‹ Le théatre des grecsChapitre 53 sur 126 · UN MESSAGER , LE CHOEUR , CRÉON · texte numérisé non relu

UN MESSAGER , LE CHOEUR , CRÉON

LE MESSAGER

Malheureux ! quelle nouvelle vien^je apporter , et que vais-^je dire?

Jfgî. lis PHÉNICIENNES ,

c&Éoir.

Tout est perdu. Tes premières -paroles nous ' montrent assez que tu n'as rien d'heureux à nous apprendre. ;

LE MESSAGER

Malheureux, je ne puis trop le répéter, malheureux que je suis , d'annoncer de telles catastrophes I

CRÉOK.

Quelle nouvelle infortune est donc ajoutée à toutes les autres?

LE MESSAGER

' Créon , les fils de votre sœur ne jouissent plus de la clarté du jour.

CKÉON. I

Hélas ! quelle douleur pour la ville et pour moi ! |

LE MESSAGER

O palais ,d'OEdipeî la mort d'un même coupa firappé ses deux fils.

LE CHŒUR

Murs insensibles , versez des pleurs.

CRÉOV* I

douleurs ! ô calamité ! que de maux rassemblés sur ma tête ! Ah ! malheureux î ,

LE MESSAGER

Ah ! si vous les connaissiez tous !

TRA&ÉDIE d'ÈURIHDS. £09

CRÉOK*

Cessez de corrompre par vos larmes le bonheur de voire prochain hyménée.

Barbare ! penses-tu que je puisse vivante épou« ser ton fils ?

CRÉON

Vous-même , pensez-vous Tëviter ?

AinilGONE.

Ah ! dans cette nuit funeste , j'augmenterai le nombre des Danaïdes.

GRIÊOK.

Ciel ! quelle audace î tjuelles menaces orgueilleuses !

A^TIGONK.

Oui , j'en jure par le fer, par lé glaive vengeur, que je n'atteste pas en vain.

C&ÉON

Et pourquoi mettre tant d'ardeur à vous sous- ' traire à cette alliance?

AKTIGOirS.

Pour suivre dans son exil un père infortuné. ••

CRÉON

T&a cœjir est généreux , mais non pas exempt d'imprudence.

VI l^

210 LES PHENICIENNES,

ANTIGOKE.

Et pour mourir avec lui.... Tu sais tous mes projets.

Va, je ne livrerai pas mon fils à tes fureurs. Abandonne ces lieux qui t'ont vu naître ».

ŒDIPE

Ma chère fille , j'admire ta tendresse et ton zèle, mais....

ANTIOONE.

Et si j'acceptais sa main , si vous éprouviez seul les rigueurs de l'exil , ô mon père ! ...

(EBIPE.

Laisse-moi, vis heureuse; je saurai supporter mes maux avec patience.

ANTI60NX.

Qui donc prendrait soi» de votre aveugle caducité ?

ŒDIPE

Ma cendre reposera aux. lieux fixés par la destinée.

' Il n'est pas facile de dire ai cts mou sont un ordre ou une permissipn. Ce sont les derniers que Crëon prononce : on pourrait en conclure qu'il se retire, et qu'OEdipe et sa fUle restent seuls sur la scène avec le chœur. Cependant je n*ai pas indiqué ce changement; parce qu'il n'est pas certain qu'il ait lieu.

OEdipe , vainqueur du «phiiix ! ^'létes-wus devenu ?

Hélas ! il n'eit plus : le jour qui fit mon ]M>nheur a causé ma ruine.

▲NTIGONS,

Ah ! c'est à moi de partager vos malheurs.

AceoiBpa^i^r uu pèrq aveugle dans son eidl> c est pour une jeune fille une charge trop humiliante.

▲NTZOONS.

Noii, mon père, elle est honorable pour \uiç fille vertueuse.

CEDIPE.

Conduis-moi donc vers ces corps privés de vie; que je touche celui dç ta mère.

ta voilà ; portez votre main sur ceii^etliQS^liiairisu

ccniFs.

mère ! ô épouse infortunée !

ANTI60KX.

Objet de douleur et as compassion, elle est étendue sans vie après avoir vix tous le^ maux s'accumuler sur sa tête !

ftI2 LBS PHlfNlClENNES^

ŒDIPX.

Où est le corps d'Etéocle ? où est celui de ï^olynice ?

▲17TI60HB.

Les voici étendus tout auprès Fun de l'autre,

ŒDIPE

Pose ma main tremblante sur leurs visages glacés.

▲NTIGOIfE.

Vous touchez de vos mains les corps de vos enfans.

ŒDIPE

Ghers et malheureux fils d'un trop malheureux père !

nom cher à mon cœur ! è doux nom de Polynice !

ŒDIPE

C'est maintenant , ma fille ^ que s'accomplit l'oracle de Loxias*

ANTIOOlfTE. <

Quel est cet oracle ? Dois- je me préparer à de nouvelles infortunes ?

ŒDIPE

Le dieii a déclaré- que je mourrais exilé dan^'

Athènes. . '

TRAGÉDIE d'bURIPIDE. 2^3

AKTIGONX.

Où dites-vous ? quelle forteresse dans TÂttique osera vous recevoir et vous protéger ?

ŒDIPE

Colone , la demeure sainte du dieu dont le trident a produit le coursier fougueux. Viens , ma fille, sers de guide à ton père aveugle, puisque tu veux être la compagne de son exil.

ANTIOONK.

Partons pour ce triste exil , ô mon père I donnez-moi votre main chérie , afin que , semblable au vent qui fait mouvoir le vaisseau, |e soutienne vos forces défaillantes^

ŒDIPE

Je te suis , ma chère fille ; pauvre infortunée ! sois mon guide.

AVTI60NS.

Parmi toutes les jeûnes Thébaine^, en est- il quelqu'une dont le sort soit plus déplorable ?

ŒDIPE

Oùposerai-je mon pied chancelaïit?.. Donnemoi mon bâton, ma fille.

AHTIGONE.

Ici , ici .... portez ici votre pied, ô vous d,oat lnL force est comme un songe !

ftl4 I-BS FHBlflCIKHirBAy

OKDIVS.

O crtiél exil ! rhawer de sa patrie un malliea* renx vieillard I ah ! qoelle injuste rigueur !

AHTIGOHX.

Cessez^ cesses de vous plaindre. La justice ne voit pas lesméchaifs , et laisse impunis les forfaits.

CEDIPS*

Voilà celui qu^inspiraitune muse câesle et ^ctorieuse , et qui seul sut expli<{uer rénigme obscure du sphinx !

ANTIGOKX.

Quel souvenir osez-vous rappeler 'L Bannissez de vos discours ainsi que de vos pensées limage de vos prospérités. Hélas , voilà le triste sort où elles devaient vous conduire ! Proscrit de votre patrie, votre dernier désir devait donc être de Irouver un lieu qui reçût vos cendres L.. Et moi , suivie des tendres regrets de mes jeunes et chères compagnes f je fui3 loin de ma terre natale , pour mener une vie errante , étrangère à mon sexe.

GSDm.

chère et généreuse fille !

ABTIGONX.

Le soin d'un père affligé doit faire toute ma gloire. Malheureuse que je suis 1 je v(»smon frère outragé , son corps rejeté de la maison paternelle »

TRAGÉDIE D'EURime. 2lS

priv^ .de la sépulture. Ah ! mon père , dussë-je expier cette action par ma mort , je yeux Tenae^ velir dans la terre ténébreuse.

CEBIFE.

Va , salue tes jeunes coilipagnes.

Âh ! n*ai-je pas assez de mes gémissemens ?

ŒDIPE

Invoque les dieux aux pieds de& autels.

ANTIGONS.

Les dieux sont fatigués du bruit de mes malheurs.

aDirJE.

Va dans le temple écarté, consacré à Bromîtts^ sur la montagne des Ménades <.

ANfIGOHE.

Dois-je invoquer le dieu que j*ai si souvent célébré par mes danses religieuses sur les montagnes de Sémelé ^ , revêtue de la peau du cerf des Bacchantes ? culte inutile, et trop mal récompensé !

ŒDIPS.

Illustres citoyens de ma patrie ! voyez , je suis

' La montagne des Mënades ou de» Bacchantes , c'est le Ci • thëron.

' C'est encore le Cithëron. En grec , le nom de Sëmélë i^eutëga^ fement se rapporter aux danses religieuses : Us danses dt Sémdlém.

2l6 LES PHENICIENNES^

cet OEdîpe qui expliqua jadis l'énigme fameuse^ qui mérita le nom de grand ^ y et seul sut réprw mer le tyrannique empire du sphinx homicide ; maintenant , couvert d'opprobre et digne de compassion y je suis chassé de ma terre natale. •«. Mais pourquoi ces gémissemens , pourquoi ces larmes inutiles ? L'homme mortel doit se soumettre à la nécessité qui vient des dieux.

U CHCEUK.

Victoire à jamais glorieuse ! sois la compagne de ma vie , et ne cesse point de me distribuer tes couronnes ^.

' M. Brunck , d'après M. Walckiiaër , supprime les deux preiplers vers de ce discours , comme dérobés à V OEdipe de Sophocle avec de légers changemens. £n suivant ces habiles critiques , il faudrait traduire : « Moi qui jadis contins seul la tyrannie du. a) sphinx meurtrier , maintenant , etc. »

' Voyez la note ' , tome V , p. 364-

FIN DES PHENICIENNES.

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