‹ Le théatre des grecsChapitre 69 sur 126 · NUNTIUS · texte numérisé non relu

NUNTIUS

Aiit unda fHtmmas , etc.

Puérilité que j'observe pour feire voir que ces esprits naturellement guindés, tombent quelquefois par terre d'une manière pitoyable.

. Ce ^ui suû est véritablement beau en plusieurs

2gii MEDEE ,

endroits. M édée, loin de fuir, dit que , quand même elle serait partie, elle reviendrait pour jouir de sa vengeance. Cette catastrophe lui tient lieu d'hymënée. Nuptias specto noQas. Elle s'anime à mettre le comble à ces horreurs par le massacre de ses enfans. Ce qu'elle a fait n'est <ju'un

prélude :

ProlUâitdolor Per ista noster.

Elle n'ose pourtant s'avouer encore à elle-même

ce qu'elle veut oser : i

Nescio qaid ferox '

Decrevit animas intùs , et nondùm sîbi •Audet fateri.

Elle sent les combats de la nature et de la passion : '

Scelus est Jason genitor , et mafus scelus ^ Medea mater. Occidant , non sont mei.

Pereant , mei smit. . . . Çrimine et culpâ carent. Sunt innocentes ^ fateor , et frater fnit.

Immolons avec joie Ceux qak me dire adieu Creuse me renvoie»

Us Tiennent de sa part , ils ne sont plus à mo^ ; Mais ils sùni innocens ! aussi letait mon frère. ^

Us sont trop criminels d avoir Jason pour père»

P. Corneille , Médée ^ acte V, se. II.

En récompense , il y a bien des sentimens outrés , comme celui-ci : « Quen'ai-je , dit Médée , » autant d*enfans que Niobé! J'en ai trop peu D pour assouvir ma vengeauoe. SterUis in pœnds

TRAGEDIE DE SENEQUE. ^g3

y)fui. Au moins en ai*je assez pour apaiser les )) ombres d'un père et d'un frère. » liUe croit voir des furies et l'ombre d'Absyrte : « Laisse-moi, » s'écrie-t-elle , le soin de te venger. Cette main et )) ce poignard le feront assez sans toi. » Elle entend un bruit d'armes , elle monte sur un balcon, et s'exhorte à massacrer ses enfans en public. Ce serait perdre sa vengeance, que de le faire en secret. Il faut montrer à tout le peuple quel est Iç bras de Mëdëe :

I Non-in occulte tîbi est

Perdenda vîrtus, Approba populo manum.

C'est pécher directement contre le précepte d'Horace , qui défend de représenter Médée égorgeant ses fils sur la scène :

Nec pueros coram populo Medea trucidet.

HoRAT. Art. Poet. v. i83.

Jason court à la vengeance; et Médée parle ainsi sans le voir : « J'ai retrouvé mon sceptre, )) mon frère , mon père , la toison et mon honneur » trahi. Dieux favorables ! heureux jour, triom- » phe précieux ! ( Elle tue un de ses fils ). Mon » crime est achevé ; mais ma vengeance ne l'est )) pas. » Elle ranime sa main; mais elle se repent de son crime; puis elle s'en réjouit, et sa joiç s'accroît à la vue de Jason. a II me manquait, dit-elle, .^) de l'avoir pour spectateur :

Deerat hoc unum mihi *

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