‹ Le théatre des grecsChapitre 54 sur 126 · EXAMEN · texte numérisé non relu

EXAMEN

X L est facile d'indiquer et difficile de définir le sujet de cette tragédie. La Thébàide n'est pas une action, c'est une histoire. Stace y qui en a fait le sujet de son poème, eût peut-être choisi le siège de Troie , si V Iliade n'eût point existé. Mais ni le siège de Troie , ni le siège de Thèhes, ne peuvent être le sujet d'un poème épique ou dramatique. Que serait l'œuvre immortelle d'Homère, sans l'action simple, unique, importante qui est l'âme de ce grand corps? Présente à toutes ses parties, elle y répand à chaque instant la chaleur et la vie, et développe , comme le principe du mouvement, tous les admirables ressorts que le poëte met en jeu. Voilà sans do,ute ce qui manque à tous ces poèmes historiques, qui, comme la Pharsale, n'offrent que des beautés, qui fatiguent la vue, parce qu'elles ne forment point un tout, et ne montrent pas un objet fixe et déterminé, où l'esprit tende sans cesse ^ux travers des inquiétudes et de l'espérance. Je ne

2l8 EXAMEN DE LA TRAGEDIE,

compare pas la Thébaïde de Stace à la Pharsale de Lucain. On ne cessera jamais d'admirer dans celle-ci la poésie du langage, Félévation des sentimens , et la grandeur des caractères : tandis que la Thébaide n'offre que peu de ces beautés qui dédommagent du principal défaut qui lui est commun avec le poème de Lucain. Je veux seulement fixer l'attention sur les écueils qu'offre le sujet de la Thébaïde ^^el voir jusqu'à quel point Euripide a su les éviter.

Il semblerait, au premier coup-d'œil,^que c'est le siège de Thèbes qu'Euripide a envisagé comme son sujet. Tous les chœurs se rapportent à cet objet. Tantôt ils élèvent la grandeur de cette ville et son illustre origine, tantôt ils gémissent sur sa prochaine destruction , tantôt ils montrent Mars plein de fureur , qui cherche à exercer sur elle de cruelles vengeances. Stace n'a pas oublié cette dernière circonstance , et Mars joue aussi un grand rôle dans son poème. Indépendamment des chants du chœur, l'examen le plus léger de chaque partie de cette pièce fait voir qu'il y est continuellement question du siège de Thèbes , à l'exception du dernier acte, qui , sous ce point de vue , est tout-à-fait épisodique. Et c'est en vain qu'on alléguerait pour le justifier , les opinions anciennes sur la sépulture. Quelles qu'aient été ces opinions , si Euripide a traité le siège de Thèbes, il n'était point

DES !>HÉNICIENNES. 2I9

gestion dans ce sujet du corps de Polynice ni de la vieillesse d'OEdipe.

Le poème d'Euripide offrirait cependant , dans cette supposition y un champ plus restreint que celui de Stace ^ et par là même il serait moins vicieux. Ce n*est pas tout un siège, c'est un assaut dont il est question dans la tragédie. Cependant , comme un assaut ne peut point fournir le plan d'un poème, le sujet, sous ce point de vue, paraîtra chargé d'accessoires.

Mais ce n'est pas aînsi qu'Euripide l'a envisagé; l'entreprise dont il a fait choix est plus touchante et plus dramatique ; c'est un sujet moins vague et plus hçureux, qu'il n'a point assea défini peutêtre , qu'il n'a pas traité, je crois, avec assez de rigueur et de sévérité, que son génie a plutôt senti que développé, mais qui domine néanmoins toutes les actions subordonnées, qui en fait le nœud, et répand un intérêt sur cet ouvrage dont il n'est pas aisé de se rendre compte : intérêt que û'ont point les imitations où cet objet est perdu de vue. ^

Pùljnice entreprend de rentrer dans ses états ; y reussira^t'il ? Telle est la question dont la so^ lutîon fait le dénoûment de cette tragédie. Il entreprend d'abord d'exécuter son projet par les voie* de douceur , ensuite par la force. Enfin , obligé de renoncer au trône, il se réduit à demander la aé-

pulture, « quelques grains de poussière , au l£e» » du trône qu'il a perdu.» Bien loin donc que le dernier acte soit superflu, en partant des opinions anciennes, il n'a d'autre défaut .que. de n'être pas. achevé. Car, entre la rigueur de Créon et le courage d'Antigone , le spectateur demeure incertain sur le sort de Polynice, et c'est en partie ce qui me fait dire que l'auteur a plutôt senti que développé son sujet.

Malgré ce moyen de défense , la tragédie des. Phéniciennes reste encore exposée au reproche d'être chargée d'épisodes. Celui de Ménécée est bien propre au sujet du siège de Thèbes;.mais au sujet àQ& Phéniciennes j tel que je le conçois,, il l'est moins, et c'est sans contredit pour cela qu'il frappe davantage, et que le P. Brumoy l'a relevé, quoiqu'il n'eût point fait observer ceux dont est chargée la tragédie d'Oreste^ parce que ceux-ci sont véritablement tirés du fond du sujet ; j'en dis autant de l'épisode de Tirésias. Il faut encore regarder comme un épisode l'entretien d'Etéocle et de Créon; mais il est plus propre au sujet que le premier, non parce qu'il prépare la défense de Thèbes, car c'est plutôt par là qu'il s'en écarte , mais parce qu'il amène la déclaration des dernières volontés d'Etéocle, et par là même l'obstacle à la sépulture de Polynice dans sa patrie.

IJ résulte de cette manière d'çnvisager le sujet ^

IbÉS PHÉNICIENNES. 221

qii'il était indispensable que les caractères fussent tels qu'Euripide les a tracés. Car, ou les deux ca*» ractères seraient doux , et alors il n'y aurait plus de discorde, ou tous deux seraient hautains, et en ce cas , nulle" voie de conciliation à tenter , ou Etéoclè sefait doux et Polynice hautain ; mais alors il n'y avait plus de possibilité de tenter la conciliation au sein des murs : car Polynice n'y fût point entré ; et Euripide était bien loin de transporter, comme Stace, la scène au milieu de deux armées prêtes à en venir aux' mains , et d'imaginer que Jocaste prétendît les arrêter sur-le-champ de bataille par ses discours. Enfin^ toutes les bienséances poétiques et théâtrales , la nécessité même et les vraisemblances, exigeaient que la scène eût lieu dans Thèbes , et près du palais. Il est bien vrai que dans la Thébdide de Racine, où les caractères sont tels que je les suppose ici , Polynice entre deux fois dans la ville ; mais c'est une des raisons sans doute ^i engageaient ce grand poète à juger sévèrement ce premier essai de son talent. Il restait donc l'unique parti qu'a suivi Euripide, et dont se sont écartés si mal à propos ceux qu'a critiqués le P. Brumoy, et sur-tout le déclamateur Sénèque, dont les tragédies, pauvres d'action et riches de paroles, ne peuvent soutenir un examen sévère.

Lors même qu'il ne serait pas nécessaire , le caractère de Polynice serait donné par les conve-

nances. Il fallait exciter rinierêt e» faveur de 1 ennemi de sa patrie , et sans cela ce n'eut étë qu'ua caractère odieux, que la tragédie aurait rejeté. Le poëte ne pouvait accumuler trop de circonstaxices adoucissantes pour rendre excu^le le parricide de sa patrie^ comme dit Cicéron. Qe$t le caractère le plus doux et le plus affectueux; son frère a violé ses promesses; Ëtéocle d'ailleurs est peu religieux ^ ambitieux sans dissimulation, d'un ca^ ractère grand , à la vérité y noble et fier, maJ3 bautain, emporté, dédaignant l^as lois da la justice vulgaire lorsqu'il s'agit d'aspirer à la puissance. Une circonstance Texcusait; Ëtéocle était l'aîné de son frère ; sans doute Euripide^a bien pensé à ce moyen de justification lorsqu'il a fait parler Étéocle : et 1^ reproche d'un scholiaste à cet égard, n'est qu'une preuve de la légèreté de sa critique ; c'est avec raison , et de propos délibéré, qu'Euripide a dissimulé cela* Il veut que ses spectateurs n'y songent pas, qu'ils supposent tous les droits du côté de Polynice , et la possession seule en faveur d'Étéocle. Car, je le répète, quelle adresse n'était pasnéces^ saire pour intéresser en faveur du personnage qui est chargé du plus odieux des attentats ?

Maintenant, je me crois dispensé, par le travail du P. Brumoy sur cette pièce, qui est plus étendu que celui qu'il a fait sur lés précédentes ; je me crois dispensé, dis-je^ d'entrer dans le détail des

DBS PHÉNICIENNES. 223

beautés et des défauts particuliers de la pièce, et de la suivre dans toutes ses parties : je me contenterai de quelques rapprochemens relatifs à Texposition. Le P. Brumoy a déjà indiqué la source où Euripide l'a puisée. Je vais citer ce morceau d'Homère par extrait, afin que le lecteur ait sous les yeux les principaux traits d'imitation , et en particulier la manière dont chaque chef est annoncé.

« Hélène arrive près des portes Scées. Au-dessus de ces portes étaient assis des vieillards vénérables. Priam, haussant la voix : Venez ici , dit -il, ma chère fille, et asseyez-vous à mes côtés , pour considérer vos parens et vos amis... Nommez-moi cet homme étonnant, dites quel est ce chef remarquable par son port et par sa stature : d'autres l'emportent sur lui par la hauteur de la taille ; mais jamais mes yeux n'ont vu d'homme si beau ni si majestueux : il ressemble à un roi.... Ce guerrier est le fils d'Atrée, Agamemnon , dont l'empire est si étendu , et qui possède à la fois l'art de régner et de combattre.... Apprends-moi aussi, ma chère fille, poursuivit le vieillard, quel est ce guerrierci ; moins grjnd de toute la tête qu' Agamemnon , il l'efface par sa carrure. Ses armes sont couchées sur la terre féconde : lui cependant, tel qu'un bélier, parcourt les rangs C'est, répondit Hélène , le fils de Laërte , le prudent Ulysse

224 ' EXAMEN iDÊ LA tRAGÉDIE ,

Quel est cet autre chef si grand et si terrible > et qui , par sa taille et par sa carrure, l'emporte sur tous les Grecs? — C'est le redoutable Ajax, le rempart de la Grèce. Là , parmi les Cretois, se tient

Idoménée, semblable à l'un des immortels

Mais je ne puis découvrir deux chefs : Castor, qui dompte les coursiers; PoUux, invincible à la lutte, mes propres frères , et sortis du même sein que moi. »

M. Bitaubé, de qui j'emprunte la traduction , indique dans une note fort intéressante , les imitations auxquelles cette fiction a servi de modèle. Il rappelle celle d'Euripide. Le Tasse, ajoute-t-il , l'a de même imitée avec succès. Herminie fait connaître à Aladin les principaux chefs de l'armée ennemie. Elle n'est pas, comme Hélène, la cause et l'objet de la guerre; cependant elle intéresse comme amante.

Entrons dans plus de détails, et rapprochons , par un extrait, l'imitation de son modèle.

^ Le vieil Aladin est enfermé dans Jérusalem , comme Priam dans Troie :

Gli ordiai diede e poscia ei si rltrasse • . Ove sorge una torre infra due porte.

Voile che quivi seco Ërminia andasse :

Erminia bella , etc. '

Aller siccome turbine si scioglie E cade dalle nubi aereo foco , * |

DÉS PHENICIENNES. 21j

UBaôh Tancredi, a cui Gofiredo accenna^ Sua squadra mosse ed arre»U> lanteana.

Onde dîce ( U Re) a colei cK' è seco assisa, £ che gîa sente palpitarsi il petto :

thî è dan(|aè costui clie èofti benë

S adatta in giostra, ^ fero m yista è tanto ?

A quella , in yece di risposta y viene

Sa le labbra un sospir y su gli occhî il pianto;

Gofiiredo è quel chè nel purpureo manto

ba di regio e cl augusto in^se cotanto.

Bîmmî dil sia eohii eh" lia pur yenùiglfa La soppraTveite y e seoo a par $i yede.

. • . i « • '. i 'k • • ; £ Baldoyin^ risponde, e ben si scc^re Nel yolto ^ lui fratel y ma più neir opre*.

Qr rimîra colui , che quasi in modo !b uoin che consîgli y sta dalF altro fianco ':

Qu:egli'è Raimondo> Siota già canùtoebiabcôi

«...; Qttell^altropi&^inlà^......

Del re BHtanno è U buon figliuol Gùgliçhkio ; VèQuelfo seco.....u

Mal gran nemico mio tra queste squadr« Gîa riyéder non posso y e pur yi guato.

ïo dico Boemondo il micidjiale , bistrùggitor del inio sangue reale; Gosi pàrlayan questi;

» Il donne ses ordres ; ensuite il va se placer VI 15

sur une tour, bâtie entre deux pcNrtes.... It veut qu'Herminie reste auprès de lui , la belle Herminie, etc.... alors ^ semblable à un tourbillon qui s'entr'ouvre et à Feclair qui perce la nue , le brave Tancrède , à qui Godefiroi a fait signe , avance son escadron, et met sa lance en arrêt.. • Le roi «'adressant à Herminie , qui ëtait assise à ses cotes, et qui déjà sentait son cœur palpiter.. • Quel est donc ce guerrier qui tient si noblement sa lancé en arrêt , et dont la mine est si fière? A ces mots, au lieu d'une réponse, un soupir vient sur les lèvres. d'Jierminie, et des pleurs dans ses beaux yeux.... Ce héros qui, sous ce maateau.de pourpre , a l'air si auguste et si majestueux, c'est Godefroi. • • • Quel est ce guerrier dont la cotte d'arme est de couleur de feu, et qui semble marcher l'égal de Godefroi?... C'est Baudoin, répon- ' dit Herminie ; sa figiire annonce qu'il est son frèifc, et ses exploits encore mieuo^. Et cet autre guerrier, de l'autre côté de Gode&oi, qui semble lui donner des conseils ? c'est Raimond... sa tête chauve a blanchi dans tes travaux... Cfnpeu phis loin , celui dont le casque brille de l'or qui le couvre, c'est Guillaume , fils du roi. d'Angleterre. Guelfe est auprès de lui.... Mais jp nf^rjÇtçquve point parmi -tous ces guerriers , le plus cruel de mes cnncuiis, en vain j^ le oherehe. Je veux par-

DES PBEmCIENNES. t±^

\er de rhomicide Boémond^ de ce destructeur de mon trône et de ma faiaiille entière. Ainsi s'entretiennent Aladin et Herininie'. »

Maintenant voici les imitations de Stafce :

Turre procul sok nondum concessa videri

Antigone popttlîs , teaeras defendîtor àtra

Teste gênas ^ juxtaqae eomes^ que Laïus ibàt

Arittîgero^^ toac virgo senem reg^isa yerelar.

Qcue sic orsa prior : spesne obsi^tura Pelasgîs

HasCTexflla^ pater ?••.• dlc^ 6 precor....

quas noster signa Menœceus ^

Quae noster gerat arma Creon ^ . . . .

Sic rudis Ântigone. Senior cui talîa Phorbas :

Mille sagîttîferos getidae de colle Tanagi^ae

Promovet ecce Dryas; Hîc eu? riivea arma trUtentem

Atqiiié auro rode» futmen kabem , Orionis alti

Non febus virtnte aépos

Quis iibi Phoebeals acîes , Teteremqne reroli^t

Phocida 7 quis Panopem ? qui» Aulida ?

Omnibus immrxtas cono super aspice laaros. . . tpbiius acer agit, genitor ctti nuper adettiptus Nauboïus Hippasides , tuus , & mitisskne Laï ! Hospes } adhnc cnrrus secaraque lora tenebat , Gnm tua subier eqaos ^acuit convulsa croentis Ictibus, ô utinam nostro cum sanguine ! cervix, Dicentis maduere genae , vultumque per emn^m PaQôr iit, vocisque repens singultus apertum întercepît iter

* férusalem deUiffèe , HT , la et *uiT.

Et jam acies obtusa negat y canctiqae résistant f £t tuas armatis jubët ecce silentîa frater.

« Antigone, qui n'osait point s'exposer aux regarda du peuple , couvrant ses tendres joues d'un voile noir, était dans une tour écartée, seule, avec un serviteur fidèle. Jadis il accompagna Laïus , et lui servit d'écuyer; maintenant la jeune princesse respecte ses cheveux blancs. EUe lui adresse la parole la première : mon père ! pouvons-nous espérer que ces drapeaux résistent aux Pélasges ?. . . Dites-moi, je vous* en conjure, quelles enseignes portent Ménécée et Créon, nos chers défenseurs. ••• C'est ainsi que la jeune Antigone interrogeait son guide. Le vieux Phorbas lui répond : Voyez ici Dryas ; il conduit mille archers de la froide colline de Tanagre. Celui-ci, dont les armes plus blanches que la neige, sont chargées d'un trident et d une foudre d'or grossièrement imitée , est le pëtit-fils d'Oriôn; ilné dément point la vertu de son aïeul. ... Qui pourrait compter ici les troupes de Phébus ? Et l'antique Phocide, et Panope, et l'Aulide?.... Voyez les lauriers mêlés aux casques de tous ces guerriers.... L'ardent Iphitus est à leur tête, Iphitus à qui son père vient d'être enlevé, Naubolus, ton hôte, ô bon Laïus !ô le plus doux des rois ! il retenait encore ton char et les rênes d'une main assurée, lorsque ta tête, frappée de sanglantes blessures , fut foulée aux

DBS PH^NIGIBNIWS. 220

pieds des chevaux. Ah ! plût à dieu que mou sang eût été répandu avec le tien ! A ces mots , les joues du vieillard se mouillent de larmes, la pâleur de la mort s'empare de son visage y les sanglots se succèdent et interceptent le passage de la voix. • . . Mais déjà ma vue affaiblie ne discerne plus les traits des guerriers, tous s'arrêtent à la fois, et voilà votre frère qui leur impose silence. »

Ce dernier vers sert de transition au discours du jeune roi, et il faut convenir qu'elleest aussû noble que natuifélle. Le discours de Phorbas, que )e n'ai point rapporté , dans lequel il fait le dénombrement des troupes, est long et froid; j'ai mieux aimé citer le mouvement de ce vieillard à l'aspect du flLs. d'un ancien ami de son maître , quoiqu'il n'ait qu'un rapport indirect* avec les Phéniciennes d'Euripide.

Le ton des Phéniciennes est élevé et héroïque, plus, à ce qu'il me semble, que celui d'aucune autre pièce d'Euripide. La nature du sujet l'exiigeait : il est peut-«être traité d*iine manière trop épique : on y trouve deux récits partagés chacun en deux parties , qui en font quatre récits distincts, et assez longs , sans parler du prologue qui est* aussi fort long, mais qui ne peut,, je crois, être critiqué , étant tout-à-fait hors de la tragédie : et cela est si vrai , qu'en l'en détachant , cette pièce JX.en. serait pas moin.§ une des plus longues du.

^3o EXAMEN DES MENiClENNES.

théâtre grec. Elle a environ dix-huit cents vers, jet en aurait plus de dix-sept cents , sans le prologue. Je remarque cela pour confirmer l'observa-. tion que j'ai ftiite au sujet du prologue, dans VEs^ sai 9ur la vie et les oiivrages d'Euripide. Il est d'ailleurs certain que le su jpt est fort bien exposé , ji^dëpendatiamesot de ce prologue , quoique celuici répande sur "quelques circonstances de l'avant-, «cène une clarté qu*il eût été impossible d'obtenir par un autre moyen i^

Il me semble enfin que cette pièce, envisagée comme je viens de dire , offre un sujet nouveau .et aussi noble qu'intéressant et pathétique, qui produirait un grand effet sur le théâtre français , aussi bien que sur le théâtre grec, sur-^tout si on eu écartait toute espèce de luxe , et qu'on évitât lés défauts dont Euripide n'^st pas exempt.

FIN DE L EXAMEN DES PHENl^CIENNES^

MEDEE

J ASON oubliant qu'il devait tout à Mëdée , qui l'avail délivré d'un péril certain dans la conquête de la toison d'or, et qui avait tout sacrifié pour le suivre à travers tant de périls et de mers , résolut de l'exiler avec les enfans qu'il avait eus d'elle , après avoir épousé à ses yeux Glauca , fille du roi de Corindie. La vengeance qu'en tire Médée est le sujet de cette tragédie. L'action est si frappante, qu'elle a fait la matière de plusieurs tragédies imitées de celles d'Euripide. Ovide en â composé une qui n'est pas venue jusqu'à nous , et dont Quintilien nous a conservé ce vers si connu :

Servare potui , perdere an possim rogas ?

Si f ai pu le sauver , ne puis-je le détruire ?

Ennius avait traduit en yer& latins la Médée d'Euripide, et l'on en trouve des fragmens dau«> Cicéron. On dit que Mécène même avait traité ce sujet à sa manière. Mais ce qui nous reste de meilleur en ce genre , se réduit à la Médée dé Sénèque, à celle de Louis Dolcé, à la traductiou de Huchaaan , à une tragédie de P. Corneille^ 50u^

le nom de MéSéCy sans compter celle» de la Tbfc ^[Q» rf'or, et Topéira de Thésée. Nous en parle-« rons au sujet de la tragédie d'Euripide , qui leur a donné lieu «^

Il y a neuf personnages, à savoir : Médée, Ja-= son , Créon, roi de Corinthe, Egée, roi d'Athènes^ les deux fils dç Médée, encore enfans^ leur gouverneur, la confidente dç Médée, et un ofilcier,, outre le chœur , composé de femmes corinthiennes attachées aux intérêts, de Médçe.'La scène est dans le vestibule du palais de Créon. Corneille dit que c'est une place publique^ , et il trouve bien peu de vraisemblance à y faire parler des rois 4. Il a raison, quant au dernier article. Mais rien n'oblige à croire que ces sortes de vestibules , où, Euripide place si souvent ses scènes , fussent touîours publics. Il est croyable que c'étaient des portiques séparés des apparteoiens intérieurs , mais élevés , et fort différens en toute manière de ce qu'on

' Elle n'a point de rapport au sujet présent, quoique Médée y joue le principal rôle.

* La Mèdée de Longepierre , celles de MM. Clément et Glover ieront rappelées à la suite de cet extrait.

3 Pierre Corneille, ^xamen de Médée.

^ Ce défaiy^y.si.c'e^estun réellement, se retrouve biensouyen^ dahs nos tragédies modernes , et Corneille lui-même n'en est paa> plus exempt que d'autres. Mais il est convenu que sur ce point, •n doit aider à la vraiflremb]ance,etnepa8 se montrer trop séyère.

TRAGÉDIE d'eURIPIBB. 233

nomme places publiques. Quelquefois ces portier ques étaient en vue des places^ei des rues, comme la tragédie d'Oreste le suppose ; mais on n'a point de preuve que cela fâ.t toujours ainsi.

Il est bon de $e rappeler en peu de mots This* toire de Médée , si élégamment écrite dans le sep* tième livre des Métamorphoses d'Ovide. Elle était fille d'Aétas, roi de Colchos» , et très-versée dans l'art magique, c'est-à-dire, très-spirituelle. Mais elle usa mal de son art et de ses lumières : car elle se rendit célèbre par ses forfaits. L'amour qu'elle conçut pour Jason fut la source de tous ses crimes* Jason , fîlsd'-ZEson, roi d'Iolcos, avait été supplanté par son oncle Pélias, usurpateur des Etats d'TEson. Le jeune prince , qui avait été dérobé à la fureur du tyran, revint et demanda ses Etats. Mais Pélias, pour s'en défaire en politique ^, l'engagea à tenter l'expédition de la toison d'or , à la tête des Argo* lïautes. Il s'agissait d'aller à Colchos , et de ravir cette riche toison gardée par des taureaux à gueule enflammée, et par un horrible dragon.

Ce fut là que Médée l'aima, et le rendit niaître de ce trésor sans danger, mais aux dépens de sa patrie et de son père Aétas, dont le sort dépendait de la toison. L'amante et l'amant prirent la fuite.

' Colchos , capitale de la Colchide , à rembouchure du Phase. ^' Ainsi en usa Eurysthée à IVgard d'Hercule.

Page 1