‹ Le théâtre des FunambulesChapitre 88 sur 160 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Vautier. — Théophile Gautier

Pour commencer cette année 1842, j'ai à signaler l'engagement de celui auquel je dois, en partie, d'avoir pu reconstituer ce théatricule, enterré à de telles profondeurs, qu'il n*élait venu à personne, depuis plus de trente années, l'idée de savoir où, quand et comment avaient pu se dresser et pourrir, ces tréteaux devant lesquels s'esclaffèrent plusieurs générations de braves ouvriers, de naïfs bourgeois et de gamins oisifs.

Je possède le premier engagement de Michel-Louis Vautier.

Cet engagement commeoce ainsi :

8PKCTACLB DBS FUNAMBULES

Eutre les doussigoés : !<> MM. Bertrand père et fils^ Directeurs du spectacle des Fuodinbules, demeurant à Paris, boulevard du Temple, d^ 18 ; 2^ et M. Antoine-Emmanuel Col dCOrdan, administrateur dudit spectacle, même demeure, d'une part ;

Et M. Vautier {Michel-Louis), mineur, assisté et autorisé à Teffet des présentes, par M">* sa mère, qui a signé avec nous et se rend responsable per-

sonnellement de Texéeution du présent engagement, artiste dramatique et Funambule, libre de tout engagement, ainsi qu'il l'a déclaré, demeurant à Paris, rue Baucherat, n9 8, d'autre part, nous sommes convenus de ce qui suit :

Nous, Bertrand père et fils^ et A.-E, Cot d'Ordan^ nous engageons par ces présentes M. Vautier pour remplir dans notre troupe l'emploi des deuxièmes amoureux dans les vaudevilles et mimodrames et ceux d'Arlequin et de premier danseur dans les pantomimes et pièces à spectacles ; et jouer généralement tous les rôles, soit d'acteur parlant, ou de mime, qui lui seront distribués par nous ou le régisseur qui nous représente.

.Après les neuf articles que 1*00 a djà lus dans rengagement de Deburau, la main de M. Cot d*Ordan avait tracé ce dixième article signé par Vautier :

A la fin du présent engagement, ou, en cas de résiliation, je m'oblige à remettre à l'administration, tous les manuscrits des rôles qui m'auront été distribués et À faire recopier à mes frais ceux qui pourraient manquer.

Puis :

Moyennant les clauses ci-dessus fidèlement exécutées, MM. Bertrand père et fils et Cot d'Ordan s'engagent à payer à M. Vautier la somme de quatorze francs par semaine^ pendant la première année et celle de seize francs également par semainey pendant la seconde année.

Le présent engagement commencera à compter du 1«' janvier prochain 1842 pour finir au 1«' janvier 1844.

Il y avait encore un dédit stipulé à 50 francs.

Suivent les signatures de Bertrand fils, Cot d'Ordan, Vautier et celle de M"** veuve Vautier, précédée de ces mots : Aprouvé récriture si^desus.

Vautier, enfant, avait été engagé à TAmbigu-Comique dès 1827.

En 1831, il avait fait l'ouverture des Folies-dramatiques.

En 1834, il passe à l'Opéra-comique, qu'il a soin d'écrire dans ses notes : Aupéra-comique,

En 1835, il débute au théâtre des Jeunes Elèves.

De là, il va participer à l'ouverture du théâtre Saint- Antoine, en 1838.

En 1840, il entre à la Porte-Saint-Martin, jusqu'au moment enfin où il signe avec les Funambules.

La première pièce que l'on donna le 6 janvier 1842, fut le Gâteau des Rois, vaudeville en 1 acte par A. Lecerf.

Cette pièce de circonstance — son titre l'indique — était jouée par MM. Adolphe, Paul Legrand^ Justin et Pelletier ; M"" Cossard, Lydie et Reine.

Le 10 janvier : V Enfant chéri des Darnes^ mimodrame en 7 tableaux.

Le 12 janvier : les Enfants de Giberne, vaudeville en 2 actes.

La scène se passe en Egypte et Tun des personnages, Coco Leblanc, chante ce couplet qu'il adresse aux Egyptiens :

Air : Redoutez ma Colère.

Je vais leur montrer comme

Je ne suis pas manchot

D'un seul coup, j'ies aseomme

Et je r' viens aussitôt.

Si du bédouin, je le dis sur mon àme. J'ai le bonheur d'écraser le museau.

Foi de troupier, je lui pince sa femme. Puis en deux temps j'enfourcbe son chameau...

Sa femme et son chameau, {pis)

Le 15 janvier : La Boche sanglante^ mimodrame en 2 actes et 6 tableaux.

Le 9 février : le Mardi-gras au coin du Feu, vaudeville en 2 actes.

Le 17 février : les Acteurs saris Places^ pièce en 1 acte, jouée par MM. Adolphe, Meunier, M"^" Eugénie, Lydie et Dalau.

Le 7 mars : les Troi^ Bossus, pantomime-arlequinade en 6 tableaux.

Inutile d'en parler ; c'est la même stupide poursuite, se terminant par le mariage d'Arlequin et de Gélesta, protégés par TAmour^ déguisé en postillon.

Le 5 avril : Les Contretemps, vaudeville en i acte.

Le 23 avril : les Oies de dame Gertrude, vaudeville en 1 acte imité du conte de La Fontaine.

Le 3 juin : le Tyran de Village, vaudeville en 1 acte.

Je relève ce couplet :

Air :

Ce n'est pas un vrai tyran, Car je ne comprends ce rôle Que joué par quelque dr^le Très gras, très gros et très grand.

Et celui qui nous gouverne Quand il est debout et droit Arrive juste à l'endroit Où se place la giberne.

Donc, ce n'est qu'un tyranneau Qui mérite qu'on le frotte.

Comme une botte il est haut...

C'est donc un tyran de botte.

Je lis dans VEntr'acte, journal des Théâtres, une anecdote qui prend ici sa place. Elle est authentique.

Un diplomate étranger, le chevalier d'A***, ayant entendu parler de Deburau comme d'un Pierrot inimitable, résolut de Taller voir un dimanche, et s*en fut aux Funambules en compagnie d'un jeune secrétaire d'ambassade, très gai et très spiritifel.

Ces deux messieurs se présentent au contrôle.

— Pas de places !..

La salle était bondée. Le jeune secrétaire dit au Diplomate :

— Si Votre Excellence veut bien ne pas se froisser de Tendroit où je vais la mener, elle pourra voir Deburau quand même, et de plus près encore qu'elle ne Teût vu de la salle.

Le Diplomate accepte. On passe dans la rue des Fossés-du- Temple, et le jeune secrétaire demande à parler au souffleur.

Eole se présente.

Mou ami, que faites-vous pendant que Ton joue la pantomime ?

— Je fume ma pipe à la porte.

— Alors votre trou est innoccupé ?

— Oui, monsieur.

— Tenez, voici un louis, si vous voulez nous y introduire, Monsieur et moi ?

Acceptation d'Eole. Traité conclu et exécuté. Voilà donc mes deux gentilshommes installés daus le trou du souffleur.

M. d'A... était enchanté.

Deburau jouait ce soir-là le Bœuf enragé.

Hais, je cède la plume à celui qui a relevé Tanecdote :

Deburau découpait un pâté qui devenait un bonnet à poil de garde national.

Le chevalier se roulait. 11 causait familièrement de temps en temps avec Deburau .

Dans une scène, Deburau fait de la soupe aux choux ; il met dans la marmite des vieilles savates, des journaux, etc., etc. 11 y entre aussi quelques choux.

Le chevalier, mal afsis, se leva un instant, et, par contenance, mit son chapeau devant lui.

Ce chapeau, du castor le plus fin, attira l'attention de Deburau qui crut que le chevalier lui demandait de la soupe. En homme généreux, il lui en envoya une écuelle dans son chapeau même.

Le chevalier se fâcha de cette malice ; mais qu'y faire ? Deburau n'eût pas manqué de dire qu'il avait cru servir le souffleur.

La pièce finie, le chevalier était furieux, et voulait corriger le Pierrot.

Le jeune secrétaire plus calme lui fit comprendre le grotesque d'un pugilat entre un diplomate et Deburau des Funambules.

itë Lfig FUNAMBULES

Bien plus, il alla trouver Deburau dans sa loge, et lui dit en lui montrant le chapeau de son patron :

M. Deburau, vous nous avez donné à dtner, eh I bien, nous vous invitons ce eoir, à souper avec nous.

Deburau accepta. Le souper fut vif et le spirituel paillasse, après avoir traité la diplomatie dans la boîte du souffleur, se vit traiter par elle au Cadran Bleu,

Monsieur Billion, qui^ plus tard, fut Directeur des Funambules, M. Billion, dont j'aurai à citer souvent la ladrerie légendaire, entendit couler Taventure, et résolut d'en faire son profit. Aux jours de grandes représentations, alors que la salle était bondée, il ne manquait jamais de faire dire par Taboyeur de la porte que, s'il y avait des amateurs pour le trou du souffleur, on n'avait qu'à s'adresser au concierge du Théâtre, rue des Fossés-du-TempIe.

Et, bien des fois, le trou reçut des spectateurs de marque, curieux de s'initier aux mystères de l'au-delà de la toile.

Le 15 juin ; Bras de Fer, mimodrame féerique et fantastique en 2 actes et 10 tableaux.

' De ce mimodrame, je vais donner la nomenclature des tableaux et la distribution des rôles^ parce qu'elle reconstitue presque entièrement le tableau de la troupe de cette présente année :

tableau

: Le Diable et la Sorcière

: Le Monstre,

Le Prince Bococo.

Le Géani qui marche.

La Nature qui parle.

La Forêt enchantée.

• La Danse des Morts,

Le Château merveilleux,

La Fin du Damné,

L'Hymen, — Apothéose,

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Robert, Comte de Dumbar MM. Philippe.

Olivier, surnommé Bras de Fer Paul.

Jenny M^^* Anna.

Mardoc, armurier de Robert MM. Etienne

Dick-Dock Malboroug Pelletier.

Déborah, génie du bien M"^* Cossa.

Sardanapale, génie du mal MM. Martial.

Le Prince Rococo Antoine.

La statue du père d'Olivier Cossard.

Le dragon infernal X...

Un héraut • Soumet.

Un forgeron —

Paysans, démons, nymphes, gardes, etc., etc.

Je remarque que plusieurs distributions des manuscrits originaux, portent, depuis quelque temps ce nom : M^^ Cossa I Cossard

LES FUNAMBULES tAl

avait probablement exigé que sa femme vivant publiquement avec Laurent jeune, abandonnât son nom ?

Cette diminution de deux lettres laissait à Madame, la partie retentissante du nom avec lequel elle avait acquis sa célébrité et satisfaisait Tamour- propre froissé du mari.

Le 29 juin : L'Orpheline, drame vaudeville en 2 actes et 3 tableaux.

Le 27 juillet : Pierrot en Afrique, pantomime en 4 tableaux.

Nous voici arrivés à Tun des plus grands succès de Deburau.

Je vais donner en entier le scénario de cette pantomime. On le trouvera nul, inepte, stupide, grotesque d'idiotisme, tant mieux. Plus il sera ridicule aux yeux du lecteur, plus le talent de Deburau en sortira puissant, incontestable.

Tout d'abord, je citerai quelques lignes qui terminent la spirituelle parodie de cette mauvaise parodie, tracée, écrite et dessinée par irremplaçable et regretté caricaturiste Cham, dans le Musée Philippon :

Analyser une pièce des Funambules — dit-U — c'est une absurdité aussi grande que la pièce elle-même, nous en convenons ; mais pour donner une idée de Deburau, de ce grimacier spirituel, de ce Pierrot bien supérieur à sa position acrobatique ; en un mot, pour servir de cadre aux poses et gestes de ce véritable acteur, jeté par le sort sur les plus mécbants tréteaux de Paris, il fallait bien suivre, autant que possible, le fil de la parade dans laquelle nous Favons fait figurer.

Maintenant que j'ai commencé par la fin, je termine par le commencement.

Cette pantomime de Pierrot en Afrique est plus incompréhensible, plus naïve et plus niaise, s'il est possible, qu aucune. Voilà pourquoi j'ai cité la conclusion de Cham avant Y Œuvre ellemême.

PBR80NNA0BS

Mohamed, fiancé de Zelmire,

Hassan, pire de Zelmire,

Zelmire, sa fille.

Le Bey.

Malek.

Aly.

Léon, officier français.

Pierrot,

Arabes, Français, Odalisques.

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