‹ Le théatre des grecsChapitre 67 sur 126 · L. An. Seneca^ Medea, act. lY · texte numérisé non relu

L. An. Seneca^ Medea, act. lY

Siddônîs rapîUH*^ subj^taque Thessala Tempe Déficit y et Creteîa regû»iib«LS applicat angues : Et quas Ossa Culk , quas-altus Pelion herbas , Otbrysque , Pindusque et Pindo major Olympus ^ Perspîcît : et placita ' partîm radice reyelllt , PartSm succidit curvamîne fafcis acnae.

Molta quoque Apîdani placuerunt gramîna ripis , Alulta quoque Ampbrysi : nec era« immunis y Enipeu : Mec non Peneas, nec non Spercbeïdes uncUs Cpntribuére aliqu'd^ juncosaque lïttora Bœbes. Carpsit et Euboïcà vivax Anthedone gramen ^ Mondùm mutalo vulgatum corpore Glaucî.

OviD. Meiam, lib. VII , v. 222, elsqq. éd. Gierig.

' N0 pourrai|-on pas lire Plantas ?

TRA6ÉDIB DE 8BNÈQUE. 287 •

Voilà les herbes cueillies pour rajeunir iEson ; Voici la composition des drogues, et la façon de la magie :

Intereà ralidum posito medîcamen acno Fervet et exsultat , spamisque tumentîbus albet. UHc JEmonià radices yalle resectas , Semioaque et flores et succos încoqult acres. Adjîcit extremo lapides Oriente petltos , Et quas Oceaui reiiuum mare layit arenas.

Addit et exceptas luna pemocte pruinas , Et strigîs infâmes , ipsis cum carnibus , alas , Inque yîrum solîti valtns mutare fertnos Ambîgtti pFOsecta hipi. Nec defuît illis Squamea Cinjphii tennis membrana chelydri , Vivacisque jecur ceryi j quibus insuper addit Ora ' , caputque noyem coi^icis sxcula passae , etc. OviD. lifid. L Vn, y. aôa et sqq.

On doit toutefois passer plus aisément cette érudition fréquente à Ovide , qui écrivait de dessein formé un ouvrage dont le but était d'instruire et de plaire par fies descriptions exactes et détaillées, qu'à Sénèque , qui ne devait travailler que pour l'amusement et le plaisir des spectateurs. Le théâtre n'est point fait pour les détails historiques et géographiques.

Revenons à la confidente. Ensuivant toujours, Ovide pour guide, elle représente Médée qui

' Ne lirait-on pas mieux Ova ?,

288 ïttjéOÉË,

exprime le sang et le venin des serpeiiSé Mais Cela est peint d'une manière si hideuse , que la peinture fait plus d'horreur que de plaisir, a Je l'en- )) tends, ajoute-t-elle; ses chants font déjà trembler » tout l'univers* »

En effet, Médée vient achever ses charmes sur le théâtre. C'est moins un enchantement magique qu'un hurlement infernal. J'appelle ainsi cette longue tirade de vers ampoulés que Médée hurle plutôt , s'il est permis de parler ainsi , qu'elle ne les récite. C'est la sibylle de la Pharsale , et pis encore, s*il est possible. Il est bien éibnnant que Corneille ait cru devoir reproduire quelques idées de cette étrange déclamation :

Vois comme ces serpens , à mon commanctemCnt , D'Afrique jusqu ici n ont tardé c^u un moment , Et contraints d'obéir à mes clameurs funestes , Ont sur ce don fatal vomi toutes leurs pestes. L amour à tous mes sens ne, fut jamais si doux ^ Que ce triste appareil à mon espi*it jaloux. ' Ces berbes ne sont pas d'une vertu commtine ; Moi-même en les cueillant je fis pâlir la lune , Quand les cheveux flottans , le'bras et le pied nu, J'en dépouillai jadis un climat inconnu.

P, Corneille, Médée, acte III, se. 111*

Corneille épargne au moins le détail géogra^ phique de plusieurs climats :

Vois mille autres venins. Cette liqueur épaisse Mêle du sang dç l'bydre avec celui de Nesse.

TRAGEDIE DE S^NÈQUE. {^89

)pyihon eut cette langue y et ce plumage noir Est celui ^'une harpie en fuyant ^îssa cheoîr. Par ce tison Althée assouyit sa colère ^ ^ Trop pitoyable sœur ^ et trop cruelle mère.

Ce feu tomba du ciel avecque Phaëtoi^.

Cet autre vient des flots du pierreux Pblëgéton ) Et celui-ci jadis i*emplit en nos contrées Des taureaux de Vulcain les gorges ensouffrées. Enfin, tii ne rois là poudres > racines , eaut , Dont le pouvoir mortel n ouvrit mille tombeaux. Ce présent décejptîf a bu toute leur force , Et bien mieux que mon bras vengera mon divorce;

Cet étarage , ou , s'il est permis d'user de ce terme , cette dispensa'tion de pharmacie doit-dlle faire grand plaisir au spectateur? Ce n'est pas qu'il ne faille oflFrir de gra^nds traits , et des choses mémo au-dessus de toute croyance ; mais il faut un pinceau aussi délicat et aussi sage que celui de Virgile, pour tracer des peintures de choses horribles* En voici un exemple analogue au sujet de* Médée; c'est Circé, autre magicienne célèbre^ :

Elle invoqué à grands cri^ tous les dieux du Ténare. Les Parques , Némésis , Cerbère , Pblégëton , £t rinflexible Hécate ^ et Tinfâme Alecton.

Sur un autel sanglant laflreux bûcber s'allume; lia foudre dévorante aussitât le consume.

' Mille noires vapeurs obscurcissent le jour 5 Les -astres dé la nuit interrompent leur course j ■

' J.-B. itoussBAU, Cantate âe O'rve.

VI iQ

290 MËDEfi y

Les fleuves étonnés remontent yers leor source ^ Et Pluton même tremble en son obscur séjour.

Sa Toix redoutable Trouble les enfers :

Un bruit formidable Gronde dans les airs ^ Un voile effroyable Couvre IXlnivers î La terre tremblante Frémît de.terreur y L*onde turbulente IVlugit de fureur ^ La lune sanglante Recule dTiorreur. • ÎDans le sein de la' mort ces noirs enchantemens

Yont troubler le repos des ombres.

Les Mânes effi*ayés quittent leurs monumens i Lair retentît au loîn de leurs longs hurlemens, < Et les vents échappés de leurs cavernes sombres ^ Mêlent à leurs clameurs d'horribles sifflemens. Inutiles efforts ! etc.

Combien plus sagement que Senèque ', Virgile lui-même décrit-il les présages funestes de la mort de Didon y présages qui ont l'air lugubre des encbantemens de Mëdée? Le chœur en est touché, et non pas rebuté. Ces images entretiennent je né sais quelle horreur majestueuse , et non pas dégoûtante, comme celle qui naît des vers de Senèque et de Corneille ; mais Corneille a été dupe de l'estime qu'on fait de la Mëdée latine , qui est en

» JEneid, 1. FV^, v. 45o.

TRAGEDIE DE SÉNÈQUB. 201

«fiet la meilleure des tragédies qu'on attribue à L, Sénèque j ou plutôt Corneille n'était alors qu'à l'aurore de son talent.

Pour revenir à Médée , elle donne la robe et le bandeau à ses fils, avec ordre de les porter à Créûsç. Mais tout cela n'est ni lié , ni préparé ; le chœur parle ici beaucoup moins y et plus sensément au sujet de la fureur de Médée.

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