression merveilleuse qn*il savait donner à sa physionomie, de son agilité et de son adresse étonnantes.

As-tu TU Baptiste?., était le cri du boulevard du Temple.

La placidité que Baptiste Déburau apportait dans ses rùles de Pierrot formait un contraste énorme avec Texubérance, la surabondance de gestes, de sauts, qu*y avaient déployées ses prédécesseurs.

Bientôt le populaire s'empara de cette placidité, de cette impassibilité et dit, parlant d'une personne que rien ne parvenait à émouvoir : il est tranquille comme Baptiste.

MM. Bertrand et Fabien étaient arrivés à donner jusqu'à sept et huit représentations par jour. •

Devant cet empressement du public à envahir leur bouge, les deux directeurs n'hésitèrent pas k faire faire des réparations à leur salle.

Un plancher et des dessous furent construits de façon à ce que l'on pût jouer de la véritable Féerie. La façade du th^tre fut reconstruite. Les galeries furent repeintes ; les banquettes rembourrées ; les décors rebrossés.

Et cela, sans un seul jour de fermeture qui eût pu permettre au public inconstant de reprendre le chemin du théâtre des Acrobates.

Les ouvriers charpentiers, menuisiers, tapissiers, serruriers, peintres travaillaient la nuit. Dès que le spectacle était terminé ou se mettait à l'œuvre, et l'apparition du jour n'interrompait pas les travaux. Les escouades de travailleurs se succédaient. L'activité était k son comble. Seuls, MM. Bertrand et Fabien restaient sur la brèche ; se relayant k tour de rôle, dirigeant les entrepreneurs, animant les chefs d'équipe, payant à boire pour que le travail ne chômât pas. Bref, en trois semaines, le théâtre fut refait de fond en comble, au grand désespoir de M"^* Saqui et de ses pensionnaires qui espéraient bien, en la fermeture momentanée de leur rival heureux, pour reconquérir les faveurs de la foule et la ramener à leurs spectacles.

Les Funambules triomphèrent des obstacles. Il y avait de l'argent. On vainquit partout. Et MM. Bertrand et Fabien firent paraître un beau jour une affiche imprimée en tète de laquelle un pouvait lire :

SALLE COMPLÈTEMENT RESTAUfiËE

De plus, on engagea un régisseur, comme dans les grands théâtres, et ce régisseur fut M. Gongibus aine, mime célèbre et auteur dramatique. Il avait composé plusieurs pantomimes dont certaines avaient été remarquées. Citons entre autres: Rosabella ou U homme d'airain^ Alberto, Geneviève ou la Confiance trahie, le brave Poniatowskiy etc. etc.

Baptiste gagnait alors quinze francs par semaine.

MM. Bertrand et Fabien tirent un coup de maître. Sans que le jeune homme eût un instant manifesté Tintention d'être augmenté, ils le firent appeler et lui dirent :

— Baptiste, nous sommes contents dç vous. A partir de ce jour, vous avez dix-huit francs par semaine.

Ce pont d'or enchaîna Déhurau.

Le bruit de cette munificence spontanée se répandit vite sur le boulevard et ne contribua pas peu à grandir dans Tesprit populaire celui qui en était Tobjet.

Un autre fait important vint jeter un nouvel éclat sur le nom de Déburau.

Sa seconde sœur, Dorothée, que Jules Janin a appelée « la perle de la famille » venait de séduire par ses entrechats un lieutenant-colonel Polonais, lequel fortement épris des charmes de la danseuse, n'avait pas hésité à partager avec elle son titre de Comte.

Baptiste était donc devenu beau-frère d'un Comte !... du Comte Dohrowski. Cette alliance aristocratique, connue dans le monde artistique, le grandit démesurément dans l'esprit de ses directeurs.

M. Bertrand hésitait presque à l'appeler encore Baptiste et les employés lui décernèrent du « Mossieu Déburau. »

Celui-ci, du reste, n'en était pas plus fier pour cela et disait ouvertement :

— C'est le Comte qui s'est illustré en entrant dans notre famille. Avant d'avoir épousé Dorothée, qui le connaissait ?.. Personiie. Aujourd'hui, chez tous les marchands de vin, quand on parle de lui, on ne manque pas de dire :

— Le Comte Dohrowski, vous savez bien celui qui a épousé la sœur de Déburau.

Les pièces succédèrent aux pièces pendant toute cette année. Peu de leurs titres sont arrivés jusqu'à nous. Je suis parvenu, cependant, k en retrouver quelques-uns.

Je citerai d'abord :

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