‹ Le théatre des grecsChapitre 11 sur 126 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

jocaste vient déclamer au Iroisième acte, comme Œdipe Ta fait au premier. C'est-là le triomphe de Sénèque. Tous ses grands personnages sont dédamateurs*. La reine ne sait pour qui son cœur doit se déclarer : sera-ce pour Polynice ou pour Etëocle? t'un et l'autre est son fils. L'un redemande un bien qui lui est dû; mais il le demande en assiégeant sa patrie ; l'autre ne lui est pas moin« cher que son frère. Elle penche cependant pour ce dernier, dont le parti est le plus juste et le plus malheureux j et elle dit comme Sabine, femme d'Hor race , dans la tragédie de Corneille :

« Je serai du parti qu'affligera le sort. »

Ho&AGE, act. I, se, I.

« Que causa m^élior sorsque deterior trahit , 9 Inclinât animus y semper infirmo fisiyens. i»

Corneille a eu en effet devant les yeux cette délibération de Jocaste, en faisant celle de Sabine ; et le merveilleux est que Sénèque ait formé un Corneille, comme Euripide, un Racine.

Un officier vient interrompre la reine, pour lui dire que les deux armées sont sur le point d'en venir aux mains, si elle ne se presse de travailler à, VI 5

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la réconciliation de ses fils. Jocaste répond qu'elle ira. Mais loin de se presser, elle demeure encore pour dire d'assez beaux vers que Sénèque n'a pas ' voulu perdre. Anligone la prie de rechef de ne pas différer. Alors Jocàste se souvenant qu'on l'a déjà pressée de partir, et qu'il n'y a pas un moment à perdre, souhaite d'être enlevée par le vent ou par quelque griffon pour arriver plus tôt au camp. Elle court en effet comme une écervelée ; au moins l'officier le dit très-nettement :

(( Vadit fiirenti similis , aut etiam furit. »

Il fait même cinq ou six comparaisons impertinentes , pour mieux faire comprendre sa pensée. Il y a ensuite sept ou huit vers absolument inintelligibles, et qui apparemment sont déplacés , et mis ici parliasard. Car le même ofiicier , en disant que Jocaste part comme une bacchante, ajoute tout. . de suite, ( et malheureusement cela paraît une suite, ) « que Jocaste est arrivée au milieu des » deux armées 5 qu'elle les a séparées à l'instant; »que les deux frères, prêts à fondre l'un sur l'au- » tre , tiennent leurs javelots suspendus ; qu'on » parle de paix; » et choses pareilles qu'on ne voit pas qu'il puisse savoir si vite, à moins qu'en effet Jocaste n'ait été enlevée subitement dahs les airs, comme elle le souhaitait, et que l'officier ne soitj guindé sur une haute tour pour voir tout ce qu'il

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raconte. Après tout, quelque suivi que tout ceci paraisse par la liaison des vers, il Test si peu par le sens, qu'il serait injuste de vouloir rien décider sur une pièce si évidemment mutilée > et dont on n'a que peu de fragmens»

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