CHAPITRE XXV
Répertoire
Le Prince de Joinville venait de ramener à Paris les cendres de Napoléon 1*'. La France était Napoléonienne beaucoup plus que Philippiste. Si un Napoléon eut régné, elle eut été Philippiste.
Le brave Roi, auquel la poire de Philippon avait enlevé toute majesté, tentait de se rendre populaire par la liberté qu'il accordait aux idées Napoléonistes et aux autels qu'il leur laissait éle-
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ver, chargeant ainsi lui-même les fusils, qui devaient défendre les barricades de 1848 et attaquer celle de 1851.
Aussi, les théâtres flattaient-ils la manie populaire en jouant des à-propos nationaux, devant lesquels venaient s'enthousiasmer les assoiffés de Redingote grise et de Petit Chapeau.
A la Porle-Saint-Martiu, on donnait : le Retour de Ste-Hélène.
Au Cirque Olympique : les Invalides,
A la Galté : les Cendres du Grand Homme,
Les Funambules, le 9 janvier, jouèrent : Napoléon à VArc de Triomphe, pièce anecdotique en 3 actes.
Il y a dans cette pièce quelques couplets assez amusants. C'est d'abord un certain Dagobert, de son état toiseur, auquel Napoléon, qu'il prend pour un simple bourgeois, a demandé le nom, et qui chante :
Air : Du roi Dagobert
Monsieur, voyez en moi L'homonyme d'un fameux roi,
ABsez fort réputé Pour s*être un jour mal culotté.
Eloy, forgeron,
Grand saint de renom,
M*a fourni son nom
Et dWint mon patron.
Ce qui veut dire en vers Que j*m 'appelle Eloy- Dagobert.
Un peu plus loin ce même Dagobert dit à sa mère qui essaie de le consoler d un chagrin d'amour :
Air : Citait Renaud de Montauban
Depuis quèqu'temps Ja me sens dépérir,
J'perds tous les jours au moins trois livr's de graisse.
Dans cet état, je vais bientôt mourir,
Car chaque nuit le sommeil me délaisse.
Repos, esprit, tout est déménagé,
Et c^qui surtout à croire est difficile.
C'est que j 'deviens tout-à<fait imbécile.
Jtfme Dagobert J 't'assure que tu n'es pas changé, {bis)
Et la pièce se termine par ce couplet toujours chanté par ce même Dagobert :
Air : J'ai vu le Parnasse des Grâces
Au temps jadis, une ordonnance Défendait, je n'sais trop pourquoi, Qu'on prononçât dans notre France Le nom de l'Empereur et Roi.
LES l'UNAMBtTLES 23Î)
C*éUit ausfû trop de malice :
Ce nom-'là nous fait grand honneur Ne craignez rien de la police, Messieurs, criez, n'ayez pas peur, Criez tous : Vive TEmpereur !
Et dans les airs, que fredonnaient tous ces théâtres, planait Taigle impériale, dont Tœil pointait déjà les Tuileries, sur lesquelles elle devait s'abattre quelques années après, et les faire effondrer sous son poids colossal.
Le 18 janvier : Battez vos mains, vaudeville en 2 actes.
Le 2 février : M. de Baissée et Mlle de Boisflotté, pantomime en 6 tableaux.
Cette pantomime rompt complètement avec la tradition. Pas de fée, pas de génie, pas d'Arlequin, pas de Cassandre. Ce pourrait être un vaudeville, c'est une pantomime amusante.
En quelques mots, la voici : M. de Boissec, un jeune provincial vient à Paris suivi d'un valet, pour épouser Mlle de Boisflotté. En route, il lui arrive un tas de mésaventures, telles que l'arrêt de la diligence par des voleurs, son combat avec un mannequin^ etc., etc.
Arrivé à Paris, il lit sur la porte d'une grande maison : Hôtel de Villeroi ; et croyant qu'il s'agit d'un hôtel de voyageurs, y pénètre et s'y installe.
M. de Villeroi, propriétaire de l'hôtel, a justement une réception ce soir-là, et offre à ses invités le plaisir de rire quelque peu aux dépens de l'intrus et de son domestique.
Suivent alors un tas de farces assez amusantes ; entre autres l'installation des deux naïfs dans leur chambre à coucher. Les lits ont été préparés à cet effet et se mettent à monter au plafond, puis à descendre, jusqu'à ce que M. de Boissec se fâche tout de bon et provoque M. de Villeroi. Il déclare, en donnant sa carte^ qu'il est gentilhomme et qu'il vient à Paris pour épouser Mlle de Boisflotté.
Celle-ci se trouve précisément être au nombre des invités. M. de Villeroi s'excuse et la présentation des fiancés a lieu. D'où mariage.
C'est Paul Legrand qui créa M. de Boissec.
Le succès qu'il obtint dans ce personnage ne laissa pas d'ennuyer quelque peu Deburau, qui cependant eut le bon esprit de n'en rien laisser paraître. On devinait seulement sa mauvaise humeur.
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Le 5 février : la Famille de Cerigny^ drame en 3 actes.
Le 13 mars : Biribi, grande pantomime-féerie en 9 tableaux, précédée de : Aux Enfers/ prologue en i acte.
M. de Boissec avait fait. impression, mais pas d*argent.
Que voulez- vous, Deburau n'en était pas. Aussi T Administration s'empressa-t-elle de monter une pantomime, cette fois, selon le goût du Public.
Et Ton peut dire que Biribi réunissait tous les ingrédients nécessaires k la sauce habituelle.
Voici le portrait de Biribi, fait par Satan à son courtisan et ami Dog :
— Biribi, vois-tu, n*est pas un homme comme un autre, Biribi, c'est l'appréciateur des jolies femmes, le bourreau des cœurs, Tépouvantail des maris. Biribi est descendu dans mes états, après avoir été surpris sur terre en conversation criminelle ; et ici, il continue sa vie de plaisir 1... Toutes mes femmes en raffolent. Aussi, ai -je voulu le faire emprisonner, car j'ai peur qu'il ne m'allonge mes cornes.
Quant à Pierrot, telle est la façon dont Satan le présente au public, toujours conversant avec Dog :
— Les tracas de la royauté, les peines de cœurs me vieillissent. Une chose encore y contribue, c'est de ne pas pouvoir épancher mes chagrins dans le sein d'un ami véritable. Cet ami, je l'ai trouvé enOn ; il se nomme Pierrot. Le pauvre garçon s'ennuyait dans la société d'Arlequin, de Colombine et de Cassandre. Je Tai appelé à moi ; je lui dis tous mes petits secrets, toutes mes fantaisies folichonnes, sans craindre son indiscrétion, il est muet. 11 porte ma queue les jours de grande cérémonie. Ah ! je ne m'en séparerais qu'avec beaucoup de peine.
Or, Biribi prisonnier est délivré par les femmes mêmes de Satan.
Celui-ci survient, les surprend en conversation criminelle et, sur le conseil de Pierrot, ordonne de couper la tète à Biribi, de faire enfermer ses morceaux dans une bofte et de jeter le tout à la mer.
Puis, pour récompenser Pierrot de son bon office, il le rend à la terre.
Sur terre. Pierrot, grelottant, mourant de faim, est recueilli par le pécheur Trick, dont il se met à aimer la fille.
Pour la gagner, il se fait pécheur, et jetant un jour ses filets à la mer, repêche la bofte, dans laquelle a été mis le corps de Biribi.
Aussitôt, Biribi en sort au grand complet et aussi vivant que s*il n'eût pas été coupé en plusieurs tranches.
LES FUNAMBULES â37
Satan rieparalt ; malheureusement, sur terre, son pouvoir perd moitié de sa valeur. Il s'étonne que Biribi ait pu tenir vivant dans une aussi petite boite.
Sur le conseil de Biribi, Satan entre dans la boite pour ressayer*
Pierrot et Biribi sautent sur le couvercle et le referment sur
lui. Cependant, sa queue en partie est restée dehors. Pierrot donne
des ciseaux à Biribi qui coupe la queue du Diable en s'écriant :
— Cette queue c'est un talisman. Chaque fois que je désirerai quelque chose, je la frotterai contre mon poignard. Mais, toi, Pierrot qui m'as conservé la vie, que demandes-tu pour ta récompense?
Pierrot indique qu'il voudrait la fortune pour épouser Michelette.
— Eh ! bien, sois donc riche comme Crésus.
Des sacs d'écus, des billets de banque, des pièces d'or tombent autour de Pierrot. Scène comique entre lui et Trick qui veut sa part. On entre chez ce dernier pour signer le contrat.
Je ne veux pas ennuyer le lecteur en lui contant, par le menu, toute la pièce, laquelle, je dois le dire, procède par des moyens autres que les précédentes pour parvenir à piquer la curiosité.
C'est toujours le combat à grand renfort de talismans ; car Pierrot a épousé Michelette et Biribi est devenu amoureux de la femme de Pierrot ; mais les sujets de lutte sont plus originaux et plus franchement comiques que leurs devanciers des autres pantomimes.
Le 10 avril : Dans la Rivière, vaudeville en 1 acte, joué par MM. Meunier, Pelletier, M"" Lydie et Reine.
Le 15 avril : Satan- Ermite ^ pantomime-arlequinade en 0 tableaux.
Avec Biribi^ les Funambules s'étaient quelque peu écartés des sentiers trop battus, avec Satan-Ermite^ ils y retombent.
Le génie Ariel, vêtu en mendiante, est repoussé par Cassandre, et secouru par Colombine.
Arlequin vend son àme à Satan, pour posséder Colombine, que son père veut faire épouser à Léandre.
De là, lutte, pour arriver au neuvième tableau, dont je reproduis le texte original :
En même temps que Satan s'engloutit au milieu des flammes, et qu'Ariel s'élève dans les airs, le fond du théâtre s'ouvre et laisse voir un temple consacré à l*Hymen.
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s*arrètaient ; l'un des deux homaies s'avançait vers le public et disait :
— a MandnSy je suis Sac-à-riz. Je ne vous demande que le temps d^achever la raclée que je suis en train d'administrer à mon administrateur, et nous commencerons immédiatement la pièce. »
Le combat reprenait alors et le rideau baissait, mais pour relever aussitôt et laisser voir les deux adversaires dans les bras Tun de l'autre, se couvrant de caresses.
Sac-à-riz s'arrachait enfin aux embrassements de son partenaire, s'avançait de nouveau vers la rampe et tenait au public le discours suivant :
— Tout passe, tout lasse, tout casse. Ce qui ne m'empêche pas de respecter le public quand il est là ; parce que, quand il n'est pas là, je m'en moque comme de l'an 40, avec lequel j'ai l'honneur d'être son profond, son humble, son repentant, son confondu et son respectueux serviteur. Je me croyais le maître ; c'est le Public qui l'est. Vive le public qui est dans la salle. Pour celui qui n'y est pas, n'ayant pas payé sa place^ il n'a pas droit à mon respect. La pièce commence !... Attention ! Le Bosier ouvre ses pétales. Revive le public qui est dans la salle !
Et la Parodie commençait.
Le 31 mai : Manique et Sacoche, vaudeville en 1 acte.
M. Sacoche, propriétaire Paul Legrand.
Manique, savetier Thiebault.
Catherine, servante B|ii« Gabrielle.
Cette pièce est faite sur la fable de La Fontaine : le Savetier et le Financier.
Le 7 juin : Mentor et Télémaque^ ou une Education à faire, comédie-vaudeville en â actes.
Le 17 juin : la Caverne des Serpents, mimodrame historique en 6 tableaux.
Lisez ces titres de tableaux :
1® Les Mohicans.
2» Le Sauveur.
3« Le Cœur d'un Homme rouge.
4» Le Fort Duquesne. •
Ko Le Coup de Hache.
6o Le Traître et les Serpents.
Cela ne fait-il pas froid dans les moelles ?
Le 19 juin : un Ceeur pour 'trois Amours^ vaudeville fantaa* tique en 1 acte.
Le 24 juin : tAne et les Carottes, comédie-vaudeville en i acte.
Le 9 juillet : le Grand Albert, pièce en i acte.
Le 25 juillet : le Conscrit de Pantin, chansonnette chantée par Paul Bonjour. Puisque le nom de Paul Bonjour, complètement inconnu aujourd'hui, «se présente sous ma plume, qu*il me sôit permis de faire revivre un instant cette physionomie originale, oubliée^ disparue, doublement morte.
Paul Bonjour, était tout simplement un grand artiste, dans son petit genre de la chansonnette.
Lassagne, de si désopilante mémoire, ne fut qu*un décalque de Paul Bonjour. Ses deux types de soldat et de paysan sont restés célèbres, et tel comédien, qui a cru imiter Tinimitable Lassagne, n'a fait que paiement copier Paul Bonjour.
Tout était comique en cet homme, alors qu'il chantait une chansonnette.
Par contre, il n'était pas de plus déplorable comédien.
Aux Variétés, le voyant si amusant, le Directeur essaya de lui faire jouer quelques rôles. Dans tous il fut déplorable, mauvais, nul.
Bohème, dans toute la force du mot, il n'était attaché à aucun théâtre. Quand il avait une bonne chansonnette à lancer, il signait avec le Directeur des Variétés, ou de tout autre spectacle un engagement de quinze jours, au plus d'un mois, sautant du Palais-Royal aux Folies Dramatiques, et descendant jusqu'aux Funambules, quand le besoin se faisait sentir.
VA son nom avait une véritable influence sur l'afGche; car il trônait dans ce genre, nouveau pour l'époque, genre dans lequel Déjazet, Levassor, Achard et Hoffmann se faisaient également remarquer.
Jean Lapincheux^ le Gros Major, le Candidat modèle ont fait courir tout Paris. Voilà la naissance des Cafés-Concerts.
Un jour appelé, comme témoin, k la Police correctionnelle, le Président lui demanda naturellement :
— Votre nom ?
— Bonjour, M. le Président.
— Bonjour, mon ami, lui renvoie en souriant le Président. Votre nom ?
— Bonjour, M. le Président.
— Moins de politesse, je vous prie et dites-nous votre nom ?
— Bonjour, M. le Président I
Le Président allait se fâcher, quand un assesseur, Ta ver lit de sa méprise, laquelle avait causé dans Tauditoire une grande hilarité.
Paul Bonjour devint fou, à Pau, en 1857, et mourut peu de temps après.
Le 18 août : A la Belle Etoile /... vaudeville en 1 acte imité du théâtre allemand de Kotzebue.
Le 25 août : Giselle ou les Willis^ pièce en 3 actes, tirée du ballet de l'Opéra.
Le ballet de Théophile Gautier et Saint-Georges avait été représenté à TOpéra le 28 juin de cette même année.
M. Cot d'Ordan, trouvant incolore la délicieuse prose que dansait si merveilleusement Carlotta Grisi, créatrice de Giselle^ jugea à-propos d'y adjoindre la sienne. Il fit parler les AVillis. Théophile Gautier complété par Cot d'Ordan ! ! !
Le !•' septembre : Cousin et Cousine, vaudeville en 1 acte, tiré du théâtre de KotzebUé.
Le 7 septembre : la Balayeuse des Bues, comédie-vaudeville en 2 actes.
Le 22 septembre : Dieu la protège^ mimodrame à grand spectacle en 2 actes et 4 tableaux.
Cette pièce de J.-G-A. Cavelier, avait été jouée primitivement sur le théâtre de la Gaîté, le 31 mars 1812, sous le titre de ; la Fille sauvage ou r Inconnu des Ardennes,
Le 30 septembre : les Cadeaux du Mari, vaudeville en i acte.
Le 25 octobre : les Suites d'une Liaison, comédie-vaudeville en 1 acte, par MM. Durieux. frères.
Présenté d'abord au théâtre du Luxembourg, le manuscrit original porte comme acceptation à ce théâtre, la signature de M. Hostein, alors directeur.
Le 25 novembre : Pierrot et r Aveugle ^ pantomime en 5 tableaux.
Rien à citer de celte pantomime-arlequinade, coulée dans la matrice ordinaire, sinon la complainte que chante Taveugle:
Air de : Fualdès
COHPLAIim
J'n*y vois goutt', ça crève'la vue.
Passants, écoutez mes cris, Criant à tous mes amis, D'puis Tmatin au coin d*la rue, QuVest, ma foi, bien ennuyeux D^avoir perdu ses deux yeux.
11 faudrait être une bète, Ennemi du calembour^ Un crocodile, un vautour, Ou n'avoir rien sur la tète, Pour que c't'accident affreux Ne fit dresser les cheveux.
Le 27 novembre : la Roche sanglante^ mimodrame historique en 2 actes et 7 tableaux.
Le 9 décembre ; N'oubliez pas le Garçon^ à-propos vaudeville en i acte.
Le 31 décembre : Le plus beau jour de P Année, vaudeville en i acte.
Chaque (in d'année, on a pu le remarquer, était célébrée par une pièce de circonstance; les Funambules reculaient encore devant les dépenses qu'entraîne le montage d'une revue.