‹ Le théatre des grecsChapitre 106 sur 126 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MÉDÉE, LE CHOEUR

HÉDÉE.

O Jupiter! ô Justice! ô clarté du soleil î voici le moment du triomphe.' mes amies ! c'est à présent que je vais goûter la vengeance. Egée m'offre dans la tempête un port , où je dirigerai mes pensées ; c'est dans la citadelle de Pallas que je jetterai l'ancre de ma poupe victorieuse. Il faut enfin vous expliquer tous mes projets. Ecoutez mes affreux secrets. J'enverrai une de mes femmes à Jason pour le prier de se rendre auprès de moi : je l'accueillerai avec de douces paroles; je lui dirai que sa conduite n'a plus rien que je blâme , que j'approuve son mariage avec la jeune princesse

4oô M^^B)

{K>ur qui le traître m abandonne , que cette alliance est convenable > que ses projets sont sages et judicieux ; je lui demanderai de permettre que ^mesfils demeurent aupr^ de lui; non que je veuille laisser mes enfans en butte aux outrages d'une rivale ) mais afin d'attirer cette princesse dans un piège où elle doit périr; car je les enverrai chargés de présens ppur la nouvelle épouse , sous prétexte d'obtenir sa bienveillance , afin de n'être pas compris dans ma proscription. Ik lui porteront une robe fine ot légère et une couronne enrichie d'or ; mais telle est la vertu des poisons dont ces présens seront imbus , que si elle en veut parer sa personne , elle expirera dans les tourmens , et tout ce qui la touchera éprouvera le même sort.

C'en est fait , je ne m'occupe plus de ma rivale. Mais je frémis des attentats qui vont terminer mes vengeances* J'immolerai mes enfans : nul mortel ne peut les dérober à ma fureur. Après avoir rempli Jasûn d'horreur et d'effroi , après avoir détruit sa famille , je m'enfuis de cette terre souillée du sang de mes enfans , étonnée moi-même de mes fi)rfaits. Non , je ne serai pas la risée de mes ennemis. Hélas! que me sert une triste existence? sans patrie, sans famille^ sans espérance ! O quelle fut inon erreur de quitter la maison de mes pères, d'écouter les paroles séduisantes d'un Grec plein d'artifice! si la fortune me seconde^ il expiera sa

tKÀGÉDIÊ D'EURinDË. /^ÔÏ

Ipérfidie , il ne reverra point vivans les fils qu'il eut de moi , jamais sa jeune épouse ne le rendra père ; car elle lie péul éviter la mort cruelle que mes poisons lui préparent. Loin dé moi tout sentiment dé faiblesse ou de lâcheté ; qu'on sache que ce cœur n'est pas insensible à l'outrage; qu^àutant poUr ses amis il est ardent et fidèle , autant il est terrible et implacable dans sa haine. Telles soht les vertus où je place ma gloire.

Puisque vous avez daigné nous faire part dej|os desseins > souffrez que> par ambur pour vous , autant que par respect pour les lois sacrées de^mortels , nous fassions nos efforts pour vous en détourner;

MÉDÉ5.

En vain vous le tenteriez. Hélas! je vous par-* doni^e de penser autrement que moi : vous ne sentez pas mes douleurs;

tx ghœbr;

Quoi ! vous feriez périr ceux que vous avez portés dans vos flânes?

MÉDÉE

Oui> je déchirerai le coeur d'uii perfide époux;

LIS CHŒtJB*

Hélas! c*est sur vous-même que vous exercerez votre vengeance;

4<^ Mjfo^E )

MÉDÉE

C*est assez; réprimez des discours superflus* Et toi, fidèle esclave, va prier Jason de ce rendre auprès de moi. Je connais dès long-temps ton zèle pour ta maîtresse, garde-toi de révéler ce que tu viens d^entendre. Si tu m'aimes , si tu es digne de ton sexe, observe un religieux silence'.

«irla

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